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Actu-Environnement

Les nanotechnologies et leurs nanomatériaux sont étudiés à la loupe

Face au développement exponentiel des nanotechnologies, les impacts sanitaires, sociaux et éthiques des nanoparticules font l'objet de plusieurs études à la demande du MEDD. Les premiers avis publiés au début du mois se veulent prudents.

Risques  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
L'objectif des nanotechnologies est de produire des objets ou matériaux dont au moins une dimension est inférieure à 100 nanomètres (10-9 m). Ces nanomatériaux sont composés de nanoparticules dénommées ainsi lorsqu'elles ont au moins 2 des 3 dimensions de l'espace inférieures à 100 nm. Contrairement aux particules très fines d'origine naturelle ou provenant d'une combustion comme les particules issues des moteurs diesel, ces nanoparticules sont manufacturées c'est-à-dire produites intentionnellement.
Toutes les grandes familles de matériaux sont concernées : métaux, céramiques, carbones, polymères, silicates, etc. Les nanomatériaux présentent des caractéristiques différentes par rapport aux mêmes matériaux à l'échelle macroscopique ou micrométrique. Il devient donc possible d'obtenir des matériaux apportant notamment des propriétés mécaniques, électriques, magnétiques, optiques ou catalytiques particulières. L'acquisition de ces nouvelles propriétés physico-chimiques ouvre ainsi un immense champ de recherches fondamentales et appliquées regroupées sous l'appellation de «nanosciences».
De très nombreux secteurs industriels sont concernés (médecine, communications, électronique, transports…) et certaines applications sont d'ores et déjà en phase de production industrielle. C'est le cas notamment des nanotubes de carbone, dont la structure est cent fois plus résistante et six fois plus légère que l'acier, ainsi que des nanoparticules de dioxyde de titane utilisées dans le secteur des cosmétiques, des nanoparticules de silice pour les pneumatiques ou encore la cérine comme additif de carburant.
Le développement et les niveaux de production des nanomatériaux manufacturés vont s'étendre et s'intensifier dans les prochaines années. Les prévisions économiques et sociales paraissent extraordinaires : l'US National Science Foundation estime que l'impact économique des nanotechnologies à travers le monde se chiffrera à plus de mille milliards de dollars d'ici 2015, et générera plus de 2 millions d'emplois.

Face à ces prévisions, le Ministère de l'Écologie et du Développement Durable (MEDD) a demandé à plusieurs instances françaises de se pencher sur les impacts possibles de ces nanomatériaux sur le plan sanitaire, social et éthique. Le Comité de la Prévention et de la Précaution (CPP) a été sollicité dès 2004 pour proposer « des moyens d'accompagner correctement la croissance des usages et des disséminations des nanoparticules, et émettre des recommandations sur la conduite à tenir pour le suivi, l'identification de risques et l'élaboration des précautions adaptées à ces nouvelles échelles ». L'Agence Française de Sécurité Sanitaire de l'Environnement et du Travail (AFSSET) a, quant à elle, été saisie en septembre 2005 pour que soit réalisée une synthèse des connaissances scientifiques et techniques disponibles sur cette question et proposer des pistes prioritaires pour la réalisation d'études et de recherches. Ces deux organismes viennent de présenter leurs conclusions.

Il se dégage de l'analyse du CCP et de l'AFSSET que les nanoparticules, du fait de leur très petite taille, peuvent susciter une réaction biologique et présenter un danger. Des effets délétères ont notamment été mesurés chez l'animal dans un cadre expérimental. Néanmoins, il n'existe pas actuellement suffisamment de données ni de méthodologies adaptées pour évaluer les risques pour la santé de l'homme à cause du faible nombre d'études menées à ce jour, d'un recul peu important sur cette nouvelle forme d'exposition et de la grande diversité des nanoparticules produites. Le manque d'information s'en ressent également au niveau de l'évaluation de la toxicité des nanomatériaux pour l'environnement. Les nanoparticules peuvent être très facilement dispersées dans le milieu atmosphérique et ainsi parcourir de longues distances avant de se déposer mais actuellement, aucune information n'est disponible sur leur capacité de dégradation que ce soit dans l'eau ou dans les sols.

Compte tenu de ce constat, les deux organismes recommandent de recenser les nanoparticules issues des nanotechnologies et les filières de production. L'AFSSET propose à ce sujet de créer un registre international publiquement accessible, des nanomatériaux commercialisés ou en voie de l'être et des produits susceptibles d'en contenir.
Ils recommandent également d'accentuer les recherches et la surveillance des nanomatériaux. Pour cela l'AFSSET propose la création d'une structure indépendante et décisionnelle incluant un programme de recherche sur les méthodes de cette surveillance, l'étude des modalités d'enregistrement et le suivi des personnes exposées.
Pour les deux organismes, il est également urgent d'adopter dès maintenant des mesures de précaution et d'intégrer la prise en compte de la spécificité des nanomatériaux par l'Union Européenne dans le cadre de l'élaboration de la réglementation REACH.
De plus, le CPP propose de mettre en place une réflexion sociétale plus large pour mieux appréhender l'évaluation du rapport bénéfices/risques engendrée par le développement de ces nanotechnologies. À ce propos, le Premier ministre a annoncé, en mai dernier, le lancement d'un débat public sur les nanotechnologies.
Les administrations des ministères chargés de la santé, du travail et de l'écologie ont également décidé d'organiser un séminaire gouvernemental d'échanges et de réflexion sur les risques liés aux Nanomatériaux / Nanotechnologies en octobre prochain.

Outre le CPP et l'AFSSET, l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) a également été saisie sur les risques des différents produits relevant de sa compétence susceptibles de contenir des nanoparticules comme les médicaments et les produits cosmétiques. Le Comité d'Éthique pour les Sciences du CNRS (COMETS) prépare également, en collaboration le Comité Consultatif National d'Éthique pour la santé et les sciences de la vie (CCNE), un avis sur les aspects éthiques associés au développement de ces nanotechnologies.

Réactions4 réactions à cet article

 
Le progrès a toujours fait peur. C'est normal

J'avais déjà écrit à MINATEC en constatant la défiance que suscitaient les nanotechnologies. Voici ma lettre :
"....Je prends connaissance de textes qui circulent sur Internet au sujet de Minatec (pour Grenoble, début Juin) et qui dénoncent de façon plus que véhémente les méfaits et les dangers des nanotechnologies.

Il est probable qu’une communication inadaptée est, en partie, responsable de l’image déplorable que ces activités présentent à un public insuffisamment ou partiellement documenté.

Il conviendrait de dénoncer les dérives, effectivement possibles, auxquelles des applications pourraient conduire et d’illustrer plus concrètement les bénéfices que l’on peut en attendre dans la vie de tous les jours.

A titre d’exemple, la diffusion lente de substance est perçue comme une manipulation d’apprenti sorcier alors que l’on devrait y montrer la possibilité de limiter la dispersion avec les avantages d’efficacité, de protection de l’environnement et d’économie.

La terminologie a, elle aussi son importance et l’on sait combien l’adoption du terme « Organisme Génétiquement Modifié » fait peur par un rapprochement inconscient avec un organisme contre nature.....
.....Il faut que des efforts soient poursuivis afin que le fossé entre les partisans et les opposants ne continue pas à se creuser comme ces manifestations peuvent le faire craindre, avec les effets néfastes sur le développement ....."

Toutes les Administrations mis à contribution pour scruter les nanotechnologies ne devront pas entraver la recherche et ses applications

michou | 20 juillet 2006 à 12h08
 
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Vite, un débat public !

Les nanotechnologies commencent enfin à susciter de la curiosité, il est temps ! Oui, c'est une technologie prometteuse. Oui, elle peut constituer un risque, qu'il faut mesurer. Oui, c'est peut être un "bluff" marketing, car, finalement, les nanotechnologies promettent beaucoup mais réalisent peu, aujourd'hui.
La solution : expliquer, débattre, être vigilant. Ce qu'il faut craindre : une conspiration du silence, Il est à voir le peu d'éclat médiatique de l'inauguration du pôle de recherche Minatec à Grenoble en juin 2006 !
Un conseil : liser "Nanotechnologies, espoir, menace ou mirage ?", par Yan de Kerorguen, éditions Lignes de repères, je vous engage à vous y reporter pour en savoir plus !

Patrick Blaevoet | 20 juillet 2006 à 12h57
 
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science ... ou économie sans conscience?

Bonjour, je ne suis pas un spécialiste des nanotechnologies.. je suis ce qui se passe plus comme observateur. Pourtant j'aimerai réagir à cet article : j'ai la triste impression que l'économie, les perspectives de développement formidable (et bien sûr le "fric qu'il y a se faire") guident et imposent le rythme de développement... sans considération pour les dangers potentiels pour nous, nos enfants, notre planète (eau, environnement, toxicité, etc)...

La terre a déjà réchappé à maintes catastrophes naturelles et je pense qu'elle réchappera également à l'homme (dans quel état je ne sais pas)... mais l'homme peut être, lui n'en réchappera pas... et là on parle de nos enfants, petits enfants ou arrières petits enfants qui eux ne connaîtront sûrement pas nos conditions de vie actuelle qui changent de plus en plus rapidement... pourquoi la prudence n'est elle pas de mise pour une fois?

Ne pourrions nous pas pour une fois apprendre des erreurs du passé pour organiser et mettre toutes les chances de notre côté pour un développement réellement durable? sans avoir à soigner les conséquences de nos actes (amiantes, nucléaire, chimie des pesticides et engrais (cancers), exploitation du pétrole pour le profit d'une poignée de voraces qui oculte toutes les autres formes de production d'énergie pendant plus de 50 ans). On finit par passer plus de temps et d'énergie à nous soigner, à rechercher des moyens de lutte contre des faits que nos parents ont faits, des choix politiques et surtout économiques!! Pourquoi ne pas le développer en expérimentale, dans un cadre précis de recherche tout en renforçant doublement les études sur les conséquences... et pas l'inverse... à toujours courir après le train (dictat des marchés financiers), on risque de le rater... déjà que le combat contre le cancer est loin d'être gagné... on va peut être rajouter une nouvelle forme de maladie? ou de pollution hautement toxique?

y'en a marre de l'économie et de la finance qui dirigent!! des politiciens qui ne font rien si ce n'est rechercher des points pour leurs sondages!! Tous formés dans le même moule... ça laisse des traces...

Ces pseudos sciences ne fonctionnent que sur des lois anti naturelles : jamais elles n'intègrent les facteurs primordiaux à notre survie qui sont la préservation de notre habitat, de nos conditions de vie... le profit, l'enrichissement, le TRI, les bénéfices voilà ce qui dirigent aujourd'hui le monde et ce ne sont pas avec les quelques efforts environnementaux que font quelques entreprises que l'on arrange réellement les choses..... la planète va mal et chouette, on a trouvé un nouveau truc génial plein de promesses (nanotechnologie) mais qui peut être dangereux... mais ce n'est pas grave... on fonce tête dans le guidon.... comme d'habitude on verra après les conséquences....

Nous sommes tous sur le même bateau (la terre) : il a chaud et j'avoue qu'en tant que citoyen de la terre, je suis contre ce développement aveugle juste pour l'économie, pour des lois de marchés financiers qui ont une vision qui se rapproche de celle de la taupe : très court .....terme..

Nous pouvons tous réagir ensemble ou individuellement pour gérer notre développement au mieux... si nos diriageant politiques ou les grands patrons (qui ont bcp d'intérêts personnels financiers), soit disant tous des hommes intelligents, ne sont pas capables d'intégrer notre planète dans leur vision, qu'ils continuent seuls à scier la branche sur laquelle ils sont assis : personne ne nous oblige à les suivre!!

Xa2gwada | 20 juillet 2006 à 20h39
 
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Mieux vaut prévenir que guérir !

La peur du progrès ! Le cliché passe-partout, qui ferai de ceux qui pense qu'il est fondamental de mieux connaître les effets des nanotchnologies avant de les utiliser, des passéistes et des irréalistes empêchant notre pays d'être dans les premiers de course économique que ces découvertes ne manqueront pas de lancer.... Non, nous sommes simplement conscients que nos technologies interfèrent avec le vivant et que les interactions ne sont pas toujours au bénéfice de ce dernier

Le ministère de l'agriculture et de la pêche ne fait pas partie de ceux qui s'intéresse à la question et c'est dommage, car c'est notre alimentation que est aussi concernée.
Info : les crèmes solaires sont déjà "nanotechnologisées" au dioxyde de titane ! Que sait-on des problèmes que peut poser la pénétration de ces molécules à travers la peau ?

A-M Boudou

Anonyme | 21 juillet 2006 à 17h36
 
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