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La gestion des déchets organiques progresse mais doit faire face à de nombreuses contraintes

Alors que les déchets organiques valorisables représentent 16% des ordures ménagères, ils sont encore très peu traités spécifiquement. Des aspects techniques, économiques et réglementaires rendent difficile la mise en place des filières.

Déchets  |    |  Florence Roussel  |  Actu-Environnement.com
L'appellation « déchets organiques » regroupe tous les déchets fermentescibles produits par les particuliers comme les déchets de cuisine ou de jardin, les déchets verts des collectivités, certaines boues de stations d'épuration industrielles ou collectives, les effluents d'élevage agricoles, etc. De natures et d'origines diverses, ces déchets ont la particularité d'être riches en matière organique et peuvent être réintroduits dans le cycle de la matière. Certains peuvent être directement épandus sur des terrains agricoles comme les boues de station d'épuration. D'autres doivent être dirigés vers des filières de traitement spécifiques : anaérobies comme la méthanisation ou aérobies comme le compostage. Dans le premier cas, le traitement abouti à la formation de biogaz valorisable énergétiquement et d'un digestat et dans le deuxième cas, d'un compost. Ces traitements biologiques ont pour finalité un retour au sol du compost, du digestat ou de la boue.

Mais si tout semble simple sur le papier, la réalité de terrain est bien plus complexe. À l'instar d'autres types de déchets, les collectivités ou agriculteurs doivent mettre en place la filière et de nombreux choix sont possibles : méthanisation ou compostage, collecte sélective ou tri avant traitement, collaboration avec un agriculteur, etc. D'ailleurs de nombreux projets ont vu le jour au sein des collectivités pour tester toutes les combinaisons possibles.
En Bretagne par exemple, la communauté de Pluvigner a mis en place un compostage de quartier. Chaque samedi matin, chacun apporte ses déchets ménagers fermentescibles au niveau de l'une des deux aires de compostage de la ville. Après avoir été pesés, ces déchets sont mélangés aux déchets verts de la commune et compostés sur place. Une des deux aires est située au milieu d'un parc et protégée par une clôture. Un « relais de quartier » a en charge l'accueil des déchets et la maintenance de l'installation. D'après une enquête, 57% des foyers participent et ramènent principalement leurs tontes de gazon et leur déchet de cuisine. Les premiers composts vont être distribués à la population au printemps 2006.
À une plus grande échelle, près de Nancy, la Communauté de Communes du Pays de Colombey et du Sud Toulois a mis en place un réseau de plates-formes de compostage dans le cadre du projet national BioLoQual pour traiter les déchets organiques des 42 communes rurales de la région. À l'heure actuelle, 16 sites de taille variable accueillent, par apport volontaire ou collecte sélective, les déchets organiques ménagers et les déchets verts des communes. Le compost est mis à disposition des agriculteurs, des habitants et des collectivités.
Dans le Hauts-Doubs, le syndicat mixte d'Etude et de traitement des ordures ménagères (SMETOM) a choisi le co-compostage à la ferme. Parallèlement au compostage individuel, les déchets verts des 207 communes concernées sont collectés et dirigés en fonction de leur qualité soit vers une plate-forme de compostage soit chez des agriculteurs partenaires. Ces derniers mélangent leur fumier à ces déchets verts, assurent le suivi des conditions de traitement (retournement, température) et réalisent l'épandage du produit sur leur exploitation. Ainsi en 2005, 2530 tonnes de déchets ont été traitées chez 25 agriculteurs de la région.

Au vu des différentes expériences, il apparaît que la gestion biologique des déchets est réalisée à des échelles variables : de moins d'une tonne par an pour le compostage individuel domestique à des milliers de tonnes sur des plates-formes centralisées en passant par des centaines de tonnes en gestion de proximité sur des plates-formes de quartier par exemple.
Le gisement potentiel de déchets organiques susceptibles d'être concernés par une filière de gestion biologique est estimé à 32 millions de tonnes, essentiellement d'origine urbaine. Sur ce gisement potentiel, on estime aujourd'hui qu'environ 11 Mt sont pris en charge dans une filière de traitement biologique dont 5Mt au sein des 600 plates-formes de compostage, 0,2Mt par méthanisation et 5,8Mt par épandage.
Ces chiffres ne prennent en compte que les déchets gérés dans un cadre collectif organisé. Il faut en effet rajouter la gestion domestique, c'est-à-dire toutes les pratiques réalisées par les particuliers chez eux. Le compostage individuel en tas ou à l'aide d'un composteur est la première forme de gestion domestique promue par les collectivités mais ce n'est pas la seule (utilisation des tailles comme bois de chauffage, alimentation des animaux domestiques). Il est très difficile d'évaluer sa place actuelle par rapport aux autres filières car elle est issue de pratiques traditionnelles connues mais difficilement quantifiables. On estime toutefois que le compostage individuel est appliqué par 5 millions de ménages environ avec plus ou moins d'efficacité. En 2006, à la demande du Ministère de l'Écologie et du Développement Durable, l'ADEME a lancé un plan national de développement du compostage individuel. Sur certaines opérations, il a pu être constaté une diminution de 60 à 70 kg des ordures ménagères résiduelles chez les habitants participants avec une réduction du tonnage global de 7%. Le potentiel d'économie est donc substantiel mais ce mode de gestion demande de bien connaître les pratiques déjà existantes et nécessite un accompagnement poussé en termes de promotion, sensibilisation, conseils d'utilisation. Elle est pourtant de plus en plus privilégiée par les collectivités car elle permet de limiter les coûts, de responsabiliser les ménages et de produire son propre compost. Mais elle ne suffit pas à gérer tous les déchets organiques surtout en milieu urbain où le compostage individuel est souvent impossible. Les collectivités doivent donc dans tous les cas mettre en place une gestion collective en parallèle. Le choix des filières dépend de nombreux facteurs essentiellement locaux : volumes et types de déchets, pratiques préexistantes, coûts, désir d'implication de la commune, des habitants mais aussi des agriculteurs qui en tant que destinataire du produit final ont un rôle très important.

En effet, si la première finalité de la gestion biologique est d'apporter un traitement approprié aux déchets organiques et de les soustraire à d'autres filières, sa deuxième finalité est la production de fertilisants. Le principal débouché des composts, digestats et autres résidus est agricole. Il est lié à des besoins en engrais pour les cultures et en amendements organiques pour répondre à la baisse des taux de matières organiques des sols français. Mais ce débouché est encore instable. Les utilisateurs finaux que sont les agriculteurs sont confrontés à des questions d'image, de manque d'expériences et craignent surtout des conséquences néfastes sur l'environnement et leurs cultures. Par le passé, diverses crises sanitaires ont entamé leur confiance envers l'épandage des boues notamment et même si depuis il existe un cadre réglementaire et une certaine transparence, les craintes ne sont pas totalement dissipées. Malgré tout, la demande en compost tend à s'élargir grâce à de nouveaux usages non agricoles comme l'utilisation des composts en espaces verts urbains et en aménagements paysagers.
Mais la pérennité de ces deux débouchés fait face aujourd'hui à une nouvelle difficulté : la diffusion progressive de cahiers des charges culturaux interdisant l'usage de certaines matières fertilisantes issues de déchets ou imposant un niveau qualitatif supérieur aux exigences réglementaires. Une enquête interne aux Chambres d'Agriculture en 2004 a mis en exergue la présence de contraintes commerciales « anti-boues » dans la plupart des départements français avec l'existence de clauses écrites mais également de pressions orales. Au regard de ces évolutions, la qualité du compost apparaît comme la clef de voûte de toute l'organisation en assurant les débouchés du produit et par conséquent la pérennité des filières. Les expériences menées dans plusieurs collectivités ont mis en évidence le lien entre type de filière mise en place et qualité du produit fini. De nombreux facteurs influent sur le résultat : qualité du tri sélectif des déchets organiques en amont, niveau de dangerosité des polluants contenus dans les effluents à l'origine des boues, performance des procédés de traitement, rigueur des pratiques, etc. C'est pourquoi l'approche « produit » est primordiale avant la création d'une filière de traitement biologique. Toute la difficulté consiste à faire concorder l'offre et la demande en qualité et en quantité.
Pour répondre à ces attentes qualitatives, le cadre réglementaire a été précisé, renforcé et évolue constamment vers un niveau d'exigence accru que ce soit à travers la réglementation des unités de traitement soumis aux régimes des ICPE qu'à travers la réglementation sanitaire et environnementale liée au retour au sol des produits.
Différents textes sont venus préciser ces dernières années les exigences appliquées aux unités de traitement sur la minimisation des nuisances et des impacts environnementaux. Il n'est pas encore imposé d'obligation de moyens mais ceci pourrait être le cas à l'avenir suite notamment à des évolutions des règlements européens.
La réglementation relative au retour au sol des produits quant à elle, repose sur une double approche qui s'additionne et complexifie le système. Une première approche est liée au statut de « déchet » avec des exigences sur la matière, les sols, les pratiques. La seconde est liée au statut de « produit » et se traduit par des normes et des processus d'homologation du compost. Si le cadre réglementaire « déchets » est bien défini, l'approche « produit » est en évolution suite à l'entrée en vigueur de la norme obligatoire NF U44-095 pour les composts de boues en avril 2004 et à la révision de la norme NF U44-051 pour les amendements organiques attendue en 2006. Ce dernier point aura pour conséquence directe une mise à jour des procédés de traitement et un renforcement des critères de qualité des déchets ou dans certains cas la fermeture ou la reconversion d'un certain nombre d'unités de compostage ne pouvant plus répondre aux nouvelles normes.

Par conséquent, les évolutions réglementaires vont très fortement influer sur le développement de la gestion biologique des déchets. On assiste petit à petit à une volonté de séparer deux types de filières à l'image de ce qui se fait aux Pays-Bas : une première destinée à la production d'un compost de haute qualité identifié et géré comme un « produit » et une seconde définie comme « filière de traitement de déchets ».
Plusieurs projets réglementaires sont attendus en 2006. La mise en place d'un fonds de garantie pour l'épandage agricole des boues est prévue par le projet de révision de la loi sur l'eau. L'Institut National des Appellations d'Origine (INAO) doit se prononcer sur la possible entrée dans le domaine réglementaire des cahiers des charges culturaux notamment par rapport aux apports organiques sur les parcelles classées en vignoble Appellation d'Origine. Enfin, un projet de révision de la directive cadre déchets de 1975 doit voir le jour et concernera particulièrement les statuts déchets/produits pour les composts et digestats.

Réactions4 réactions à cet article

 
et le tri compostage sur ordures brutes?

bonjour
notre communauté de communes envisage de construire un centre de tri compostage sur ordures brutes, apres tri selectif papier-plastique-métal (et verre à part)
Quelles sont les expériences menees dans ce domaine? Ne peut on craindre que le compost produit ne pourrait plus répondre aux normes de qualité dont vous dites qu'elles seront réactualisees en 2006?
où puis-je trouver des infos sur le sujet (techniques, témoignages, coûts, etc)
merci d'avance

krismazac | 04 avril 2006 à 11h46
 
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Coût pour plateforme de stockage des déchets verts

Quel serait le coût pour une collectivité pour la construction d'une plateforme de stockage des déchets verts avant broyage? Nous aurions besoin d'une plateforme de 160 m² à peu près, bétonnée avec récupération des jus selon la règlementation. Je suis preneuse de toutes info.

Cordialement, merci

Cécile

Anonyme | 12 juillet 2007 à 12h01
 
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Valorisation des déchets des cantines scolaires

Bonjour,
Existe-t-il des des exemples de collecte sélective de déchets organiques issus de cantines scolaires?
Nous cherchons à mettre en place cette procédure sur la commune de Rueil et pour cela aimerions connaître des exemples de réussite dans ce domaine.
D'avance merci.

Ma Cantine Bio | 06 avril 2009 à 22h16
 
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Re:Valorisation des déchets des cantines scolaires

existe un deshytrateur qui valorise vos dechets en engrais et en eau pour arrose à nouveau vos espaces verts

geb solutions | 08 mai 2010 à 15h49
 
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