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Climat : Trump met les Etats-Unis au ban de la communauté internationale

Le Président des Etats-Unis annonce son retrait de l'Accord de Paris sur le climat, suscitant une vague de réprobations qui pourrait conduire à un nouvel équilibre mondial. La Chine et l'UE affirment dès maintenant leur leadership.

Gouvernance  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com
Climat : Trump met les Etats-Unis au ban de la communauté internationale

Ni la déclaration des autres membres du G7 sur la mise en œuvre rapide de l'Accord de Paris, ni la prise de position du pape François, ni le tweet du président du Conseil européen Donald Tusk n'auront eu de quelconque effet. Donald Trump annonce ce jeudi 1er juin le retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris sur le climat. Adopté le 12 décembre 2015 par 195 pays, cet accord universel vise à contenir le réchauffement de la planète en dessous de 2°C.

"Les USA vont cesser toute mise en oeuvre des Accords de Paris et se dispenser de l'engagement financier", a déclaré le président américain dans une longue tirade tournée sur la politique intérieure américaine. "Nous nous retirons mais nous allons commencer à renégocier et atteindre un deal équitable", a curieusement ajouté Donald Trump.

Cette décision, qui va à l'encontre de l'urgence climatique mise en lumière par les scientifiques mais aussi des intérêts économiques que le président américain entend pourtant protéger, suscite de nombreuses réactions hostiles. Elle isole les Etats-Unis sur la scène internationale, laissant de facto le leadership à la Chine et à l'Union européenne dans la lutte contre les changements climatiques et… peut-être dans les relations internationales tout court.

Un retrait formel en 2020

Le président américain aurait été convaincu de sortir de l'Accord par une lettre de 22 sénateurs républicains réclamant une "sortie propre" du traité international. Alors qu'il avait promis d'annuler l'accord lors de sa campagne, la décision faisait en effet débat au sein de son administration. Le directeur de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) Scott Pruitt avait dénoncé en mars dernier le mauvais accord de Paris sur le climat tandis que la fille du président Ivanka Trump ou le ministre Rex Tillerson avaient tenté d'adoucir la position du président.

La voie de sortie de l'Accord posait aussi question. Donald Trump a semble-t-il choisi de suivre le mécanisme de dénonciation prévu dans l'Accord de Paris. Ce dernier prévoit un délai de trois ans à compter de la date d'entrée en vigueur du traité, la dénonciation prenant effet à l'expiration d'un nouveau délai d'un an. Juridiquement, ce n'est donc pas avant novembre 2020 que les Etats-Unis sortiront du traité international alors que le président américain sera en train de finir son mandat.

Ce dernier disposait d'une possibilité plus radicale. Il aurait en effet pu dénoncer la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnuc) de 1992 sous l'auspice de laquelle a été adopté l'Accord de Paris. Cette possibilité, qui n'aurait demandé qu'un an, présentait en revanche l'inconvénient d'un vote du Parlement. La dénonciation de l'Accord de Paris, considéré comme un Executive Agreement, ne nécessitait quant à elle qu'un acte du Président. Une troisième possibilité, envisagée par l'exécutif américain, aurait été de revoir les engagements de réduction à la baisse. Les Etats-Unis se sont engagés à réduire leurs émissions de GES de 26 à 28% en 2025, par rapport au niveau de 2005.

"Crime contre l'humanité"

A ce jour, 146 Etats plus l'Union européenne ont ratifié l'Accord de Paris, couvrant 83,54% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L'Accord est entré en vigueur le 4 novembre dernier après que 55 Etats couvrant 55% des émissions l'aient ratifié. Le départ des Etats-Unis va faire baisser le total des émissions couvertes par l'accord à 65,72%, ce qui ne remet pas en cause la force juridique du traité international à l'encontre des Parties. Politiquement, c'est une autre affaire.

Avec ce départ, les Etats-Unis envoient un très mauvais signal à l'endroit des pays en développement qui pourraient renier leur engagement face à l'irresponsabilité du premier contributeur historique aux changements climatiques. "L'Accord ne fonctionne que si les engagements des pays sont revus à la hausse. Impossible de demander aux autres d'accélérer si les USA sont dehors", estime le chercheur François Gemenne.

"Si un jour la notion d'écocide est reconnue en droit international, Donald Trump sera coupable de crimes contre l'humanité", avait déclaré Nicolas Hulot en mars dernier avant qu'il ne soit nommé à la tête du ministère de la Transition écologique. Le président américain venait de signer un décret remettant en cause les contraintes imposées aux centrales thermiques par son prédécesseur à la Maison Blanche Barack Obama.

Leadership Chine/UE

Avec cette décision, les Etats-Unis laissent de fait le leadership à la Chine et à l'Union européenne dans la politique internationale de lutte contre les changements climatiques. Un leadership qui se confirme dès aujourd'hui à l'occasion du sommet réunissant les deux puissances à Bruxelles. Selon le Financial Times, le communiqué final qualifiera l'Accord de Paris d'"accord historique", les deux parties s'engageant à prendre des mesures en vue d'être "leaders de la transition" vers une économie bas-carbone.

"L'alliance renforcée du climat entre l'UE et la Chine devrait déclencher plus d'action climatique", estime Wendel Trio, directeur de Climate Action Network Europe, qui demande aux deux puissances de renforcer leurs engagements climatiques d'ici 2020. La Russie, qui n'avait pas encore ratifié l'Accord de Paris, a affirmé son soutien à cet engagement quelques heures avant l'annonce américaine, renforçant l'isolement des Etats-Unis sur la scène internationale.

A l'opposé de la lecture catastrophiste de la décision américaine, certains commentateurs se veulent en effet optimistes, estimant que la transition énergétique est lancée et que cette décision ne pourra plus l'entraver. La meilleure preuve en serait la conversion des entreprises américaines elles-mêmes, dont le président voulait pourtant préserver les intérêts à travers sa décision.

"Les entreprises américaines ont bien compris que l'Accord de Paris était loin d'être un frein à leur compétitivité, et que l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre était au contraire un réel levier de performance", estime Thierry Fornas, président du groupe EcoAct.

"Si le président Trump sort de l'accord sur le climat de Paris, je soupçonne qu'il sera surpris par l'impopularité de sa décision auprès des entreprises", a réagi Lord Mark Malloch-Brown, ancien vice-secrétaire général des Nations unies, dès le 31 mai. Effectivement, à l'annonce de la probable décision de Donald Trump, l'emblématique entrepreneur américain Elon Musk, qui dirige la société Tesla, annonçait qu'il quitterait ses fonctions de conseil auprès du Président en cas de sortie de l'Accord.

Réactions2 réactions à cet article

 

Il faudrait peut être réfléchir et se regarder objectivement dans un miroir..Que faisons nous pour le climat ?? Que veut dire la COOP 21 si ce n'est pour certains que de l'eau de rose..Nous continuons à polluer de plus belle, à consommer de manière outrancière et à gaspiller sans compter...MAIS QUE FAISONS NOUS ??? Avant de critiquer et de se gloriolifier, il faudrait peut être faire notre état des lieux..On a parlé du Pape, puis de Hulot, puis de Pierre, puis de machin et alors que faisons nous...Rouler moins, délaisser l'avion, vivre de produits plus simples , moins élaborés etc... ON NE SERT PAS LE CLIMAT ON SERT LE POGNON...

agregat | 02 juin 2017 à 11h00
 
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L'Accord de Paris est très peu contraignant. Quitter un accord non-contraignant aura sans doute peu d'autres effets que des cris d'orfraie des pères la vertu communicants sauveurs de planète.
Les Etats-Unis ont davantage réduit leurs émissions depuis 1990 que bien des pays ayant ratifié le Protocole de Kyoto...
A méditer, donc ? Ne confondons pas agitation et action.

Albatros | 06 juin 2017 à 11h43
 
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