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L'économie mondiale des déchets évolue et s'inscrit dans la problématique de la rareté des ressources.

Selon une étude commune de l'institut CyclOpe et Veolia Propreté, l'économie mondiale des déchets est en pleine mutation en liaison avec les problématiques de rareté des ressources, d'enjeux énergétiques et de défis climatiques.

Déchets  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com
L'institut de recherche et d'études sur les marchés internationaux des matières premières et des commodités CyclOpe s'est associé à l'éco-industrie Veolia Propreté pour établir le premier panorama mondial de l'économie du déchet, publié récemment aux Editions Economica et intitulé « Du rare à l'infini : panorama mondial des déchets 2006 ».
Il apparaît selon cette étude, que l'origine des déchets est multiple et que face à l'hétérogénéité des nomenclatures, aux manques de statistiques et à la complexité du secteur, tout bilan mondial sur la production de déchets est difficilement réalisable. En revanche, il est plus facile de se baser sur la collecte pour laquelle les données sont mieux connues. Ainsi l'étude CyclOpe/ Veolia évalue le gisement mondial de déchets collectés à 2,5 milliards de tonnes par an. Autrement dit, la société actuelle produit à peu près autant de déchets chaque année que de céréales dont la production s'élève à 2 milliards de tonnes.
Sur ces 2,5 milliards de tonnes, 1,2 milliards sont des déchets municipaux. Il apparaît logiquement que la collecte de ces déchets est corrélée à la richesse et à l'urbanisation du pays considéré. Un Américain produit en moyenne 700 kg de déchets par an contre 150 kg pour un Indien. Entre ces deux extrêmes, les situations varient en termes de collecte ou de nature de déchets : plus les peuples sont riches, plus ils sont sophistiqués et plus leurs déchets se chargent d'emballage plastique, papier, verre, métaux mais peu en déchets alimentaires. Par conséquent les modes de traitement diffèrent.
Au niveau mondiale, la mise en décharge représente toujours le mode de traitement le plus répandu mais en fonction de leur économie, de la réglementation, de leur géographie ou de leur histoire, chaque pays a développé sa propre philosophie du déchet. Les facteurs géographiques ont par exemple été déterminants aux Etats-Unis ou en Australie où la surface du pays permet la mise en décharge de plus de 60% des déchets alors qu'au Japon, au Danemark ou dans les mégalopoles asiatiques, l'incinération a été privilégié par manque de place. Dans d'autres pays comme en Europe, les facteurs culturels et économiques ont fortement pesé sur les préférences pour le recyclage et l'incinération. Dans les pays en développement, les dépôts sauvages et le recyclage informel réalisé par les populations urbaines les plus pauvres demeurent aujourd'hui le mode dominant d'élimination des déchets.

Concernant les déchets industriels non dangereux c'est-à-dire banals (DIB), l'étude se veut prudente. La faible fiabilité des données ne permet pas de dresser un bilan réaliste de la production mondiale. Aux États-Unis par exemple, il n'y a pas de quantification différenciée de ces déchets. En Chine, les estimations réalisées par différents organismes vont du simple au double. Cependant une relation assez logique se dessine : les volumes des DIB à traiter par les pays dépendent de leur taux d'industrialisation et de leur structure industrielle. Les secteurs industriels et manufacturiers les plus importants en termes de déchets produits sont notamment : la métallurgie, l'industrie chimique, l'industrie agroalimentaire et l'industrie du bois et papier. Mais certaines exceptions sont à noter notamment au sein même de l'Union Européenne. L'étude révèle des situations très contrastées et des écarts importants entre la Finlande par exemple avec 2.300 kg/hab/an de DIB provenant en grande partie de son industrie du bois et le Danemark qui malgré une industrie papetière également très développée ne produirait que 340 kg/hab/an de DIB. Cette différence proviendrait du fait que le Danemark classerait ces résidus de bois comme des sous-produits valorisables et non comme des déchets.
Cette inégalité d'appréciation entre pays est encore plus marquée dans le domaine des déchets dangereux. Même si la Convention de Bâle de 1986 établit une liste de déchets « dangereux », force est de constater qu'il n'y a pas d'homogénéité réelle dans les définitions de ces déchets et par conséquent dans leur quantification. L'étude se risque tout de même à évaluer à environ 150 millions de tonnes la production mondiale de déchets dangereux. Cette incertitude risque de se maintenir encore longtemps à cause notamment des déchets dangereux des ménages de plus en plus diffus à mesure que la liste des substances dangereuses s'allonge, surtout en Europe.

Au-delà d'une évaluation du gisement mondial de déchets, l'Etude CyclOpe/Veolia s'est également intéressée à l'usage et au commerce du déchet. Dans un contexte où l'utilisation durable des ressources devient un défi et un facteur de compétitivité, la valorisation des déchets s'inscrit dans des marchés de plus en plus mondiaux. Le développement de la valorisation matière et énergétique couplé à des cadres réglementaires et fiscaux différents d'un pays à un autre entraîne des mouvements d'échange de déchets et de matériaux recyclés.
Plus de 135 millions de tonnes de textile, plastiques, ferrailles et métaux non-ferreux sont échangés chaque année sur la planète. Les matières secondaires constituent aujourd'hui un des flux les plus importants à sillonner les mers.
Concernant la valorisation énergétique, le secteur est évidemment intimement lié au contexte énergétique actuel : renchérissement du coût de l'énergie, sécurité et indépendance énergétique, conformité au protocole de Kyoto. On compte aujourd'hui dans environ 35 pays plus de 600 unités d'incinération avec récupération d'énergie, traitant près de 170 millions de tonnes de déchets municipaux. Environ 50% de ces volumes sont incinérés en Europe et au Japon. L'étude a évalué de façon grossière que la quantité d'énergie issue des cette valorisation énergétique équivalait à 600.000 barils de pétrole par jour. Cette contribution représente une part significative des besoins énergétiques en Europe puisque les 400 unités d'incinération approvisionnent 27 millions d'habitants en électricité ou 13 millions d'habitants en chaleur. L'étude estime que ce mode de valorisation devrait prendre de l'ampleur au niveau mondial, réservant à priori de nombreuses polémiques à venir à l'instar de celles qui concernent les incinérations français.
La valorisation matière est, quant à elle, rattachée à l'idée d'économie des ressources. Les matières organiques, le bois, les papiers/cartons, le verre, les plastiques, les métaux, les batteries, les DEEE, les textiles et certains solvants sont les principaux matériaux destinés à être recyclés. La plupart de ces matériaux font l'objet d'un marché plus ou moins important au niveau régional (compost), national (verre) ou international (papiers). Les taux de valorisation de ces matériaux diffèrent d'un pays à un autre selon leur part dans la poubelle, la législation, la culture. En Egypte par exemple, la ville d'Alexandrie composte un quart de ces déchets pour produire 120.000 tonnes de compost par an utilisé pour amender les terres sableuses gagnées sur le désert. Globalement les marchés des matériaux issus de la récupération progressent et s'internationalisent. Ils pèsent actuellement plus de 600 millions de tonnes, emploie 1,5 million de personnes et représentent un chiffre d'affaires de 160 milliards de dollars.

Ce marché du déchet quel que soit le mode de traitement et de valorisation devrait continuer à prendre de l'ampleur dans la mesure où la planète Terre va au cours de ce siècle atteindre ses limites démographiques, environnementales, agricoles et énergétiques. Les hommes vont devoir redécouvrir le sens de la rareté qu'ils ont perdu ou oublié pendant les deux derniers siècles et se rapprocher de l'idéal naturel qu'est le cycle de la matière : rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.

Réactions8 réactions à cet article

 
aux amis canadiens et français et amies argentines

Je suis légèrement confuse... ces industriels à cheveux blancs accompagnés et bedondaines parlaient également d'environnement de façon intéressante (le rafraîchissement, c'était de leur bouche que ça provenait?)

back to the Future
 
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vent rafraîchissant

Vous savez, chère amie d'autres latitudes, ici, dans ce merveilleux pays où l'empreinte écologique paraît-il est encore loin de vos moyennes (encore des chiffres dont il faut se méfier, mais c'est pas mal comme référence), où nous produisons, dit-on, six à huit fois la nourriture que nous sommes capables d'ingérer, vous seriez surprise de voir à quel point les gens n'ont jamais entendu parler d'écologie. On ne parle que de PIB démesurément croissant et de la peur bleue de le voir rétrécir, après des années de crise où les bonnes gens ont dû réapprendre à utiliser le troc. D'ailleurs, ce souvenir récent pourrait peut-être nous aider à comprendre la frugalité dont il serait question dans un futur "décroissant"?

Alors, quand vous trouvez une petite lueur parmi des messieurs qui ne sont censés s'occuper que de rentabilité, qui proposent d'être taxés eux-mêmes pour les besoins de récupération des batteries qu'ils produisent, qui exigent pour leurs propres industries des contrôles techniques efficaces (ils étaient face aux représentants de l'Etat), ne me dites pas que ce n'est pas une bonne nouvelle! Il est vrai que nous n'avions dans la salle que ceux du circuit formel (qui payent les impôts et figurent dans les listes des contrôles techniques), les petits ateliers qui récupèrent des batteries à travers les "cartoneros" et vident l'acide dans les égouts ne sont évidemment pas répertoriés.

lectrice du sud
 
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Ah bon !!!!!

Cette avalanche de chiffres est peut-être plus inquiétante que les "sombres" perspectives de la surprenante conclusion. Bourrez un interview, un propos, un article, un livre de chiffres, çà fait étudié, sérieux, et scientifique, mais, dans le cas précis en particulier, ça ne veut rien dire du tout. ou si peu.

Dès l'école primaire, on apprend qu'ils ne faut pas additionner les tomates et les carottes, et on finit par comprendre, du moins certains, que les moyennes ne veulent rien dire; et que les statistiques, comme les sondages, sont des êtes sensibles qui finissent toujours par avouer ce que veulent leur faire dire les patrons du bourreau

Par contre, au passage, ce qui serait intéressant de savoir, c'est quels arguments utilisent les "écolos" des pays évoqués qui sont contraints d'avoir recours au traitement thermique pour des questions de surface de territoire et/ou de qualité du sous-sol., tel les Pays-Bas .

Et je déplore qu'il ne soit pas didactiquement mentionné, ici, à cette occasion, que considérer les déchets comme une énergie renouvelable - ce qui est devenu une tarte à la crème - est un non sens; c'est seulement une énergie potentielle renouvelée - nuance !!! - dont il ne faut pas souhaiter logiquement la croissance du renouvellement, mais bien la réduction à la source, et surtout l'éco-prévention.

Quoiqu'il en soit, même pour faire "une belle conclusion", il est pour le moins "hatif" d'écrire : "Les hommes vont devoir redécouvrir le sens de la rareté qu’ils ont perdu ou oublié pendant les deux derniers siècles .."

Les plus de 850 000 000 d'humains (évaluation là aussi !) , ce qui fait tout de même déjà plus de 10 %, qui, aujourd'hui comme hier et comme demain, ne vont pas manger à leur faim, ne peuvent avoir perdu ou oublié le sens de la rareté : ils l'ont toujours connu, et bien d'autres avec eux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté .

C'est surtout le sens des autres qui a été perdu ou oublié ; celui, par exemple, qui fait qu'on s'offre du luxe en vacances sur une terre asiatique à 200 mètres de gens qui crèvent de faim. Ou qu'on s'empiffre de stocks options ou même simplement de grosses commissions de commerciaux ou de "beaux salaires" pendant que ceux qui ont créé la richesse correspondante sont mis au chômage.

Alors qu' hélas, parfois, cette richesse crée par des ex-salariés, ce sont des mines anti-personnelles ou des bombes à fragmentation , ou encore des choses totalement superflues et/ou d'un luxe insultant.

Et c'est souvent pour s'offrir ces derniers, que certains - de plus en plus nombreux ? - , ne serait-ce qu'avec leurs collègues, se comportent ..... comme des "ordures"

Sophophile | 12 octobre 2006 à 06h25
 
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Re:Ah bon !!!!!

Un peu noir, votre message, bien que je sois d'accord avec l'importance de la réduction de déchets tout d'abord, et avec votre commentaires sur les pays pauvres... Si je suis plus enthousiaste, c'est que la production d'énergie renouvelable à partir de l'incinération des déchets, telle qu'elle se produit en Suède avec le biogaz, permet de penser qu'au lieu d'utiliser les terres agricoles qui, elles, ne sont pas renouvelables, on peut enfin réduire les déchets tout en réduisant les problèmes environnementaux, laissant ainsi ces fameuses et précieuses terres, entre autres en Afrique et en Amérique du Sud - mais on a le même problème au Québec - pour produire non seulement de la nourriture, dans des conditions plus humaines (voire plus respectueuses de la terres et des animaux). Moi, je trouve que sous cet angle, le futur s'annonce plus clair que de continuer l'utilisation du pétrole ou des biocarburants en culture dédiée.

Back to the Future | 12 octobre 2006 à 07h19
 
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Re:Re:Ah bon !!!!!

Mon cher "cousin" de la Belle Province
(qui a lu cette réaction "hier" pour nous
avant de se coucher !!!)

Si j'en crois votre credo, le futur consiste en un certain "retour en arrière" dont je partage tout à fait l'esprit. étant logiquement ,comme vous sans doute, pour la "décroissance soutenable", et pas pour cette tarte à la crème de plus en plus prostitués par des "maquereaux capitalistes" d'un seul modèle universel ou au moins mondial de "développement durable"

Mais vous semblez parler de la réduction de l'encombrement des déchets , alors qu'avec précisément le terme "éco-prévention", pour éviter la confusion, et alors que la source est rarement localisée dans le discours ambiant, je parle de non-existence de certaines productions superflues et a fortiori luxueuses qui insultent la misère et donc l'intelligence, voire l'Amour..

Sophophile | 12 octobre 2006 à 07h34
 
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Re:Re:Re:Ah bon !!!!!

Cousine me siérerait sûrement mieux que cousin . comme vous parlez bien tout de même, cousin de France! Oui, je parle en partie de décroissance - on n'y échappera pas et je trouve abominable qu'on se vautre dans le luxe d'un vide effroyable - mais je pense aussi au futur, où l'on réglera plus d'un problème à la fois... Pour avoir demeuré en Suède où se vit cette réalité, c'est un véritable baume pour l'âme... J'espère simplement qu'ils parviendront à vraiment exporter leurs idées plus vite que les technologues du nouveau charbon ou les apôtres de la sainte Autruche prosternés devant du jus de Pétrole...

Back to the Future | 12 octobre 2006 à 07h40
 
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aux amis canadiens et français...

... de l'Argentine et avec plaisir je vous lis, voyant qu'il y a du mouvement dans l'air, ce que je constate ici aussi, même si nous sommes à des années lumière de vous en termes de conscience écologique et de décroissance soutenable (et des Suédois, certainement plus!).
Pour vous raconter une petite anecdote toute récente: j'ai participé il y a deux jours à un séminaire sur le recyclage des batteries automobiles, avec de gros industriels, hommes (j'étais la seule femme invitée), cheveux blancs et bedondaine, et vous auriez dû les entendre parler de l'environnement! C'était rafraîchissant, un vent nouveau soufflait, et cela compte bien plus que toutes les statistiques du monde (quoique nous devons continuer à les produire, à les entendre et à les analyser critiquement).
Comme dirait Pierre Rabhi, "le ferment du changement se propage".

lectrice du sud | 12 octobre 2006 à 17h26
 
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Re:vent rafraîchissant

Eh bien, je suis ravie d'apprendre que j'avais bien lu... Et il ne faut pas sous-estimer la force des industriels, quand ils se décident à agir en faveur de l'environnement... Le truc de la Suède, qui travaille beaucoup de concert avec ses industriel, est basé sur trois concepts: le bâton, assez sévère, pour forcer le respect de la réglementation. Celui-ci est toutefois jumelé à la carotte, pour offrir des pistes de solutions fort intéressantes (les entreprises qui agissent bien ont donc deux incitatifs...) et, aussi important, des projets de société. Leur initiative de se débarrasser du pétrole d'ici 2020 est la meilleure façon de combiner les efforts et ça devrait produire des résultats fort intéressants... Un bon modèle à imiter pour le Québec, la France ou l'Argentine...

back to the Future | 13 octobre 2006 à 02h13
 
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