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Le commerce équitable est à l'honneur jusqu'au 14 mai prochain

La 6ème édition de la quinzaine du commerce équitable a débuté le 29 avril dernier. L'occasion pour certains de faire découvrir cette filière aux consommateurs et pour d'autres de dénoncer le manque de cadre législatif ou normatif.

Agroécologie  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
Depuis samedi dernier le commerce équitable est à l'honneur à l'occasion de la 6ème édition de la quinzaine du commerce équitable qui doit se terminer le 14 mai prochain.
Selon le dernier sondage de Malonguo-TNS Sofres, près d'un Français sur deux (47%) a le sentiment de savoir exactement ou assez bien ce qu'est le commerce équitable. 26% d'entre eux en donnent d'ailleurs une définition proche ou exacte basée sur l'idée d'un échange commercial sincère, juste et équilibré et sur le respect de la dignité des petits producteurs.
La notion de commerce équitable résonne positivement dans l'esprit des Français : pour plus des deux tiers d'entre eux (69%) le commerce équitable évoque un concept positif. Cette sympathie est proche de celle recueillie par le développement durable (68%) et les produits bio (68%).
Concernant l'acte d'achat, 26 % des Français déclarent acheter régulièrement (au moins une fois par mois) un produit issu du commerce équitable. Ce sentiment d'achat est sans doute surévalué par rapport à l'achat effectif de produits du commerce équitable. En effet, ces produits spécifiques représentent une part encore très limitée des produits agro-alimentaires achetés par les Français. Ce déclaratif révèle donc certainement plus d'une intention d'achat que d'un achat réel. Il démontre cependant un fort potentiel de développement pour les produits issus du commerce équitable.
Cet acte d'achat est prioritairement motivé par des intentions humanitaires car 50 % des Français interrogés considèrent que c'est avant tout une façon d'aider les plus pauvres. Les ressorts sociopolitiques ou la représentation des valeurs interviennent en second lieu : 35% des Français considèrent que « c'est une marque de respect pour les producteurs » et 16% y concrétisent « leur envie de changer le monde ».

Depuis la loi du 2 août 2005 en faveur des petites et moyennes entreprises, le commerce équitable bénéficie d'une définition à travers l'article 60 : Au sein des activités du commerce, de l'artisanat et des services, le commerce équitable organise des échanges de biens et de services entre des pays développés et des producteurs désavantagés situés dans des pays en développement. Ce commerce vise à l'établissement de relations durables ayant pour effet d'assurer le progrès économique et social de ces producteurs. Mais cette définition ne fait pas l'unanimité. La confédération paysanne, Minga et Breizh Ha Reizh ont à ce sujet lancé une pétition intitulée « Pour un commerce équitable partout, changeons la loi ». Selon les trois associations cette définition réduit l'équité aux échanges nord-sud et privilégie les grandes entreprises de distribution. Selon elles il est temps d'instaurer plus d'équité dans tous les échanges commerciaux, qu'il s'agisse d'échanges avec les producteurs français ou ceux d'autres pays. L'équité dans les transactions commerciales consiste à donner une rémunération « équitable » au producteur quel qu'il soit, où qu'il soit, et à ses salariés s'il s'agit d'une entreprise, ainsi qu'aux intermédiaires indispensables (transporteurs, transformateurs, commerçants). La loi doit reconnaître le commerce équitable sud-nord, mais aussi sud-sud et nord-nord. Permettre aux cultivateurs du Burkina-Faso ou du Pérou de vivre correctement est très important mais ne doit pas occulter la nécessité d'assurer le paiement des heures supplémentaires de ceux qui cueillent les fruits et légumes dans les Bouches-du-Rhône et ailleurs.

De plus, face au développement de la filière et au potentiel commercial qu'elle représente (120 millions d'euros en 2005), certaines ONG appellent à la prudence et surtout à la transparence pour éviter une labellisation abusive. Toutes semblent d'accord sur la nécessité de mettre en place une normalisation mais ne s'entendant pas sur les critères de labellisation. Le débat oppose les partisans d'une normalisation des produits aux partisans d'une normalisation des filières complètes. Pour ces derniers, la certification par filière permettrait de garantir que tous les intermédiaires respectent les valeurs du commerce équitable ce qui n'est pas toujours le cas.
À défaut de norme, la loi du 2 août a créé une commission nationale chargée de reconnaître les personnes physiques ou morales qui veillent au respect des conditions du commerce équitable. Un décret qui a fait l'objet d'une concertation avec les acteurs du commerce équitable fixera très prochainement les conditions que doivent remplir ces personnes pour bénéficier de cette reconnaissance afin d'apporter aux consommateurs et aux producteurs défavorisés des pays en développement des garanties élevées. Les opérateurs du commerce équitable s'engageront notamment à garantir le respect des principes du développement durable ainsi que des droits fondamentaux comme l'interdiction du travail des enfants, la santé et la sécurité au travail, la liberté syndicale.

Si le commerce équitable ne représente que 0,02 % du commerce mondial, sa croissance atteint un rythme de 50 % par an en 2005. La société Alter Eco dédiée au commerce équitable depuis 1998 a d'ailleurs annoncé qu'elle comptait s'ouvrir à de nouveaux marchés aux Etats-Unis, au Brésil, au Maroc, en Australie et au Népal. 14 de ses produits sont déjà en rayon dans plus de 180 magasins américains. Au Brésil la société souhaite développer l'agriculture familiale tandis que l'équipe porteuse du projet pour l'Australie et la Nouvelle Zélande cherche à intégrer à terme le savoir-faire traditionnel des peuples Aborigènes sur le packaging Alter Eco.

Si certaines entreprises semblent avoir de réelles motivations éthiques et sociales, d'autres profitent de ce nouveau créneau pour envisager des profits supplémentaires. Le commerce équitable devient alors qu'un simple argument commercial alors que son intérêt principal est d'amener à réfléchir sur les modes de consommation actuels. Et la question n'est pas simple : rappelons que les produits équitables nécessitent pour la plupart d'être transportés de l'autre bout du monde par avion ou par bateau ce qui sur le plan énergétique ou plus globalement sur le plan environnemental pose problème. Tout est une question de priorité et de compromis.

Réactions5 réactions à cet article

 
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Anonyme
 
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Bravo

Excellente synthèse de la problématique du commerce équitable.
Me serait-il possible de faire un lien vers cette page, si du moins elle reste en accès libre dans le futur ?

Francis | 03 mai 2006 à 21h59
 
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Re:Bravo

Bonjour,

Je vous confirme que tous nos articles restents accessibles sans limite de durée.

Ils restent d'ailleurs tous accessibles via le moteur de recherche situé à votre droite sur toutes les pages (RECHERCHER SUR LE SITE) ou par le menu Actualités > Archives des Actus.

Cordialement

David Ascher

Ascher David | 04 mai 2006 à 10h08
 
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Examinons nos rapports marchands !

Les techniques marketing ont indéniablement réussi à assurer la notoriété de l’expression « commerce équitable » dans l’opinion. Mais elles ont transformé en quelques années une problématique politique en produit publicitaire, dont l’efficacité en terme d’améliorations concrètes des conditions de vie des producteurs du sud est discutable.

D’une action de sensibilisation, la quinzaine du commerce équitable est devenue au fil des années une quinzaine pour la promotion du prétendu label Max Havelaar. L’objectif de la Plate Forme du Commerce Equitable (PFCE) est aujourd’hui de faire adhérer l’opinion à une marque, d’en assurer la notoriété. En aucun cas d’inviter nos concitoyens à réfléchir sur leurs actes de consommation. Cette confusion entre action de sensibilisation et démarche commerciale contribue à développer aux yeux de l’opinion une vision manichéenne du monde, ou la promotion du bon produit « équitable »™ prend bien soin de ne pas remettre en cause l’idéologie consumériste [1], alors que ce sont précisément nos modes de développement qui sont en cause aujourd’hui. Cette situation est d’autant plus inquiétante que désormais cette propagande commerciale s’étend en milieu scolaire avec l’aide financière des collectivités locales. Les enfants, premières victimes d’un consumérisme effréné, sont une nouvelle fois la cible de marchands, d’autant plus dangereux qu’ils se parent de vertus. Il est donc urgent de les amener à réfléchir sur leurs actes de consommation.

Pour le gouvernement actuel, très sensible au poids de la grande distribution, le « commerce équitable » n’est qu’une cause humanitaire qui doit se restreindre à faciliter les conditions d’accès aux marchés à des producteurs « défavorisés » du sud. Selon l’accord de l’AFNOR, dont il faut rappeler qu’il fut imposé par le gouvernement sous la pression du ministère de la coopération soutenu par certains acteurs du commerce équitable en mal de reconnaissance institutionnelle et de subventions, en aucune manière, les groupes de producteurs ne peuvent examiner les conditions de commercialisation de leurs produits. Les industriels et les distributeurs qui transforment et/ou commercialisent ces produits « équitables » n’étant soumis à aucune obligation peuvent donc se permettre toutes formes d’abus.

La question d’un commerce équitable, ne repose pas sur l’intensification coûte que coûte des échanges marchands. Seul l’examen de ces échanges, est de nature à répondre aux enjeux d’ une mondialisation qui permette aux peuples de vivre et travailler au pays en ayant la possibilité de (re)conquérir de nouvelles libertés et de nouveaux droits. Tel est l’enjeu d’une approche universelle du commerce équitable.


QMD

[1] Campagne Max Havelaar 2006 : « Pour un monde plus juste, faites vos courses »

antoine | 04 mai 2006 à 11h39
 
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Re:Examinons nos rapports marchands !

Salut,

Ton analyse est également pertinente et intéressante.
Pour ma part je me pose la question suivante : Le commerce équitable, ne rendant pas négatif l'exportation de produits à travers le monde, n'est il pas source d'inégalité et de pollution plutôt que de réel gage d'une amélioration des conditions de vie des artisans des pays en développement ?

Bref, trompe l'oeil ou source d'amélioration pour les conditions de vie de tout cultivateur ?

BD

Benoit D | 10 mai 2006 à 20h10
 
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