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Le prix Pierre Potier récompense l'innovation en chimie au bénéfice de l'environnement

La première édition du prix Pierre Potier a récompensé neuf entreprises du secteur de la chimie qui se sont distinguées à travers des modes de fabrication ou des produits innovants entraînant un bénéfice pour l'environnement.

Gouvernance  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
Alors que l'adoption du règlement européen Reach entre actuellement dans sa dernière ligne droite, en deuxième lecture au Parlement, la première édition du prix Pierre Potier a récompensé dernièrement neuf entreprises du secteur de la chimie qui se sont distinguées à travers des modes de fabrication ou des produits innovants entraînant un bénéfice pour l'environnement.
Les entreprises du secteur, grands groupes et PME, ont été invitées à concourir par un appel à projets rendu public le 14 mars 2006. 41 dossiers ont été déposé par 32 entreprises. Ces dossiers ont été examinés et classés en trois grandes catégories : nouveaux produits, nouveaux procédés et créations d'entreprises. Les thématiques principales des projets ont abordé la valorisation des agro-ressources, le remplacement ou la suppression de certains solvants ainsi que les produits et procédés de substitution. Le jury, composé de personnalités compétentes issues de la recherche, de l'industrie chimique ainsi que des ministères concernés, a décidé de décerner neuf prix.

La société Basf a été récompensée pour son concept « Bâtiment E », E comme Energie, Economie, Environnement, Equilibre. Mis en œuvre par BASF, Logirep et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) à Fontenay-sous-Bois, le concept de Bâtiment Génération E porte sur la rénovation d'un logement social grâce à des nouveaux produits élaborés par BASF avec pour objectif de le rendre efficient en termes d'économie d'énergie et de rejet de gaz à effet de serre. Pour l'énergie primaire (chauffage et ventilation), la consommation sera inférieure à 50 kWh par m2 de surface habitable par an contre environ 400 KWh avant rénovation. Pour cela, le concept énergétique met en œuvre de nouveaux produits pour l'isolation par l'extérieur au moyen d'un polymère comportant des absorbeurs et réflecteurs de rayonnements thermiques appelés Neopor. Le projet prévoit également l'utilisation de micro-capsules de polymère contenant des produits à changement de phase (PCM) intégrées dans le plâtre et appelées Micronal. Les PCM ont la capacité d'absorber de la chaleur lorsqu'il y en a trop et de la restituer lorsque la température redescend en dessous d'un certain seuil.
À cela s'ajoutent la pose de fenêtres à double vitrage et à lame d'argon, la création d'une ventilation mécanique double flux à récupération de chaleur, l'utilisation de peintures sans solvants, la mise en œuvre d'éclairages basse consommation dans les parties communes, l'installation dans chacun des appartements d'appareils électroménagers de classe énergétique AAA.

La société Prosign a été récompensée par son projet intitulé « Thermo Vert » axé sur le remplacement des produits pétroliers utilisés pour le marquage routier par des produits d'origine végétale. Les lignes blanches de marquage routier sont en général obtenues à partir de produits utilisant des résines de pétrole chauffées avant application sous forme liquide sur la route. La société Prosign a mis au point une technique qui utilise des produits naturels comme la colophane à la place des dérivés du pétrole. La colophane est principalement obtenue à partir de la distillation de la gemme des pins mais peut aussi être récupérée comme sous produit de la fabrication du papier. Ces produits sont émulsionnables à des températures plus basses. La société a également choisi d'utiliser des coquilles d'huître broyées et des coquilles d'oeuf à la place du carbonate de calcium provenant des carrières. Il en résulte des composés « thermo vert » qui permettent l'utilisation de ressources renouvelables, des économies d'énergie (30 % minimum), la réduction des composés organiques volatils et la diminution des coûts.

La société Rohm and Haas a reçu un prix pour sa peinture murale soluble dans l'eau et sans solvant organique. Une peinture est une formulation dans laquelle les différents constituants doivent rester parfaitement mélangés sans qu'il y ait séparation. Pour assurer la stabilité de l'ensemble, on utilise un liant (polymère organique) dans des proportions qui varient de 10 à 60 % suivant la qualité finale recherchée. Ainsi les poudres minérales assurant le pouvoir couvrant du film et les charges qui donnent du corps, sont liées grâce à ce polymère. La société Rhom and Haas a préparé des polymères acryliques solubles dans l'eau dont l'un des composants s'associe très fortement à toutes les particules minérales. De cette façon, on réduit de 20 % le taux de dioxyde de titane rajouté dans les peintures pour son pouvoir couvrant et, dans les mêmes proportions, le poids de polymère organique à l'origine de l'émission de composés organiques volatils. D'après le jury, le gain économique est évident en raison de la quantité réduite des composants onéreux (TiO2). Le gain environnemental est certain grâce à la réduction de l'oxyde de titane, généralement produit par un procédé nécessitant de l'énergie et rejettant de l'acide sulfurique. La diminution du taux de TiO2 est donc bénéfique.

L'institut français du pétrole a également été récompensé pour son projet « Radiagreen RA ». L'IFP a conçu un produit aqueux, à base d'additif non polluant qui permet de sortir le pétrole des puits exploités, sans dommages pour l'environnement. Les potentialités du nouvel additif en font surtout un excellent candidat pour la remédiation des sols pollués et la dépollution des océans lors des marées noires car il permet la rupture des émulsions pétrolières.

La société Plant Advanced Technologies a été récompensée pour ses « Plantes à traire » qui constituent une nouvelle technologie pour la production d'actifs végétaux de haute valeur. En effet, les végétaux constituent une source de produits intéressants mais jusqu'à maintenant seules deux techniques permettait de les récupérer : la récolte des plantes et l'extraction des produits après destruction ou la culture cellulaire in vitro plus lente et de faible production. La société Plant Advanced Technologies SAS propose désormais une alternative qui consiste à cultiver les plantes en serre sur un milieu liquide. Les métabolites sont excrétés dans le milieu nutritif via les racines et peuvent être récupérés par des méthodes chimiques classiques sans destruction du végétal. Plusieurs « traites » successives sont rendues possibles. C'est sur les marchés pharmaceutique et cosmétique que l'innovation se positionne le mieux, permettant l'accès à la production de principes actifs.

La société Arkema a reçu un prix pour la création de nouveaux tubes pour transporter le gaz fabriqués à partir de l'huile de ricin. Le transport du gaz naturel en canalisations enterrées pose un certain nombre de problèmes, en particulier les matériaux utilisés pour fabriquer les tubes nécessaires à ce transport. Ainsi, les tubes métalliques sont soumis à des attaques de corrosion importantes et les tubes plastiques, généralement en polyéthylène, sont préparés à partir de ressources fossiles. La société Arkema a réussi à réaliser des tubes en polyamide 11 issu de l'huile de ricin supprimant ainsi tout risque de corrosion et mettant en oeuvre une ressource renouvelable végétale. Les qualités de ces tubes sont telles que le gaz peut être transporté à une pression deux fois plus élevée qu'avec les autres matériaux, tandis que les fuites de méthane sont fortement diminuées en raison de la faible perméabilité du polyamide 11.

La société Rhodia a été récompensée pour son projet « Capucine » basé sur un procédé qui permet de fabriquer du nylon sans produire de déchets. La synthèse du nylon utilise un intermédiaire, le caprolactame, dont le marché est d'environ 4MT/an en croissance de 3 % par an. Les méthodes traditionnelles d'obtention de cet intermédiaire conduisent à la formation d'un sous-produit, le sulfate d'ammonium, qui est de plus en plus difficile à écouler. C'est pourquoi la société Rhodia a mis au point un procédé qui donne accès au caprolactame, sans formation de sous-produit. L'absence de déchet s'accompagne aussi de facteurs positifs pour l'environnement : réduction significative de la dépense énergétique, absence de solvant dans le processus de purification, pas d'émission d'oxydes d'azote, se traduisant au final, par un gain économique de 20 %.

La société Solvay Electrolyse France s'est distinguée à travers son projet « Epicerol » qui utilise directement la glycérine à la place de produits issus du pétrole. L'utilisation des biocarburants à partir de corps gras d'origine végétale prend une place de plus en plus importante dans les transports. La fabrication du diester, pour les moteurs diesel, s'accompagne de celle d'un sous-produit : la glycérine. Ainsi, la production de 10 tonnes de diester conduit à la formation d'environ une tonne de glycérine. Le manque de débouché de cette dernière pèse sur le prix du biocarburant et conduit à l'accumulation de ce sous-produit dommageable pour l'environnement. La société Solvay propose un procédé permettant la transformation directe de la glycérine en dichloropropanol et de là, en épichlorhydrine, matière première de fabrication des résines époxy utilisables pour la purification de l'eau et le renforcement du papier.

Le jury a décerné un prix à la star-up Quertech Ingénierie pour son nouveau procédé qui permet de conférer à l'aluminium, une dureté superficielle égale à deux voire trois fois la dureté des aciers les plus durs. Le produit obtenu permet de remplacer certaines pièces mécaniques réalisées jusqu'alors en acier en y associant les avantages suivants : gain de poids puisque l'aluminium est trois fois plus léger que l'acier ; conduction de chaleur car l'aluminium évacue six fois plus vite la chaleur et usinabilité car l'aluminium est deux à trois fois plus tendre que l'acier. Ce nouveau procédé pourrait être intéressant dans l'automobile pour la fabrication de moteur plus léger, et la résistance aux hautes températures, en plasturgie pour la réalisation de moules en aluminium et dans l'aéronautique : bras de satellite, bord d'attaque des ailes.

Si, pour certains projets, il semblerait que les intérêts environnementaux soient difficilement identifiables voire apparus par hasard, ils sont, pour d'autres, le résultat d'une réflexion poussée et axée vers une chimie plus respectueuse de l'environnement et/ou au service de l'environnement.
Mais avec le nouveau règlement Reach qui a pour but ultime le remplacement des substances les plus préoccupantes pour la santé et l'environnement, il y a de grande chance pour que de nouveaux produits ou nouveaux procédés comme ceux récompensés par le Prix Pierre Rodier voient le jour.

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