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L'Assurance maladie déploie un programme de prévention du risque chimique à destination des entreprises

Le nombre de cancers professionnels a augmenté par quatre en 20 ans. L'Assurance Maladie souhaite prévenir les expositions aux risques chimiques à travers le déploiement d'un programme dédié.

Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com

"Environ 1.800 cancers professionnels sont reconnus chaque année en France", révèle Pascal Jacquetin, responsable de la mission "statistiques" de l'Assurance Maladie – Risques professionnels (AM-RP). Cette branche de la Sécurité sociale présentait, jeudi 11 avril, un nouveau rapport consacré à ces pathologies.

L'amiante continue à faire des ravages. Les pathologies qui y sont liées (cancers du poumon et mésothéliomes) représentent 80 % des cancers professionnels sur la période 2013-2017 et restent assez stables. Les cancers hors amiante sont, quant à eux, en augmentation (+12,2% en 2017 versus 2016). Une augmentation que l'AM-RP met en partie sur le compte d'une meilleure détection des cancers de la vessie suite au lancement d'un dispositif de repérage spécifique en 2008.

Cette dernière pathologie représente, avec les cancers naso-sinusiens et les leucémies, la majorité des cancers professionnels hors amiante. Ceux-ci pourraient voir leur nombre augmenter encore car l'AM-RP va élargir le dispositif de repérage qui a fait ses preuves pour le cancer de la vessie. Cette action, qui va débuter par une expérimentation dès 2019, devrait cibler les leucémies, les cancers naso-sinusiens mais aussi les cancers broncho-pulmonaires. Mais, pour enrayer l'augmentation, "le sujet important est de prévenir les expositions", insiste Marine Jeantet, directrice des Risques professionnels.

5.000 entreprises visées

Dans cet objectif, l'AM-RP va déployer cette année son programme Risques chimiques Pro avec un double objectif. Accompagner les entreprises dans la mise en œuvre de mesures prioritaires, d'une part. Assurer une veille et améliorer les connaissances, d'autre part. Le programme vise 5.000 entreprises, représentant environ 100.000 salariés, particulièrement concernées par des expositions à des substances cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR).

Les substances concernées sont celles identifiées par l'enquête Sumer 2010 : émissions de moteurs diesel, huiles et fluides de coupe, poussières de bois, silice cristalline, formaldéhyde, plomb et ses dérivés, amiante. Deux millions de salariés sont potentiellement concernés par ces expositions, dans des secteurs très variés : BTP, menuiserie, mécanique et usinage, soin, laboratoires d'analyse, centres de contrôle technique, garages, etc. "L'enjeu est de toucher les TPE car ce n'est pas forcément l'industrie chimique qui est prioritairement concernée", explique Marine Jeantet. Le programme proposera aux entreprises une démarche de prévention des risques chimiques, un accompagnement personnalisé de la caisse régionale (Carsat) pour certaines entreprises ciblées, des dispositifs de formation, des ressources documentaires et des outils d'évaluation du risque chimique.

Afin d'améliorer les connaissances, le programme prévoit par ailleurs une campagne d'une durée de trois ans destinée à améliorer la connaissance des risques pour des situations de travail peu investiguées. Elle visera notamment les situations multi-expositions, le formaldéhyde, les poussières de bois, les fluides de coupe, ainsi que le plomb et ses dérivés.

Des outils à disposition des entreprises

Pour accompagner l'action des entreprises, "plusieurs outils sont mis à leur disposition", explique Marine Jeantet. C'est le cas des outils d'évaluation des risques chimiques comme le logiciel Seirich, développé par l'INRS et déjà adopté par 20.000 entreprises, ou le logiciel Lara-BTP proposé par l'Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP). C'est aussi le cas de l'outil MiXie, proposé par l'INRS, qui vise à répondre aux situations des travailleurs poly-exposés, mais aussi des fiches d'aide au repérage et à la substitution des cancérigènes. Il en existe une petite centaine, proposée également sur le site de l'INRS. Santé Publique France, de son côté, a également développé plusieurs outils que l'établissement public met à disposition sur un portail spécifique dénommé "Exp-Pro".

Outre ces outils, les entreprises peuvent aussi faire appel aux aides financières de l'AM-RP. D'une part, les subventions Prévention TPE réservées aux entreprises de moins de 50 salariés. Trois aides sont proposées : l'aide Airbonus pour capter les gaz d'échappement dans les garages, l'aide Fumées de soudage pour s'équiper de systèmes de captages lors d'opérations de soudage à l'arc, et l'aide Stop Amiante pour les chantiers de rénovation ou de désamiantage. L'AM-RP propose par ailleurs des aides aux entreprises de moins de 150 salariés sous la forme de contrats de prévention. "Il s'agit là d'investissements plus lourds, correspondant à du "sur-mesure" pour l'entreprise", explique Marine Jeantet. Dans les deux cas, il s'agit de co-financements, l'aide pouvant représenter entre 40 et 60 % de l'investissement global.

Bonne nouvelle pour les entreprises : le montant du budget dédié à ces aides est passé de 50 à 85 millions d'euros (M€) par an, et il pourrait être porté à 100 M€ en 2021.

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