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“Le CO2 pourra devenir une ressource exploitable”

Un consortium formé par neuf partenaires européens a dévoilé fin juin ses recommandations à l'Europe pour développer davantage le secteur de la valorisation du CO2. Roya Farhoosh, chargée de mission pour ce projet baptisé SCOT, nous en livre le contenu.

Interview  |  Déchets  |    |  Mickaël Charpentier Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°361 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°361
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“Le CO2 pourra devenir une ressource exploitable”
Roya Farhoosh
Chef de projet au pôle de compétitivité Axelera (crédit photo : Nathan Polis)
   

Actu-Environnement : En quoi consiste le projet SCOT et quels en sont les objectifs?

Roya Farhoosh : Smart CO2 transformation (SCOT) est un projet collaboratif européen lancé en octobre 2013 et financé par un programme-cadre (FP7) de la Commission européenne.

Ce projet s'intéresse à l'utilisation et à la conversion du CO2 en produits chimiques en carburants synthétiques et en matériaux de construction. Par exemple, on peut exploiter le CO2 pour former du méthanol, du méthane ou des polymères. En revanche, le projet SCOT ne concerne ni la capture ni le stockage du CO2, même si ce sont des étapes préalables à son utilisation.

Dans ce projet, Axelera, en tant que pôle de compétitivité de la région Auvergne Rhone Alpes, a œuvré en partenariat avec ses homologues européens, dont Green Win, de Wallonie (Belgique) et d'autres du Royaume-Uni, d'Allemagne et des Pays-Bas. Nous avons défini un agenda stratégique européen à long terme pour la recherche sur le recyclage du CO2. Nous avons ainsi transmis trois documents à la Commission européenne : une vision pour l'Europe à l'horizon 2030-2050, un agenda de recherche stratégique et un plan d'action pour appliquer cet agenda.

Nous y confirmons que l'exploitation du CO2 comme ressource créera des opportunités pour la croissance économique de l'Europe, tout en soutenant sa transition vers une économie circulaire, faible en impact carbone. Pour être honnête, le recyclage du CO2 ne réduira qu'à la marge les émissions. Son intérêt majeur ne réside donc pas là. Car le marché se limite à quelques industriels, en particulier dans le secteur de l'acier et du ciment. Le recyclage du CO2 est un moyen pour ces gros émetteurs de réduire leur impact carbone et ainsi de respecter leurs engagements sur le sol européen, sans délocaliser.

AE : Quels sont les verrous actuels au développement du recyclage du CO2?

RF : Aujourd'hui, le principal frein est d'ordre énergétique. Il faut d'abord "casser" la molécule avant de la transformer en produit souhaité. Or le CO2 est une molécule inerte : il faut beaucoup d'énergie pour la faire réagir. Beaucoup de recherches se focalisent sur des catalyseurs qui permettraient de diminuer l'énergie nécessaire. Il n'empêche que des réalisations concrètes existent. En Allemagne, une usine utilise du CO2 pour produire des polyols : ce sont des précurseurs de mousses polyuréthane, qui entrent dans la composition des matelas. En Islande, où l'énergie est abondante, le CO2 est déjà utilisé pour fabriquer du méthanol.

Au-delà de l'aspect énergétique, des études devront analyser le cycle de vie de chaque produit. Il faudra démontrer que la production d'une substance à partir de CO2 sera moins émettrice que par la voie classique, celle de la pétrochimie.

AE : Que préconisez-vous à la Commission européenne?

RF : L'Europe devrait fixer un prix au CO2 en tant que ressource : selon sa valeur, vous inciterez ou découragerez les industriels à se lancer dans sa valorisation. Actuellement, le CO2 est seulement vu comme un déchet et la réflexion n'est pas assez avancée pour voir le voir comme une matière première. Il y a un gros travail à fournir sur l'aspect réglementaire, y compris au niveau du système européen d'échange des quotas (ETS) où tout est à repenser.

Pour cela, nous proposons la formation d'une association sur l'utilisation du CO2 qui serait multi-sectorielle. Aujourd'hui, il existe des associations pour l'industrie de l'acier, du ciment et de la chimie. Toutes cherchent à pousser l'Europe en avant chacune de leur côté, mais leur action sera plus efficace si elles regroupent leurs forces au sein d'une même structure. Cette association prendrait en charge l'aspect réglementaire et législatif pour discuter avec l'Europe.

AE : Et en matière de recherche?

RF : Pour le volet recherche, nous préconisons d'axer les travaux sur les techniques de séparation pour purifier le CO2 avant de l'exploiter. Car, en pratique, quand le CO2 sort d'une usine, on ne sait pas avec quels gaz il est mélangé. Nous encourageons aussi les recherches sur les catalyseurs.

Dans certains secteurs, des entités investissent ensemble dans le cadre de partenariats publics-privés sur des projets voués à l'industrialisation. Par exemple, le "bio-based industries consortium" (BIC) (association qui regroupe des membres du secteur privé dans l'agriculture et l'agroalimentaire, entre autres, NDLR) participe à la définition et au financement des projets retenus par le partenariat public-privé "bio-based industries" (BBI) avec l'Union européenne. Nous proposons que des structures équivalentes émergent dans le secteur de la conversion du CO2.

Nous recommandons aussi la création de centres pilotes. Pour les laboratoires, passer du stade expérimental au pilote peut être difficile pour des raisons financières. Des pilotes modulaires partageables entre des laboratoires européens pourraient faciliter le développement des techniques à une échelle industrielle.

AE : Quelles sont les prochaines étapes?

RF : Le projet SCOT va se clore fin septembre. Nous organiserons à Lyon le 21 septembre une réunion avec les industriels intéressés pour lancer l'idée de "joint undertaking" (partenariat public-privé). Les industries du ciment et de l'acier seront notamment présentes autour de la table. Nous espérons que la Commission soutiendra le financement de cette structure et la création d'une association avec les industriels. Tout cela favoriserait leur implication dans la définition de futurs appels à projet de valorisation du CO2.

Réactions1 réaction à cet article

 

L'interview met bien le doigt où ça blesse : les quantités concernées sont négligeables devant l'enjeu (contrôler le réchauffement suppose de réduire nos relâchements de CO2 de dizaines de milliards de tonnes par an, les process industriels vont au mieux jouer sur des millions), et il ne faut pas qu'au final le bilan CO2 du procédé soit négatif : d'où vient l'énergie du pilote allemand ? Du charbon sans doute... Mais reconnaissons que l'approche est honnête, au contraire de tout le fatras qui abuse du greenwashing.

dmg | 07 août 2016 à 21h03
 
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