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Pollution de la Rivière Sèche de l'île Maurice

L'île Maurice fait l'expérience, depuis le jeudi 28 février dernier, de sa plus importante catastrophe écologique avec le déversement dans la Rivière Sèche de quelque 5 000 litres de mazout (huile lourde).

Eau  |    |  Actu-Environnement.com
L'île Maurice fait l'expérience, depuis le jeudi 28 février dernier, de sa plus importante catastrophe écologique, avec le déversement dans la Rivière Sèche de quelque 5 000 litres de mazout (huile lourde), soit l'équivalent de cinq camions citernes. Selon les prévisions optimistes, les travaux de remise en état de la rivière prendraient plus de deux semaines.

Des questions se posent. N'y aurait-il pas eu une certaine entente entre Mauritius Breweries Limited, responsable de la pollution, et les autorités (ministère de l'Environnement, CWA et Water Ressources Unit) pour minimiser ce grave accident et même le cacher à la population malgré des risques potentiels pour la santé ?

Le premier responsable à banaliser l'affaire au cours de la semaine a été M. Mungra, directeur général de la CWA.''Poussé par les pluies abondantes du moment, le mazout échappé devrait s'évacuer vers la mer'', a-t-il déclaré. Le parcours qu'empruntera ce mazout est celui d'une rivière plutôt paresseuse mais dont le paysage est grandiose. Il s'agit de celui des Gorges de la Grande Rivière qui prend sa source dans les hauteurs de Curepipe. Avant de se jeter dans la mer à GRNO, quelque 15 kilomètres plus loin, cette rivière chute dans la magnifique cascade de Beau Bassin. Au passage, elle sert à approvisionner en grande partie en eau potable toute la capitale du pays et ses localités avoisinantes. Sur son cours se trouvent deux digues: celle de Beau Séjour à Belle Rose et celle de la digue municipale de Pailles où se trouve une importante station de filtrage. De surcroît, en aval, à Trianon, elle fait la jonction avec le Canal La Ferme.

Selon des personnes qui s'y connaissent, si, par malheur, le mazout a aussi pénétré dans cet important conduit d'irrigation, depuis peu entièrement recouvert par de la dalle armée, des possibilités existent que le réservoir La Ferme et ses fameux tilapias prisés par les familles pauvres des faubourgs rosehilliens et du village de Bambous, soient contaminés. Il y a là de quoi être passablement inquiet.

Les constats officiels du rapport Magho

Une fois les dégâts constatés et la remise en état de la rivière engagée, beaucoup de questions se posent sur la manière dont le responsable direct de ce drame écologique et les institutions publiques concernées (le ministère de l'Environnement, la Central Water Authority et la Water Ressources Unit) s'en sont pris pour gérer la situation.

L'accident, rappelons-le, est survenu vers 21h dans la soirée du 27 au 28 février. Ce n'est que le 5 mars - cinq nuits et quatre jours après et seulement après que notre confrère Le Mauricien révéla l'affaire dans son édition du jour - que l'accident tombe dans le domaine public. Jusqu'au 5 mars, le ministère de l'Environnement n'avait pas cru bon avertir la population alors qu'il y avait une menace potentielle pour la santé de milliers de consommateurs. Pas seulement la santé des consommateurs, mais également celle des pêcheurs amateurs, de baigneurs et autres lavandières.

En effet, n'était-ce la gravité du problème, on aurait ri un bon coup en prenant connaissance des explications, très tardives, de Mauritius Breweries pour se dépêtrer de cette délicate situation. Dans un communiqué de presse payant qui a tout l'air de vouloir démentir les constats honnêtes des journalistes qui ont couvert l'événement, MBL est venu affirmer que ''suite aux articles parus dans les médias, la direction dément catégoriquement avoir voulu cacher au ministère de l'Environnement cet incident imprévisible. À aucun moment, la direction n'a souhaité occulter cet accident imprévisible qui n'est pas lié à une erreur humaine’‘. MBL a même osé déclarer que ‘‘les dégâts ont été limités puisque la fuite a été stoppée immédiatement''.

Le rapport gouvernemental contredit ces affirmations de MBL. Dans ce rapport, intitulé ''Report on the oil discharge complaint along Rivière Sèche adjacent to Morcellement Fon Sing, Trianon, and Petit Camp behind Mauritius Breweries LTd (MBL) on Monday 3 March'', M. L. Magho, Environment Officer, ICZM Division, soutient ''qu'un site visit a eu lieu tout au long de la Rivière Sèche suite à des complaintes reçues par la Police de l'Environnement de M.A.K. Gopaul de la Central Water authority à 14h ce 3 mars 2003''. Ce site visit avait eu lieu en présence, entre autres, de M. P. Kallee, acting deputy Director au ministère, de MM. Gopaul, Pem et R. Jeeawoody (tous de la CWA), des policiers Marianne et Philogène.

Le rapport affirme que cette équipe d'investigation a recueilli des témoignages d'habitants de Petit Camp qui se plaignaient de ne pouvoir utiliser l'eau de la rivière pour des besoins domestiques depuis une semaine en raison d'une forte odeur de mazout qui s'en dégageait. Lorsque l'origine de la pollution a été détectée chez MBL, le directeur de cette firme ''a déclaré qu'il venait tout juste d'être informé du problème'' . Le rapport de M. Magho souligne que le Maintenance Manager, M. Cheng, a parlé du débordement de quelque 500 litres de diesel oil qui s'est évacué vers la rivière; des tentatives vaines pour contenir le flot; mais aussi d'un manque de supervision des opérations de nuit chez MBL. Selon lui, si ces problèmes de supervision n'existaient pas, ''the problem would have been minimized''. Le rapport de M. Magho soutient que ''M. P. Kallee informed M. P. Cheng that, according to the law, particularly to the Environment Protection Act 2002, the Director of the Environment should be notified and informed of the circumstances of the spill and any action taken or proposed to be taken in relation to the spill, which unfortunately had not been done. M. Kallee informed Mr. Pougnet that MBL should undertake clean up operations of Rivière Sèche and restore the environment to the state it was prior to the spill'' Toujours selon le rapport officiel de M. L. Magho, ''Mr A.K. Gopaul also requested Mr. Pougnet for clean up to be carried out at the dyke of Pailles where there is an accumulation of oil. Mr. Pougnet admitted that the oil discharge caused originated from MBL and promise to undertake clean up operations of the river as requested above by to-morrow morning, Tuesday 4 March 2003. He further said that measures would be taken to avoid such incidents in future. Mr. Pougnet contacted Atics for cleaning and a representative of the company was on site during our visit''.

Les faits (soutenus également par la présence du représentant d'Attics lors du site visit) démontrent bien que la direction de MBL a bel et bien essayé de résoudre le problème de la marée noire par elle-même, sans avertir le ministère. C'est, en vérité, lorsque les officiers du ministère ont débarqué dans le bureau de M. Pougnet que celui-ci a été bien obligé d'avouer l'accident. La rencontre entre les officiers du ministère et M. Pougnet s'est déroulée trois jours et deux nuits après l'accident lui-même.

Les contradictions du ministère

Une simple analyse des différentes versions démontre qu'il y a eu aussi un certain laxisme au niveau du ministère, voire une tentative de cacher la catastrophe aux membres du public. On est en droit de se demander pourquoi. Ainsi, chronologiquement, il a fallu qu'il soit interrogé par la presse pour que le ministère de l'Environnement parle de la catastrophe à la presse.

Dans une déclaration à la presse, le mardi 4 mars après-midi, le conseiller du ministre de l'Environnement, M. Ananda Rajoo, affirme que ''c'est vendredi dernier (donc le 1er mars) que des habitants de la région de Rivière Sèche ont alerté la Police de l'Environnement au sujet d'une odeur d'huile lourde émanant de la rivière, à hauteur de Quality Beverages Ltd (à Belle Rose)''. Toujours selon M. Rajoo, ''la police de l'Environnement est descendue sur les lieux pour déterminer d'où provenait cette odeur d'huile lourde. Nous avions demandé aux responsables de cette usine, quand un problème semblable est survenu en septembre dernier, d'entreprendre des travaux afin de vérifier s'il n'y avait pas d'autres fuites à cet endroit''. Poursuivant ses explications, M. Ananda Rajoo devait déclarer que ''lundi dernier (NDLR: 3 mars), les investigations se sont poursuivies et les cadres de l'Environnement ont remonté le cours de l'eau jusqu'à Mauritius Breweries et ils ont constaté qu'un mince filet de mazout se jetait dans les rivières Sèche et Mesnil, alors que l'herbe aux alentours était souillée''.

On connaît la suite des événements à partir du rapport de M. Magho. Mais le rapport de ce dernier attribue la plainte reçue à la Police de l'Environnement non pas aux habitants, comme le prétend M. Ananda Rajoo, mais à M. A.K. Gopaul de la Central Water Authority. Cette plainte a été reçue, précise le rapport Magho, à partir de 14h le lundi 3 mars 2003, et non le vendredi 28 février, comme le prétend encore le conseiller du ministère de l'Environnement.

Plusieurs questions aux autorités

À partir des différentes versions, plusieurs questions se posent. Peut-on imaginer que devant la gravité d'une telle situation - une rivière servant à alimenter la population en eau potable contaminée par du mazout -, des officiers employés à la protection civile débutent une enquête un vendredi, puis rentrent tranquillement chez eux durant le week-end pour reprendre leur investigation le lundi après-midi ? Pourquoi le rapport Magho a-t-il minimisé le volume de mazout déversé à seulement 500 litres, alors que MBL elle-même a reconnu qu'il s'agissait de 5 000 litres ? Pourquoi MBL affirme-t-elle que les dégâts de la marée noire se limitent à un rayon de 1,5 kilomètre (soit à la hauteur de Trianon), tandis que, dès le lundi 3 mars, M. A.K. Gopaul a réclamé que des travaux de nettoyage soient également menés à la digue municipale de Pailles - plus de cinq kilomètres plus loin - où du mazout avait été trouvé ? Pourquoi les ONG responsables de la protection (dont Friends of the Environment) gardent-elles le silence devant cette catastrophe ? Pourquoi la CWA, qui a fait travailler d'urgence son laboratoire d'analyse durant tout le week-end, n'a-t-elle pas jugé utile d'émettre ne serait-ce qu'un avis de précaution à la population portlouisienne ? Enfin, quel a été le rôle de la Water Ressources Unit, organisme supposément responsable de la gestion des eaux à Maurice ?

On peut deviner que l'intrusion du mazout dans l'écosystème de cette rivière ne sera pas sans conséquences, aussi louables que puissent être les efforts de réparation entrepris par Mauritius Breweries Limited, le responsable de la pollution.

Réactions1 réaction à cet article

 
produits explosifs

il est aussi question d'une usine produisant des tonnes de produits a base d'amonium sulphate,tres bon pour explosifs-pres de port louis!!!

eco989 | 13 décembre 2005 à 10h58
 
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