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Actu-Environnement

Antilles : le chlordécone omniprésent 20 ans après son interdiction

Le CGEDD dresse un bilan mitigé des actions conduites dans le cadre du premier plan 2008-2010 de lutte contre le pesticide chlordécone encore présent dans les sols et les eaux antillais. Un second plan, lancé en 2011, vise à renforcer la prévention.

Risques  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com

Le bilan du plan gouvernemental d'actions 2008-2010, mis en place pour lutter contre les conséquences sanitaires du chlordécone, pesticide organochloré utilisé jusqu'en 1993 aux Antilles contre le charançon du bananier, reste ''globalement mitigé''. Telle est l'une des conclusions du Conseil Général de l'Environnement et du Développement Durable (CGEDD) dans un rapport rendu public le 6 mars. Ce Plan avait lancé en janvier 2008 et a été reconduit de 2011 à 2013.

Le chlordécone est "un perturbateur endocrinien" et est classé "cancérogène potentiel" par l'OMS depuis 1979, rappelle le rapport. Après de nombreuses alertes sanitaires et environnementales, le pesticide a été interdit seulement en 1990 en métropole et 1993 en Guadeloupe et en Martinique ! Mais près de 20 ans après la prohibition définitive du produit, le chlordécone reste encore présent dans l'environnement… Ce pesticide est "exceptionnellement persistant dans le sol" et détecté ''maintenant dans l'eau, les denrées animales et végétales et dans toute la chaîne alimentaire", souligne le CGEDD.

En 2011, on estime que 6.500 hectares de terrain qui ont porté des bananiers en Guadeloupe (zone sud de la Basse-Terre) et 14.500 hectares en Martinique (Nord-Est), sont encore contaminés par ce produit, d'après les chiffres de la Direction générale de la santé (DGS), coordinateur interministériel du Plan d'action Chlordécone. La pollution en Martinique restant "la plus diffuse sur le territoire".

Des avancées liées aux actions de recherche, malgré une faible coordination

Doté d'un budget de 33 millions d'euros, le premier plan triennal 2008-2010 visait à réduire l'exposition des populations à ce polluant organique persistant (POP) et à renforcer les connaissances concernant l'impact sur la santé de la population en Martinique et en Guadeloupe. Il visait aussi à proposer des mesures d'accompagnement nécessaires en agriculture et améliorer la surveillance des sols et produits des jardins familiaux tout en renforçant la ''communication de proximité".

Bilan : si les 40 actions menées dans ce premier plan ont permis de "réelles avancées", via les "moyens importants mobilisés" (33 M€), leur portée en a été toutefois limitée "par une stratégie restrictive et un pilotage inefficient", critique le CGEDD. Parmi les avancées : la baisse des valeurs limites en chlordécone dans les denrées, intervenant dans le cadre d'un règlement européen sur la sécurité alimentaire. Ces seuils ont été réduits à 10 et 20 µg/kg (microgrammes par kilo) de poids frais (pf) en juillet 2008 par arrêté.

Des actions de recherche agronomique, environnementale et biomédicale ont "permis de mieux appréhender" la contamination des écosystèmes et "de réduire l'exposition des populations en matière de pratiques culturales et d'élevage, de prise en charge sanitaire des pathologies et de certains risques liés à cette exposition" suite notamment aux études épidémiologiques menées par l'Inserm Guadeloupe, précise le rapport. L'une, parue en juin 2010, a démontré que le chlordécone renforçait de 20% les risques de cancers de la prostate de certains Antillais cumulant une forte exposition (taux supérieur à 1 microgramme/litre). En partenariat avec l'Anses, une autre étude d'imprégnation sur les nourrissons et les jeunes enfants, parue en septembre 2011 n'a, elle, pas révélé de "dépassement de la limite tolérable de 20 μg/kg de pf fixée dans leur alimentation.

Des registres des cancers et des malformations congénitales ont également été créés en Guadeloupe ou "confortés" en Martinique, pilotés par l'InVS (Cellule Inter Régionale d'Epidémiologie - CIRE Antilles- Guyane). Le CGEDD regrette cependant ''la constitution de deux registres des cancers pour couvrir une population aussi restreinte alors que 25 registres répondent aux besoins métropolitains''. D'autant que cette action jugée "onéreuse" s'élève à 1 M€ sur trois ans. La coopération entre les deux registres "se limite à un conseil scientifique commun et à un projet d'études relatif au myélome'', pointe encore le CGEDD, en appelant à plus de coopération entre les conseils scientifiques.

Autre action phare du premier plan critiquée : pour les personnes qui consomment les produits de leur jardin et habitent dans les zones d'utilisation de la chlordécone, des équipes d'enquêteurs ont été recrutés dans le cadre du programme Jardins Familiaux (Jafa) pour proposer des analyses de sol et des solutions pour réduire si nécessaire l'exposition à la chlordécone. Mais ce programme, piloté par l'Agence régionale de Santé (ARS) présente des ''résultats contrastés" car il ''couvre de manière incomplète les risques", déplore le rapport. Seuls 509 foyers ont été identifiés comme "à risque" sur 250.000 consommateurs de produits issus des jardins familiaux.

En ciblant exclusivement les jardins créoles sis dans les anciennes soles bananières (risque potentiel), le programme "ne tient pas compte d'autres paramètres importants (risque réel) tels que la fiabilité incertaine du cadastre, les nombreux transferts de terre contaminée vers des jardins familiaux hors zone bananière (soit par les familles elles-mêmes, soit par les multiples chantiers de construction et travaux publics), de l'évolution de la connaissance sur l'étendue de la pollution (détection du chlordécone dans les eaux hors soles bananières), de l'usage domestique très répandu de pesticides de toutes natures…", juge le CGEDD. Les risques liés à l'autoconsommation de produits pollués par le chlordécone et d'autres pesticides (Paraquat, Dieldrine, bêta-HCH…) "ne se limitent pas aux cultures créoles ; rien n'est prévu pour l'élevage familial (caprins, poules/œufs) sur terrain contaminé ni pour d'autres formes d'autoconsommations (produits de la mer, viande abattue « sous le manguier», c'est- à-dire hors abattoirs etc.)". Le CGEDD dénonce également un coût "élevé'' du programme par famille établi à 4.972.607 €/245 foyers accompagnés. Soit 20.296 € et 26.236 € si l'on considère les crédits alloués sur 3 ans.

La connaissance complète des sols pollués atteinte "dans 20 ans"

La création ''d'une dynamique de cartographie de la contamination des sols'' et la surveillance des eaux continentales et littorales ont notamment contribué au renforcement des connaissances sur les transferts et la  contamination des milieux par le chlordécone. Certains élevages aquacoles en eau douce ont dû cesser de commercialiser leur production, et des mesures de réglementation de la pêche côtière ont été prononcées dans les zones les plus contaminées.

Des bémols persistent cependant. Prévue "au plan 2 et probablement au delà", l'obtention "d'un référentiel géographique complet des sols contaminés (…) exigerait 40.000 prélèvements de sol pour chaque île". Hors, actuellement les capacités analytiques locales s'élèvent annuellement pour chacune à moins de 2.000. "A ce rythme, la connaissance complète de la pollution des sols sera atteinte dans 20 ans", estime le CGEDD. Autre regret : la base de données "n'intègre pas les résultats concernant les autres insecticides organochlorés et notamment la Dieldrine, largement utilisée dans les bananeraies jusqu'en 1974 et toujours présente dans certains sols".

De nombreuses améliorations doivent encore ''être apportées en matière d'échantillonnage des différentes matrices et de fiabilité dans la conduite des analyses'' des eaux, ajoute le rapport. En Martinique par exemple en 2009, le chlordécone est détecté sur 85% des stations d'eaux souterraines ainsi que d'autres herbicides : le bêta HCH sur 70%, la Dieldrine sur 35%, le diuron 25% et le chlordécone 5B hydro 20%. Les concentrations les plus élevées intéressent le chlordécone avec 75% des stations dépassant la concentration de 0,1µg/l. Grâce "aux mesures curatives" qui ont été prises dans les deux îles depuis 1999, avec la mise en place de filtre à charbon actif, "la qualité de l'eau potable distribuée est conforme dans plus de 95% des cas aux normes sanitaires", souligne le CGEDD.

Plan 2011-2013 : des pistes d'améliorations

Le second plan d'action triennal, lancé en mars 2011, vise à améliorer le suivi sanitaire des Antillais concernés par la pollution et mieux prévenir l'exposition à ce produit. 36 actions vont être mises en œuvre pour un budget de 31 millions d'euros, inférieur au précédent. Le nouveau plan met l'accent sur la surveillance des écosystèmes marins antillais. En parallèle, la recherche sur la dépollution des milieux touchés doit être développée. Une étude épidémiologique sur les travailleurs des bananeraies est également en préparation.

La conception et le contenu  sont "très proches" du précédent plan, estime le rapport, avec "quelques améliorations", notamment une place "un peu plus importante" accordée au domaine "mer et littoral" et un périmètre portant sur l'ensemble des pesticides organochlorés (POC) et non plus seulement sur la molécule de Chlordécone (CLD) "bien que le titre du nouveau plan ne traduise pas ce changement important".

Le plan 2 conserve toutefois de "nombreuses insuffisances", déplore le CGEDD. Le rapport propose donc "des améliorations pour en clarifier la stratégie, arbitrer entre les priorités et hiérarchiser les actions". Parmi elles, outre la prise en compte des critiques déjà formulées,il recommande de replacer l'action publique dans les politiques nationales en intégrant la problématique des pesticides aux Antilles dans les plans "Ecophyto 2018" de réduction des phytosanitaires et "Santé-environnement" et de "mettre en place une organisation spécifique de la recherche". Le rapport préconise aussi de renforcer les actions de contrôles des services de l'Etat "pour rassurer les consommateurs/citoyens, et dans ce but, d'en communiquer régulièrement les résultats".

Réactions6 réactions à cet article

 

ça fait peur, c'est tout.

mimipinson | 14 mars 2012 à 10h02
 
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Durant mes études, j'ai eu un professeur qui travaillait sur la chlordécone. Il étudiait un moyen de dégradation de ce pesticide (pour ceux qui s'y intéressent : par voie anaérobie, qui n'était pas très efficace pour l'instant mais au moins avait le mérite de diminuer un peu les concentrations de cette molécule). La recherche n'en est qu'à ses débuts, c'est sûr qu'elle manque de moyens et d'effectifs.

Flow | 19 mars 2012 à 11h52
 
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tout cela ce n'est que du bla bla bla . A ce jour Mai 2012 , aux Antilles on a permis l'épandage d'un pesticide bien plus puissant pour l'homme .

Chercher l'erreur !!

yes-me | 17 mai 2012 à 16h07
 
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Le chlordécone était déjà interdit aux USA quand il a été utilisé aux Antilles.Maintenant la pollution est là pour plusieurs milliers d'années. Et elle pourrit la vie (cancer de la prostate)ou même tue elle tue ! Tout ça pour dépenser un peu moins pour lutter contre un charançon quelques dizaines d'années !On savait les entrepreneurs cupides mais où est l'éthique de nos hommes politiques qui savaient et ont laissé faire ?

sigmund | 09 décembre 2012 à 10h11
 
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On parle du chlordécone et sous couvert on ne dit mot des pesticides bien plus puissant encore utilisés dans la culture de la canne. Nos agri se meurent en silence, sans comprendre...!
De plus encore sans dire mot , on fait rentrer des pesticides surpuissants, que les agri ne savent pas doser par manque de connaissance .

Il n'y a pas de contrôle sérieux que du blabla pour endormir les bonnes consciences.

yes-me | 12 décembre 2012 à 04h29
 
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traitement conseillé: pulvérisation de charbon végétal activé de noix de coco à capacité antidote puissante
charbon végétal activé en gélules pour la détoxication de l'organisme

caroline | 20 mars 2014 à 13h42
 
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