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Lafarge présente un deuxième projet de mécanisme de développement propre

Lafarge enregistre un nouveau projet de MDP en Malaisie pour substituer une partie du charbon importé par des coques de noix de palmier à huile dans le processus de fabrication du ciment. Un projet qui risque bien de créer la polémique !

Gouvernance  |    |  Carine Seghier Actu-Environnement.com
Le mécanisme dit de développement propre du protocole de Kyoto autorise une entreprise d'un pays industrialisé à engranger des crédits (en tonnes de CO2) au titre d'un investissement mené à l'étranger. Agissant en tant qu'Autorité Nationale Désignée auprès de la Convention Cadre des Nations Unis sur les Changements Climatiques, c'est la MIES qui est responsable de ces agréments en France.

Dans le cadre d'un engagement volontaire pris par Lafarge, au sein de son partenariat avec le WWF, le cimentier s'est engagée à réduire ses émissions de CO2 de 20% par tonne de ciment produit, pendant la période 1990-2010. Jusqu'à présent des progrès significatifs ont été enregistrés,note le groupe, la réduction de ses émissions s'établissant à 12,7% en 2005.

C'est dans ce contexte que, après l'autorisation accordée à Lafarge* pour implanter un parc d'éoliennes inauguré en septembre 2005 à Tétouan au Maroc, le cimentier vient d'enregistrer un deuxième projet de mécanisme de développement propre (MDP). Enregistré le 7 avril dernier auprès du conseil exécutif des mécanismes de développement propre dans le cadre du protocole de Kyoto, ce projet consiste à substituer des combustibles fossiles par des combustibles alternatifs dans deux cimenteries situées en Malaisie.

Ayant reçu le soutien des autorités malaises et françaises, le projet vise à substituer une partie du charbon importé par des coques de noix de palmier à huile dans le processus de fabrication du ciment. Ces coques de noix sont un déchet de l'industrie de l'huile de palme, fabriquée en Malaisie, explique Lafarge. L'utilisation de coques de noix permet ainsi de fournir 5% de l'énergie thermique nécessaire à la fabrication du ciment, ajoute le groupe. Grâce à ce projet, Lafarge revendique une économie à venir de plus de 60.000 tonnes de CO2 chaque année. Le bénéfice annuel pour la planète est similaire à quatre millions d'arbres plantés par an, souligne le cimentier.

Originaire d'Afrique occidentale, les palmiers à huile ont été introduits en Malaisie dans les années 1970 afin de diversifier une activité agricole reposant presque exclusivement sur la culture d' hévéhas. Se substituant à la forêt équatoriale du pays sur plus de 20 000 km2, ces palmiers sont cultivés sur les pentes de collines, aménagées en terrasses suivant les courbes de niveau afin d'éviter l'érosion provoquée par les ruissellement de l'eau. Classée au premier rang des pays producteurs et exportateurs, la Malaisie fournit les 2/3 de l'huile de palme consommée dans le monde. Cette huile, dont la production mondiale a quadruplé en cinquante ans, est devenue le deuxième corps gras végétal le plus utilisé après l'huile de soja. Principalement destinée à l'alimentation, elle entre également dans la fabrication de savons, cosmétiques et produits pharmaceutiques.
Ainsi à l'heure actuelle, des millions d'hectares de forêts tropicales, avec toute la biodiversité qui y est associée, sont déjà détruits pour faire place à plantations de palmiers à huile, de soya ou de canne à sucre. Concrètement, l'exploitation forestière et les monocultures de palmier à l'huile à grande échelle notamment en Indonésie et Malaisie ont décimé près de 70% de la couverture forestière de ces pays en une décennie. À ce rythme, les chercheurs estiment que d'ici à 2030, il ne restera qu'1% de l'habitat originel des orangs-outans par exemple.

Aussi, en favorisant l'utilisation des coques de noix de palmiers à huiles, ce projet pourrait bien faire polémique. Dans l'état actuel des cultures, le groupe Lafarge contribuera à réduire les émissions de GES, à dynamiser une économie locale devenue socialement indispensable et à aboutir à une gestion plus efficiente des déchets de l'industrie de l'huile de palme. Cette technique offre des avantages pour l'environnement et l'économie locale. Ces déchets seraient autrement abandonnés et se décomposeraient sous l'action des pluies tropicales, estime Lafarge qui souligne que l'utilisation d'un combustible local réduit la dépendance de la Malaisie en matière d'importation de charbon.Mais le cimentier prend le risque de s'exposer à de vives critiques en crédibilisant et en rentabilisant d'avantage cette filière agricole au plus grand damne des forêts primaires.
Comme en ce qui concerne la production de biocarburant et l'exploitation intensive des terres agricoles, il convient que la lutte pour la réduction des émissions de CO2 n'entraîne pas de réduction de la biodiversité.

Lafarge compte deux autres projets MDP en cours d'élaboration, l'un en Inde et l'autre au Brésil.


*Leader en Malaisie dans l'ensemble de ses quatre activités, Lafarge est entré sur le marché du ciment malais en 2001 avec l'acquisition de Blue Circle. Le Groupe compte trois cimenteries, une station de broyage de clinker et une capacité de production de douze millions de tonnes en Malaisie.

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