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Productiviste, territorialisée et/ou démondialisée : quelle agriculture en 2050 ?

A défaut de choix politiques forts, le marché et les enjeux environnementaux, sociaux et/ ou économiques détermineront le modèle agricole de 2050, souligne une étude prospective publiée par le ministère de l'Agriculture.

Agroécologie  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com

Quel sera le modèle agricole français à l'horizon 2050 ? C'est la question que pose le conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) dans une étude prospective. Les attentes sociétales et les politiques agricoles actuelles permettent d'esquisser à grands traits l'agriculture française de 2030-2035. Les changements de modèles sont longs, et les enjeux et réponses politiques d'aujourd'hui dessinent l'agriculture de demain.

Mais imaginer à quels enjeux devra répondre l'agriculture de 2050 est un exercice plus incertain. En se fondant sur quatre scénarios d'évolution, l'étude prospective permet d'identifier les leviers à activer mais aussi de penser le rôle de l'agriculture au sein de notre société, les évolutions souhaitables, à éviter et les problématiques à résoudre…

2035 : une agriculture de plus en plus locale

Circuits courts, produits locaux, de qualité… La tendance amorcée depuis quelques années devrait s'amplifier d'ici 2035, estime le CGAER. « La vocation exportatrice de l'agriculture française n'est plus revendiquée et est occultée au nom de la promotion d'un modèle non-productiviste. Des politiques agricoles et alimentaires régionalisées se sont développées en faveur d'une agriculture territorialisée ».

En parallèle, à l'échelle internationale et européenne, la question agricole passe progressivement au second plan. Résultat : « En 2035, l'agriculture française est essentiellement caractérisée par un recentrage sur les besoins alimentaires et non alimentaires locaux assez loin des enjeux de sécurité alimentaire mondiale », note l'étude.

A cet horizon, deux modèles agricoles coexistent : « des agricultures locales non productivistes démondialisées » qui dominent en nombre et des « agricultures de firmes » présentes aussi bien sur les marchés locaux qu'à l'exportation.

Les problématiques actuelles seront exacerbées

En 2035, les pratiques agricoles seront plus respectueuses de l'environnement mais il n'y aura pas eu de changement profond de modèle. De même, la question des revenus des agriculteurs n'a pas été résolue, une exploitation sur cinq a disparu entre 2016 et 2030. Finalement, la mise en place de « paiements pour services environnementaux » (PSE) pour encourager l'adoption de pratiques plus vertueuses apportent un revenu supplémentaire et nécessaire aux exploitations agricoles.

Côté aval, « la question du coût de l'alimentation demeure un enjeu social et économique de première importance : alors que certains ménages continuent de réduire la part de leurs revenus consacrée à l'alimentation, les ménages pauvres se plaignent de coûts trop élevés par rapport à leur revenu contraint pour accéder à une alimentation de meilleure qualité ».

On le voit bien : l'absence de réponse politique forte va exacerber certaines problématiques que le marché seul ne pourra pas résoudre.

Anticipation et réponse collective

Le CGAER a ensuite imaginé quatre scénarios à l'horizon 2050, selon l'évolution des enjeux environnementaux, sociaux, économiques.

Dans le scénario « Sobriété savante », « les effets conjugués sur la situation dessinée pour 2035 des avancées scientifiques et technologiques, de la prise en compte systématique des préoccupations environnementales et de l'avènement d'une société de l'éthique conduisent en 2050 à une activité agricole fondée sur la connaissance et la technologie, respectueuse de l'environnement, diversifiée, ancrée dans les territoires et fortement soutenue socialement ». La lutte contre les gaspillages à toutes les échelles et une croissance démographique mondiale moindre entraînent une production agricole en léger repli. Les exploitations agricoles sont moins grandes, plus nombreuses et contribuent à la création de biens environnementaux.

Face à ce scénario idéal, où les enjeux ont été anticipés et maîtrisés, les trois autres scénarios sont plus contraints par le contexte environnemental et international.

Gouvernance mondiale, locale ou économique

Dans le scénario « Capitalisme environnemental », les dérèglements climatiques et les crises qui en découlent engendrent une prise de conscience du « bien commun » et la mise en place d'une régulation forte d'ici 2050. Les coûts environnementaux et sociaux sont intégrés dans les échanges et accords internationaux, via une comptabilité environnementale. Conséquence : en France, les exploitations agricoles « combinent en règle générale des productions agricoles/alimentaires, forestières ou aquacoles optimisées en fonction de la zone, ce qui dessine une spécialisation des territoires. Tous les projets comportent un volet préservation voire reconstitution de milieux ou d'espèces animales importants pour les équilibres écologiques, orientations fortement valorisées par la nouvelle comptabilité ».

A l'inverse, dans le scénario « Citoyens des territoires », la crise écologique conduit à un certain repli, qui se traduit par le développement de différentes agricultures selon les territoires (urbains, péri urbains ou ruraux). Relocalisation de la production agricole et nouvelle gouvernance impliquant les citoyens ressortent de ce scénario.

Le dernier, baptisé « Renouveau productiviste », table quant à lui sur une poursuite de la dérégulation de l'économie qui engendre conflits et inégalités. « Face au risque accru de crise alimentaire mondiale, une forme de scepticisme s'est installée quant à la capacité de l'agriculture territorialisée à y répondre. (...) Par ailleurs, le consentement généralisé d'une population relativement âgée à payer son alimentation plus cher, que l'on a cru bien établi, s'est vite trouvé remis en cause face aux évolutions peu favorables du pouvoir d'achat et à la possibilité d'accéder à des produits agricoles et alimentaires moins coûteux sur le marché mondial ». En réponse, un nouveau productivisme agricole et alimentaire se développera, appuyé sur le progrès technique et les nouvelles technologies. Ils permettront de produire moins cher en préservant les ressources naturelles et la santé.

Réactions3 réactions à cet article

 

Une agriculture bio, totalement bio, mais cela urge !

BJ50320 | 10 mars 2020 à 08h57
 
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Il est grand temps que le citoyen-consommateur fasse contrepoids au rouleau compresseur de la FNSEA qui a laminé l'agriculture française et que les décideurs, tant locaux que nationaux, entendent enfin sa voix.

Pégase | 10 mars 2020 à 13h07
 
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Approche prospective difficile s'il en est, cette communication me semble trop consensuelle, trop idéaliste dans un monde probablement soumis à des événements engendrant des ruptures fortes en amont et en avale de la filière agricole.
L'appropriation démocratique des ressources grâce aux réseaux sociaux ne figure pas non plus dans les données d'entrée manifestement... Or cela a déjà commencé, comme le réchauffement, la pénurie, etc

Uncinulanecator | 10 mars 2020 à 15h04
 
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