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“ Nous mettons au point un indicateur mesurant l'impact des acteurs économiques sur la biodiversité ”

CDC Biodiversité propose une méthode de notation de l'impact des acteurs économiques sur la biodiversité dénommée Global Biodiversity Score. Son président, Laurent Piermont, explique la genèse et l'ambition de cet outil.

Interview  |  Biodiversité  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°377 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°377
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“ Nous mettons au point un indicateur mesurant l'impact des acteurs économiques sur la biodiversité ”
Laurent Piermont
Président de CDC Biodiversité
   

Actu-Environnement.com : Pourquoi mettre en place un tel outil ?

Laurent Piermont : La motivation est simple. Il y a un consensus international pour évaluer les besoins financiers en faveur de la biodiversité entre 150 et 400 Mds$/an. Or, le budget disponible est de 50 Mds$/an, aux trois-quarts publics. L'implication des acteurs économiques est donc indispensable pour qu'ils prennent en compte techniquement et financièrement la biodiversité. D'autre part, il est nécessaire de mettre en place un outil de mesure permettant de s'aligner sur les objectifs politiques fixés à Nagoya (objectifs d'Aichi) visant à faire cesser l'érosion de la biodiversité. Le modèle est l'indicateur "tonne équivalent CO2" pour le climat, qui a constitué un déclencheur extraordinaire de l'action des acteurs tant publics que privés.

AE : Est-il réellement possible de mesurer l'impact sur la biodiversité ?

LP : Il peut sembler déraisonnable de vouloir mesurer sur une même échelle l'infinie complexité du vivant via un indicateur unique. Mais, seule une note, exprimée par un chiffre, permettra de mobiliser les acteurs et mesurer leurs efforts. Pour cela, nous avons fixé cinq critères que doit remplir notre indicateur. Il faut tout d'abord qu'il retrace toute l'activité de l'entreprise, directe et indirecte, le long de la chaîne de valeur, et ce, au niveau mondial. Il faut aussi que l'indicateur représente le plus possible la biodiversité elle-même et non sa valeur financière ou les services qu'elle rend. L'indicateur se doit aussi d'être transparent, consensuel et libre d'accès. Il doit ensuite s'exprimer par une valeur compréhensible par des non-spécialistes, c'est pourquoi nous l'exprimons par une surface. Enfin, cet indicateur doit être tel que les acteurs économiques puissent l'améliorer par leurs actions positives. Nous avons identifié une méthodologie répondant à ces cinq critères après plusieurs années de travail et nous l'avons prise comme socle de la construction de notre empreinte biodiversité des entreprises et acteurs financiers.

AE : A quoi a abouti ce travail ?

LP : A deux décisions. D'abord, la production de l'indicateur lui-même que nous avons dénommé "Global Biodiversity Score", en anglais compte tenu de sa vocation universelle. D'autre part, la création du Club Business for Positive Biodiversity (B4B+) qui regroupe des entreprises en vue de co-construire et tester en conditions réelles l'indicateur, mettre au point des référentiels d'action permettant d'améliorer leurs impacts sur la biodiversité, et de travailler métier par métier sur ce que veut dire améliorer sa note biodiversité. Ce club est en cours de constitution et compte déjà 25 partenaires comme Michelin, EDF, BNP Paribas, Crédit agricole, Engie ou Solvay par exemple. Nous avons le soutien de la Commission européenne et notre ambition est d'ouvrir le club à l'international.

AE : Que mesure réellement l'indicateur ?

   
Schéma illustrant la méthodologie du Global Biodiversity Score sur l'exemple du blé argentin © CDC Biodiversité
 
   
LP : Nous avons travaillé à partir d'un indicateur et de modèles faisant consensus auprès des Nations unies qui quantifient l'impact des activités humaines sur la biodiversité. Pour cela, la planète a été découpée en carrés de 50 km2, l'état de la biodiversité a été mesuré et relié à cinq grandes pressions : l'utilisation des sols, la fragmentation, l'empiètement des infrastructures, les dépôts aériens azotés et les changements climatiques. Notre méthodologie consiste à relier l'activité de chaque entreprise, sur chacun des carrés, aux cinq pressions définies et aux impacts sur la biodiversité associés. Cela exige des calculs longs et compliqués mais notre méthodologie les intègre. Les entreprises n'auront qu'à ajouter les matières premières qu'elles consomment, directement ou indirectement via leur chaîne de valeur, et les surfaces qu'elles occupent, pour obtenir une notation biodiversité exprimée en km² d'espaces naturels détruits. Des auditeurs contrôleront la collecte des données sur le modèle des processus qualité ou de la notation carbone. Mais nous n'avons pas vocation à contrôler seuls le système.

AE : Certains impacts échappent-ils à la notation ?

LP : L'indicateur et le modèle des Nations unies utilisé présentent des faiblesses dans le sens où ils ne prennent pas en compte, à ce stade, les impacts sur la biodiversité aquatique, et des pressions comme l'introduction des espèces invasives ou les pollutions de manière générale, même si ces dernières le sont indirectement via l'empiètement ou l'utilisation des terres.

AE : A qui s'adresse la méthode ?

LP : D'une part, à tout acteur économique qui agit directement ou indirectement sur la nature. D'autre part, aux acteurs qui financent, assurent ou investissent dans les entreprises. Une entreprise peut souhaiter être notée par rapport à son impact sur la biodiversité. Un acteur financier peut souhaiter intégrer une note biodiversité dans ses critères de choix d'un investissement ou de l'octroi d'un financement. Si une entreprise dépend du pillage des ressources naturelles rares, elle aura une très mauvaise note. La notation peut aussi être imposée par les acteurs financiers. C'est ainsi que cela a fonctionné pour le climat : 20 ans après Kyoto, de grandes institutions financières commencent à cesser tout investissement dans le charbon pour des raisons d'image mais aussi de business.

AE : Mais d'autres acteurs ne sont-ils pas en train de développer des outils équivalents à travers le monde ?

LP : Nous avons identifié et sommes en relation avec les principaux acteurs qui travaillent sur la question. Il existe des outils comme celui du WWF mesurant l'empreinte écologique ou des indicateurs locaux, mais aucun ne permet d'aligner l'activité des entreprises sur les objectifs de Nagoya. Nous ne sommes pas en compétition avec ces acteurs car nous visons tous le même objectif. Si, demain, nous sommes amenés à infléchir notre méthodologie parce qu'un partenaire a trouvé une meilleure idée, cela ne nous dérangera absolument pas. On ne cherche pas à vendre de la propriété intellectuelle.

AE : A quelle date la notation sera-t-elle opérationnelle ?

LP : Notre objectif est d'émettre les premières notes fin 2019. C'est ambitieux. On y arrivera assez bien pour des entreprises du secteur agricole, industriel ou agro-alimentaire. Ce sera plus difficile pour des entreprises complexes. Mais nous pensons que la méthodologie GBS peut traiter tous les secteurs.

Réactions2 réactions à cet article

 

Je souhaite que les indicateurs soient performants, utiles et, le cas échéant, utilisés. Je regrette que l'agriculture ne fasse pas partie du panel des entités suivies dans la démarche.

babucologne | 18 janvier 2018 à 12h02
 
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Le problème majeur des indicateurs du type "footprint" et de l'analyse de cycle de vie en général est que ce sont d'excellents outils internes pour prendre des décisions MAIS qu'ils sont utilisés à mauvais escient quand on en fait des outils comparatifs.
Ceci pour une raison majeure:
On compare souvent des filières de production existantes, donc optimisées, à des filières émergentes non-optimisées. Cela en fait un blocage potentiel à l'innovation. Pour ces comparaisons et en l'absence de méthodes harmonisées - et souvent dans l'ignorance des normes existantes comme le fait l'ADEME qui piétine allègrement ISO 14044 et l'ILCD handbook au nom d'une certaine morale, voire sous la pression de consultants intéressés - leurs résultats confortent le plus souvent le point de vue initial de leurs commanditaires

Albatros | 18 janvier 2018 à 16h18
 
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