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Le MNHN met à contribution le grand public pour renseigner son nouvel observatoire des Papillons

Confronté à un manque de biologistes professionnels, le Muséum National d'Histoire Naturelle veut mettre à contribution un réseau d'amateurs pour alimenter son nouvel observatoire des Papillons des Jardins inauguré le 21 mars dernier.

Biodiversité  |    |  Florence Roussel  |  Actu-Environnement.com
   
Le MNHN met à contribution le grand public pour renseigner son nouvel observatoire des Papillons
Papillon petite tortue (aglais urticae)
   
Dans le cadre de l'engagement de l'Union Européenne d'arrêter l'érosion de la biodiversité d'ici 2010, des indicateurs ont été mis en place pour suivre sur le terrain l'état de santé de la biodiversité et ses évolutions. Ces indicateurs se basent sur des observations quantitatives, spatiales et temporelles des mécanismes biologiques et des populations animales et végétales. Le suivi de ces indicateurs est néanmoins difficile et fastidieux et nécessite de nombreux moyens notamment humains.
C'est pourquoi, face à une pénurie de spécialistes, le projet Vigie-nature a été mis en place par le Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN) pour développer de nouveaux indicateurs en s'appuyant sur des naturalistes érudits mais aussi sur d'autres réseaux mo¬bilisables comme le grand public. Ce projet de science participative fait appel à des « observateurs » amateurs qui souhaitent s'impliquer à leur échelle dans la préservation de la biodiversité.

C'est dans ce cadre que le MNHN a inauguré le 21 mars dernier son Observatoire des Papillons des Jardins en partenariat avec l'association Noé Conservation, la Fondation Nicolas Hulot et avec le soutien de la Fondation d'entreprise Veolia Environnement, de la Fondation Ensemble et de l'entreprise Gamm vert.
Base de données centralisée, cet observatoire grand public veut rassembler puis analyser les observations collectées dans les jardins par les observateurs participants. Afin que tout le monde puisse s'associer, l'Observatoire se concentre sur les 28 espèces les plus communes de papillons de jour.
Pour devenir observateur, il faut dans un premier temps choisir le jardin dans lequel les observations régulières seront menées puis s'inscrire auprès de l'association Noé Conservation. Une fois inscrit, l'observateur reçoit un guide d'identification des papillons, un guide méthodologique avec des conseils pratiques et une feuille de comptage. Armé de ces documents, l'observateur peut se rendre autant de fois qu'il le souhaite et à n'importe quel moment dans le parc qui lui est attribué. Commence alors l'observation, l'identification de l'espèce et le comptage des individus. À la fin de chaque mois, du printemps à l'automne, les participants saisissent leurs données en remplissant un formulaire. Elles sont alors traitées par les scientifiques du Muséum national d'Histoire naturelle, qui transmettront périodiquement à tous les participants un bilan des observations.
À terme, c'est un véritable réseau de surveillance des espèces communes de papillons de jour qui sera mis en place, permettant de suivre l'évolution des populations et de mieux comprendre les dynamiques écologiques, en lien avec les changements climatiques par exemple.

La grande diversité et les exigences écologiques variées des papillons ou lépidoptères leur confèrent un rôle d'indicateurs de la qualité des milieux naturels, et donc de la santé des écosystèmes. Les papillons rassemblent environ 160.000 espèces sur les 1.450.000 connues à la surface de la Terre. Ils représentent donc à eux seuls plus de 10% des espèces répertoriées, battus en cela uniquement par les coléoptères (25%). En France, on recense 257 espèces de papillons de jour ou rhopalocères et 4.860 de papillons de nuit ou hétérocères. Mais à l'instar des autres espèces, les papillons sont concernés par l'érosion de la biodiversité. Les papillons des prairies ont ainsi régressé de 50% en 15 ans. Si les oiseaux, batraciens et chauves-souris constituent les principaux prédateurs naturels du papillon, l'Homme à travers ses activités à également un impact sur les populations. L'utilisation d'insecticides, la raréfaction des habitats naturels, la standardisation des pratiques agricoles, l'éclairage électrique et le réchauffement climatique sont les principaux facteurs de la régression des papillons. À l'heure actuelle, 26 espèces de papillons sont protégées par la loi depuis le 22 juillet 1993.

Les données ainsi récoltées à travers l'Observatoire des Papillons des Jardins permettront de mieux comprendre l'évolution de la répartition des différentes espèces, de développer des mesures de protection et surtout de déclencher une prise de conscience du plus grand nombre.
Elles seront complétées par les résultats du Suivi Temporel des Rhopalocères de France qui sera lancée en 2006 et menée par les naturalistes dans tous types de milieux naturels ou anthropisés.

Réactions8 réactions à cet article

 
Entomologiste

C'est une très bonne action que de sensibiliser et de faire participer le public, dont les jardiniers amateurs, à la protection de l'environnement en leur faisant suivre l'évolution du peuplement de Lépidoptères, indicateurs de l'état "sanitaire" de la nature. En effet, les papillons étant herbivores au stade chenille, donc potentiellement ravageurs des plantes cultivées pour certaines espèces, et pollinisateurs au stade adulte, ces insectes utilisent plusieurs types d'habitats différents. Ainsi, plus le paysage et la flore sont variés et moins d'insecticide sera utilisé dans les jardins, plus la diversité de cet insecte sera importante.
En revanche, je ne suis pas d'accord avec ce qui a été dit, c'est à dire sur le fait qu'il y a très peu d'entomologistes et que c'est donc une des raisons pour laquelle les associations et le museum font participer les amateurs.
Il y a beaucoup de jeunes naturalistes qui sont à la recherche d'emploi (dont moi) avec des formations universitaires et des expériences professionnelles reconnues. Je peux dire, pour ma part, qu'il manque cruellement de postes de naturalistes.

Coridialement

Sympetrum | 30 mars 2006 à 14h03
 
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Le Chercheur et le Papillon

Le titre ressemble à celui d'une fable de La Fontaine, et chacun y ajoutera s'il le désire sa propre conclusion (ou morale, comme au temps du bon fabuliste)…
Cette initiative du MNHN (où j'eus l'honneur et la grande déception de travailler naguère, de 1978 à 1984 au Service Photo-Cinéma), est certes fort louable, eu égard au nombre de jardins de toute sorte qui entourent nos maisons.
Louable, donc.
Mais triste.
Pourquoi ?
Parce qu'elle reflète le manque cruel de chercheurs et de naturalistes professionnels qui sévit dans notre beau pays. Pénurie organisée par une défection gouvernementale (baisse du budget déjà maigrichon de la Recherche), et un manque d'intérêt chronique pour cette discipline que l'on appelait autrefois « les sciences naturelles », et dont les études pour la poursuite desquelles il fallait être un champion de la mathématique, ne menaient à rien d'autre qu'au professorat (ça n'a en fait aucun rapport, les maths étant là comme discipline sélective ; au détriment du français d'ailleurs, qui devient une langue morte pour la plupart de nos concitoyens, scientifiques en tête…!). Les « Sciences Nat. » n'intéressaient personne, et les naturalistes de terrain autant que de laboratoire n'avaient plus qu'à se former seuls et en dilettantes car il leur fallait trouver un travail ailleurs pour vivre. C'est encore le cas.
Combien d'ornithologues « professionnels » (qui gardent jalousement leur place et voient d'un très mauvais œil arriver les "collègues", pour nombre d'entre eux soit dit en passant et sans amertume outrancière), combien de mammalogistes et parmi eux de cétologues, d'herpétologues, d'entomologistes, d'ichtyologues, de malacologistes, combien de naturalistes vivant de leurs travaux et de leurs recherches, pour combien d'amateurs, qui sont légions et doivent se contenter d'œuvrer avec les moyens du bord ?
Les magnifiques "Atlas des oiseaux nicheurs de France" et "Atlas des oiseaux de France en hiver" publiés il y a déjà nombre d'années n'ont vu le jour que grâce au travail énorme de centaines d'ornithologues amateurs sur le terrain, puis à celui non moins énorme de regroupement et de synthèse des données effectué au MNHN, pour la plus grande gloire de cette très vieille, très noble et très poussiéreuse Institution. Je ne parle que des oiseaux car c'est là mon domaine de prédilection ; mais je présume qu'il en est de même pour toutes les autres disciplines. Sans le concours des bénévoles, point de travail naturaliste dans notre beau pays : le bénévolat devrait être interdit !
Or donc, le MNHN lance une belle campagne (une de plus) « Le Chercheur et le Papillon »…
Cherchez, braves gens, cherchez… Mais si vous voulez vivre de vos travaux, émigrez ou tournez-vous vers la chasse et la pêche qui sont des activités nettement plus lucratives que les simples études naturalistes. J'en prends pour témoins les titres de la presse et de l'édition…
Grosse colère, mais bien cordialement quand même…

Pierre Darmangeat | 30 mars 2006 à 14h12
 
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Re:Entomologiste

Tout à fait d'accord avec vous chère libellule, d'autant que vous confortez ma propre remarque.
Bon courage, car il en faut, et bonnnes observations !

Pierre Darmangeat | 30 mars 2006 à 14h38
 
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Re:Le Chercheur et le Papillon

J'approuve et je seconde Pierre, dans le fait qu'être biologiste et en vivre est bien difficile en cette vieille France (dixit moi-même, biologiste immigré au Canada!).
Par contre, c'est le cruel manque de fonds (et non de professionnels) qui conduit à ce genre de projet (fort louable sur le plan de la sensibilisation du public). Pourquoi dépenser des euros alors qu'on a des centaines de bénévoles à disposition ...
Mais est-ce qu'on essais de repenser les choses apres le coup de 2002 (alors que le gouvernement avait réduit de 13 % les crédits publics de fonctionnement des organismes de recherche ) ????

S.V. | 30 mars 2006 à 21h55
 
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Re:Le Chercheur et le Papillon

Merci S.V. pour votre réponse, mais votre « Par contre… » confirme ce que je dis : les chercheurs ne manquent pas. C'est la volonté d'honorer leur travail par une quelconque rémunération (ponctuelle ou permanente) qui fait défaut. Tant qu'il y aura des bénévoles, vous avez raison, pourquoi se gêner ?
C'est pourquoi j'affirme que le bénévolat devrait être interdit et j'ajoute anticonstitutionnel. Et ce, dans tous les domaines.
Si nous étions en situation pléthorique d'embauche, passe encore, mais actuellement, c'est se moquer du monde !
Ces remarques n'empêchent en aucun cas les amateurs d'envoyer leurs observations et données au MNHN, d'ailleurs…

Pierre Darmangeat | 30 mars 2006 à 22h56
 
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Re:Le Chercheur et le Papillon

C'est une situation bien déplorable caracteristique de la France.
Ici au Canada, le bénévolat existe aussi certes mais sur des projets initiés par des ONG. Les instituts de recherches, universités ou autres paient leurs occasionnels ! Et tout stage est rémunéré !!! Et je ne parle pas d'un 25 % de SMIC, c'est au moins le salaire minimum!
C'est une question d'éthique !
Quand je vois un stage de 6mois pour un Bac+5 payé 1/4 du SMIC, ca me révolte !!! C'est du cheap-labor, c'est de l'esclavage!!!
Bon là je me suis un peu écarté, désolé, mais je suis tout rouge en ce moment !!!

S.V. | 06 avril 2006 à 04h53
 
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Re:Entomologiste

je suis d'accord qu'en terme d'action de sensibilisation et de communication, l'action engagée par le MNHN avec son observatoire sur les papillons est un petit pas.
certes un petit pas mais un pas de plus pour l'entomologie.

malheureusement, qui pourra vérifier la masse de données concernant les espèces - je veux dire en terme de précision? car si de nombreux naturalistes ou lépidoptèristes amateurs participent, certaines espèces ne sont pas si évidentes que çà à la détermination!
surtout quand on ne les capture pas, capturer ne veux pas obligatoirement dire les tuer pour les étaler ensuite et les présenter en collection, on peut les relâcher sans souci mais ce fait ne concerne que des espèces "évidentes".
certaines demandent, comme chez de nombreuses autres ordres d'insectes - je sais de quoi je aprle puique je travaille actuellement sur des coléoptères carabiques - , à ce que l'on regarde leur genitalia, donc qui dit genitalia dit insectes morts et donc avoir en plus de la loupe binoculaire et d'éventuelles lames-lamelles , la bibliographie & les clés d'identification adéquates quand elles existent pour les groupes étudiés - ce qui est le cas pour les lépidoptères & d'autres ordres, mais pas tous .

hors tous les naturalistes n'ont pas forcément cette bibliographie et déjà même pour des entomologistes avertis elle n'est pas toujours évidente à trouver - il est clair par contre que le réseau entomologique fonctionne à merveille -.

ceci ne m'empêche pas de participer à cet inventaire - et à d'autres - car la démarche est louable MAIS à quand une vraie politique d'inventaires entomologiques créatrice d'emplois car là est le vrai nerf de la guerre !

la conservation, la gestion des milieux & une meilleure connaissance des faunes (en terme de biologie , d'écologie etc....) en seraient certainement les grands bénéficiaires. on pourrait aussi voir les éventuels changements liés à ceux climatiques.

de nombreux amateurs se détournent de la profession d'entomologiste car il n'y a qu'un nombre restreint de postes et poursuivent en tant qu'amateur au sein d'associations.

comparativement les oiseaux offrent plus d'emplois alors qu'ils ne représentent qu'à peine 10% de la faune et les insectes au moins 80 % !!!!!
nombreux sont les pollinisateurs et tous ceux qui participent de près ou de loin au recyclage de la matière organiqueet sont donc INDISPENSABLES au fonctionnement des écosystèmes tels qu'ils sont et dans leurs évolutions futures.
les entomologistes seraient-ils donc en voie de disparition? déjà le constat des années 1980 dans la revue "l'entomologiste" et actuellement le retard en terme de taxonomistes en entomologie ne pourra être comblé par les seuls amateurs malgré leurs nombreux travaux -souvent plus que remarquables !-.

je suis un peu entre les deux - un amateur qui tente de poursuivre sa percée au niveau professionnel car formé pour çà ! -. et bien à part refaire une formation universitaire afin d'éventuellement trouver un potentiel labo ou bureau d'études spécialisé pour m'accueillir plus tard, les offres ou réponses à mes candidatures ne sont pas légion !

he_xa_po_da

"les insectes sont l'avenir de l'humanité."

he_xa_po_da | 18 juin 2006 à 18h46
 
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papillons, botanique et recherche

Je comprend que l'on utilise cette façon de faire pour récolter un savoir que parfois certains amateurs possèdent mais sont ils reconnus quand ils fournissent les renseignements, non, certains profitent de cette facilité pour se faire un nom et récolter les lauriers, je pense que les personnes qui participent à cette étude soient au moins citez par la personne qui utilisent ces données gratuites et faciles sans bouger de son bureau, cela frise la malhonnêteté, je conçois que tous les chercheurs ne sont pas de c'est ordre là....merci aux amateurs !!!

jtoine | 06 juin 2010 à 13h41
 
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