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Projet de végétalisation : et pourquoi pas copier des prairies ?

Les projets de végétalisation présentent un potentiel important pour favoriser la biodiversité. Cela suppose l'utilisation de mélanges de semences avec une composition d'espèces indigènes et adaptées au lieu. Andreas Bosshard nous présente le concept de copie de prairies qu'il a développé en Suisse.

Avis d'expert  |  Aménagement  |    |  Actu-Environnement.com

Chaque année en France, plusieurs centaines d'hectares de surfaces doivent être végétalisés : dans les projets de construction de route, de régénération de gravières, de terrassement de pistes de ski, ou de renaturation de réserves naturelles. Il s'agit souvent de milieux pauvres en éléments nutritifs qui présentent un excellent potentiel pour favoriser la biodiversité. Car nombre de ces surfaces oligotrophes ne peuvent pas être exploitées, ou que de manière extensive. Elles offrent ainsi des possibilités optimales pour l'implantation d'espèces animales et végétales menacées.

Un potentiel considérable pour la biodiversité

Les projets de végétalisation avec des semences locales, riches en diversité d'espèces et sous-espèces (écotypes), favorisent la biodiversité dans les herbages. Cependant encore trop souvent, des semences inappropriées sont utilisées, ce qui nuit à l'établissement d'espèces typiques du lieu. Par ailleurs, l'introduction d'espèces et d'écotypes peut entraîner divers problèmes comme l'uniformisation de la flore, la propagation de plantes invasives ou une érosion accrue due à une végétation instable et mal adaptée au lieu.

Ainsi dans de nombreux pays d'Europe, l'utilisation de semences riches en espèces, avec une composition typique de la région, est de plus en plus de rigueur. Celles-ci sont produites dans des exploitations horticoles ou agricoles spécialisées et proviennent de plantes sauvages récoltées dans des zones d'origine bien définies.

Pourtant la mise en œuvre n'est pas toujours facile. Des semences adéquates, en composition d'espèces ou en qualité souhaitées, avec une différenciation de la station (différents types de sol, altitude, etc), ne sont pas toujours disponibles, ou leur coût décourage par rapport à des mélanges standards bon marché. Le cadre juridique est aussi contraignant puisqu'il faut une dérogation pour la commercialisation (y compris le transfert à titre gratuit) d'écotypes et de variétés naturellement adaptées aux conditions locales et menacées d'érosion génétique.

Le procédé de "copie de prairies"

Les semences autochtones, appelées aussi semences locales, offrent une alternative intéressante. Contrairement aux semences régionales, elles ne sont pas produites en culture, mais proviennent directement de prairies donneuses riches en espèces et qui se situent dans les environs de la surface à ensemencer. Dans des conditions optimales, une prairie naturelle peut ainsi quasiment être copiée.

Du point de vue écologique, les semences autochtones de prairies naturelles offrent de nombreux avantages déterminants par rapport aux semences régionales :

  • La composition en espèces correspond au pool d'espèces caractéristiques au niveau micro-régional.
  • Les surfaces donneuses peuvent être choisies de manière ciblée afin d'être adaptées aux surfaces receveuses, assurant la conservation de la communauté végétale et des espèces du lieu.
  • Une contribution importante est apportée à la préservation de la diversité régionale en écotypes (diversité génétique intra-spécifique).
  • Dans les régions où des prairies donneuses de grande qualité sont encore disponibles, le nombre d'espèces des semences autochtones est nettement supérieur à celui de semences régionales.

Différentes méthodes de récolte des semences

La méthode la plus couramment employée pour récolter les semences autochtones est le transfert de foin, aussi appelé fleur de foin ou herbe à semences. L'herbe est fauchée sur une prairie naturelle au moment de la maturité des graines, puis amenée et répandue encore humide avec ses graines sur une surface à ensemencer.

La méthode présente l'inconvénient que le moment de la récolte et celui de l'ensemencement doivent correspondre. En outre, la logistique n'est pas toujours simple et parfois chère si beaucoup de matériel doit être transporté. La méthode atteint aussi ses limites d'application par exemple sur les terrains en pente, ou encore dans des projets de génie civil quand les dates d'ensemencement ne coïncident que rarement avec celles de récolte des semences.

Herbe à semences en sac

Les méthodes que l'on peut regrouper sous le terme d'herbe à semences, offrent une alternative au transfert de foin. Là, les semences sont récoltées sur des prairies donneuses soigneusement choisies, puis séchées et mises en sac. Elles peuvent ensuite être utilisées à n'importe quel moment comme tous les mélanges standards. Il y a différents procédés pour la récolte, par exemple en terrain plat avec une moissonneuse. Toutefois, les prairies riches en espèces se trouvent souvent sur des pentes escarpées ou en des lieux difficiles d'accès. En Suisse, se sont ainsi développées des machines de récolte petites et légères qui travaillent avec une technique spéciale de brossage (méthode "seedstripper").

Méthode seedstripper optimisée

Avec ce procédé, les semences des plantes sont détachées et récoltées avec des brosses rotatives, sans couper la végétation. En dehors de petits appareils portables peu puissants, il n'y avait jusqu'à présent que des machines relativement lourdes pour lesquelles un tracteur ou un dispositif de traction était nécessaire, ce qui limitait le maniement sur certains terrains. De nouvelles machines de récolte plus légères et donc plus maniables sont désormais disponibles.

Avec la méthode seedstripper, la prairie peut être exploitée immédiatement après la collecte des graines, par exemple avec une fauche. Plusieurs passages sont possibles dans une même prairie pour la récolte d'espèces avec des périodes différentes de maturité des graines.

Nouvelles perspectives de la région, pour la région

Les possibilités croissantes de produire des prairies riches en espèces, à partir d'une surface donneuse existante dans la région, avec une technique adaptée et bon marché, et de pour ainsi dire la "copier", peuvent réellement contribuer à conserver et favoriser la biodiversité locale typique des herbages, malheureusement toujours en recul. De plus, la production locale de semences permet de garder la valeur ajoutée dans la région. Les exploitations agricoles qui ont encore des prairies naturelles riches en espèces peuvent ainsi mieux valoriser leurs surfaces.

Les végétalisations avec des semences locales obtiennent le plus souvent d'excellents résultats. On obtient des peuplements plus riches en espèces et plus stables, car les semences sont adaptées aux conditions locales. C'est ce que montrent de nombreuses études.

Avis d'expert présenté par Andreas Bosshard, de l'Institut Ö+L, producteur de semences autochtones en Suisse, traduit de l'Allemand et adapté par Anne Berger

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