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COP 24 : "Nous proposons de nous concentrer sur trois sujets clés : la technologie, l'Homme et la Nature"

A l'occasion de la COP 24, la rédaction polonaise d'Actu-Environnement (Teraz Środowisko) a interviewé Michał Kurtyka, le secrétaire d'Etat auprès du ministre polonais de l'Energie qui préside la conférence de Katowice.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Actu-Environnement.com
   
COP 24 : "Nous proposons de nous concentrer sur trois sujets clés : la technologie, l'Homme et la Nature"
Michał Kurtyka
Secrétaire d'Etat auprès du ministre polonais de l'Energie
© Ministère polonais de l'Energie
   

Actu-Environnement : La partie informelle du dialogue de Talanoa s'achèvera à Katowice. Quelle forme prendra ce dialogue lors de la COP 24 ?

Michał Kurtyka : Nous avons plusieurs événements clés lors de cette COP 24 et le dialogue de Talanoa en fait partie. Il est prévu sur deux jours, le 11 et 12 décembre. On va commencer avec des discussions, pour finir par la synthèse de tout ce qui aura été dit. Les discussions seront organisées en petites tables rondes où les Etats vont partager leurs expériences et les façons de mettre en œuvre l'Accord de Paris. Chaque pays va présenter ses engagements, mais nous allons aussi voir comment renforcer l'action collective.

AE : Comment voyez-vous la synthèse de la discussion ?

MK : Je suis persuadé que ce sera une discussion très riche. Elle ouvre de nouveaux horizons dans les négociations, en allant largement au-delà des questions réglementaires. Les Etats présenteront les expériences, les politiques et les projets concrets qu'ils mettent en œuvre. Mais, il sera très difficile de synthétiser cette riche discussion et d'en tirer des conclusions satisfaisantes pour tout le monde. Ce qui peut paraître inutile ou peu représentatif du point de vue statistique ou informatif, peut être absolument crucial pour la partie qui le présente. Nous ne pouvons donc pas l'omettre.

Il faut rappeler que la présidence est censée soutenir et faciliter les efforts des parties, mais en aucun cas elle ne remplace les parties dans leur position. Ce qui rend la communication finale assez complexe.

En tant que présidence nous avons relevé le défi en demandant à tous les Etats comment ils voyaient la synthèse du dialogue. Nous avons plusieurs possibilités : on pourrait aboutir à une décision de Convention-cadre ou à une déclaration proposée par la présidence. Cette déclaration ne serait pas un résumé de la discussion, mais un moyen de présenter les conclusions générales. Elle aborderait la facilitation des actions et présenterait les moyens les plus efficaces pour les mettre en œuvre. La présidence de la COP privilégie cette dernière solution, tout en étant consciente qu'elle exigera beaucoup de tact…

AE : Considérez-vous le dialogue de Talanoa comme l'événement le plus important de cette COP ?

MK : Du point de vue ministériel, le dialogue de Talanoa sera le débat central de cette COP. Il sera renforcé par la couverture médiatique. Ce dialogue permettra aux parties de comprendre quelles actions sont les plus efficaces et sera une occasion de partager les différentes façons de mettre en œuvre les objectifs de l'Accord de Paris. Par ailleurs, le dialogue montrera si nos actions sont en cohérence avec le dernier rapport du Giec. Ce sera donc un échange pluridimensionnel et j'espère que les participants seront satisfaits aussi bien du processus lui-même, que du niveau des informations échangées.

AE : Le dernier rapport du Giec montre que nos efforts pour limiter la hausse moyenne des températures à 1,5°C ne sont pas suffisants. Comment cette information peut influencer les négociations ?

MK : Nous avons aujourd'hui un défi majeur : mettre en œuvre l'Accord de Paris. Nous avons certains principes, acceptés par les Etats : chacun est censé présenter son apport national à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Ces apports seront révisés régulièrement, à condition de ne pas renoncer à un engagement fait dans le passé. De plus, les Etats peuvent s'engager en tenant compte de leurs possibilités et spécificités nationales.

Se pose la question de l'adéquation de ces efforts aux objectifs de l'Accord de Paris. Clairement, on peut dire que le niveau actuel des engagements n'est pas suffisant. Nous sommes face à un vrai écart. Il n'est pas simplement lié au manque de financements, en lien, par exemple, à la volonté des Etats-Unis de sortir de l'Accord. Cet écart vient aussi du fait que partout dans le monde, y compris en Europe, les émissions des GES augmentent. Dans ce contexte, le rapport du Giec est une source d'information très importante, car il montre à quel point on est loin des objectifs…

AE : Les questions de financements sont un autre sujet difficile. Sommes-nous capables de trouver les 100 milliards de dollars à partir de 2020 ? Et est-ce que cet argent fera partie du Fonds vert pour le climat ?

MK : Effectivement, le financement est un des sujets cruciaux de la conférence de Katowice. Un grand événement ministériel sur cette thématique sera d'ailleurs organisé le 10 décembre. Pour rappel, c'est à Copenhague que les Etats se sont engagés à consacrer 100 milliards de dollars pour les pays en développement. Aujourd'hui, le débat porte sur la réalité et les sources exactes de ce financement, mais aussi sur son accessibilité et la manière dont il sera utilisé. Par exemple, peut-on financer des développements qui dépassent les actions climatiques au sens stricte.

Il est intéressant de rappeler que de nombreux Etats ont pris l'initiative, d'eux-mêmes, de soutenir le Fonds vert pour le climat ou le Fonds pour l'adaptation. C'est le cas par exemple de l'Union européenne, de la Norvège ou de la Suède qui ont beaucoup de projets d'aide aux pays les plus touchés par les changements climatiques. Il existe beaucoup d'instruments de financement. L'ensemble de la somme ne doit pas nécessairement provenir du Fonds vert.

AE : Les fonds mobilisés seront-ils publics ou privés ?

MK : On parle de plus en plus de la connexion intelligente des deux sources. Les financements publics pourraient être une base qui couvre les risques, pour que les financements privés puissent ensuite s'orienter pleinement vers la croissance verte. Nous observons souvent que des technologies créées à la base pour protéger l'environnement deviennent une opportunité de business. C'est par exemple le cas des voitures électriques. Cette technologie pourrait permettrait de brûler les étapes les plus polluantes dans le développement du Sud et faciliter la lutte contre le smog. Nous observons déjà ce phénomène en Chine où sont vendues la moitié des voitures électriques produites dans le monde.

AE : La e-mobilité sera mise en avant à Katowice ?

MK : Au delà de la mise en route efficace des négociations, la présidence polonaise propose de nous concentrer sur trois sujets clés : la technologie, l'Homme et la Nature. La e-mobilité fait partie du premier. Nous voulons montrer que les technologies avantageuses pour le climat peuvent l'être aussi pour l'économie et l'emploi. Nous voulons appuyer le sujet de la mobilité électrique, car nous observons – en Europe et ailleurs – que se sont les émissions du transport qui augmentent le plus vite. C'est la raison pour laquelle je suis convaincu que le leitmotiv de l'e-mobilité est un bon message pour cette COP 24, durant laquelle nous allons lancer l'initiative Driving change tognether – Katowice partnership for electromobility. J'aimerais inclure cette thématique dans le processus onusien et promouvoir les partenariats des villes et des régions dans ce domaine. J'espère que cette initiative représentera une valeur ajoutée au débat et donnera naissance à une rencontre annuelle sur le transport électrique.

AE : Ensuite vient l'Homme…

MK : Exactement. Katowice est un lieu symbolique – c'est la capitale d'une région minière et industrielle. Mettre l'Homme au cœur des évolutions et mener la transformation avec les gens, et non pas contre eux, est une partie très importante de notre héritage. Celui-ci est aussi marqué par la notion de solidarité [ndlr : Michał Kurtyka emploie le terme Solidarność, faisant une double référence à la solidarité et au syndicat ouvrier des années 80]. Le fait d'organiser la COP pour la troisième fois est le signe de la solidarité de la Pologne vis-à-vis du reste du monde. Nous voulons faire vivre cette idée en tant qu'hôtes de cette rencontre. C'est pourquoi nous avons proposé l'initiative Solidarity and just transition declaration. Nous voulons montrer au monde entier que malgré le point de départ difficile, nous savons nous mobiliser pour mener des actions efficaces à l'échelle internationale.

AE : La Nature vient à la fin.

MK : Elle vient à la fin, mais elle n'en est pas moins importante. Le Ministère de l'Environnement polonais est persuadé que nous ne pouvons pas parler du climat sans prendre en compte les écosystèmes. C'est la raison pour laquelle nous allons agir pour créer une synergie entre trois conventions : celle sur la biodiversité, celle sur la désertification et la convention climatique. Ces propositions seront enrichies par notre propre proposition liée à la séquestration du CO2 par les forêts. La Pologne est très engagée dans ce domaine, en plantant chaque année environ 500 millions d'arbres. 30% de la surface de notre pays est couverte par les forêts et nous veillons sur leur bonne gestion. Le rapport de Giec montre que l'absorption du CO2 est nécessaire et nous partageons cette position.

Propos recueillis par Marta Wierzbowska-Kujda, Teraz Środowisko, traduits par Marta Wojtkiewicz

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