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Déchets de guerre : l'Allemagne plus prompte que la France à dépolluer

Il n'existe pas de véritable filière de récupération des munitions enfouies dans les sols en Europe. L'Allemagne se révèle toutefois plus efficace que la France, révèle l'association Robin des bois qui publie un inventaire des déchets de guerre.

Déchets  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com

"Il n'y a pas à proprement parler de filière de récupération des munitions enfouies par centaines de milliers dans les sols et au fond des lacs et des rivières, des gouffres et des grottes", déplore l'association Robin des bois, qui publie un inventaire des déchets de guerre à l'occasion du centenaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale.

L'association de protection de l'environnement a mené des recherches et épluché la presse locale pour dresser cet inventaire. Cet outil, cartographié, recense les découvertes des munitions de guerre les plus puissantes dans quatre régions françaises (Hauts-de-France, Grand-Est, Bourgogne-Franche-Comté, Ile-de-France) et trois Länder allemands (Berlin, Brandebourg, Rhénanie-du-Nord-Westphalie) entre 2012 et 2018. Le nombre de découvertes de munitions est proche dans les deux pays : 603 pour la France, 678 pour l'Allemagne. Robin des bois relève toutefois une approche différente entre les deux côtés du Rhin et la comparaison ne tourne pas à l'avantage de l'Hexagone.

Découverte le matin, traitée l'après-midi

En Allemagne, les interventions des démineurs sont plus rapides qu'en France. "Une bombe de plus de 50 kg découverte le matin fait l'objet d'une intervention en fin d'après-midi. Sauf si un établissement sensible important, comme un hôpital ou une maison de retraite, est inclus dans le périmètre d'évacuation", explique l'ONG, alors qu'un délai "parfois de plusieurs semaines" est constaté en France.

A la décharge de cette dernière, les quatre régions considérées ont connu trois guerres : celle de 1870 et les deux guerres mondiales, et présentent une grande hétérogénéité de munitions, conventionnelles et chimiques. En Allemagne, au contraire, les munitions chimiques sont rares, à l'exception du phosphore. Pour faire face à cette hétérogénéité, les services français de déminage se sont dotés d'un manuel d'identification, régulièrement mis à jour.

Recensement précis des munitions et des interventions

L'Allemagne établit un recensement précis des catégories de munitions découvertes et des interventions des démineurs et les met à disposition du public. Dans le Land de Brandebourg, des consignes de prudence sont rédigées à l'attention des professionnels exposés au risque présenté par les munitions, et des messages spécifiques sont destinés aux enfants. Dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Wespthalie, les consignes de prudence, qui insistent sur le risque lié aux vibrations, s'adressent en priorité aux enfants, aux collectionneurs d'objets militaires, aux agriculteurs, aux forestiers et aux ouvriers des entreprises de travaux publics, rapporte Robin des bois.

L'information du public en France n'est pas totalement absente mais présente de nombreuses insuffisances. Le dossier départemental sur les risques majeurs (DDRM) est censé lister les communes à risque et la chronologie des accidents, rappelle l'ONG. Il doit être prolongé par les documents d'information communal sur les risques majeurs (Dicrim) qui doivent transmettre au public les consignes de sécurité à adopter. Or, dans plusieurs départements, comme l'Aisne ou l'Aube, le risque "engins de guerre" n'est pas intégré dans le document départemental. Dans le Nord, les dernières informations sur les interventions du service de déminage remontent à 2002. En Moselle, "la préfecture fait bande à part et [fait] preuve d'une certaine irresponsabilité qui frise la non-assistance à personne en danger", dénonce même l'ONG. Celle-ci pointe l'absence d'une quelconque information, destinée aux enfants, aux cueilleurs de champignons ou aux conducteurs d'engins de travaux publics, sur les munitions présentes dans le département.

Détection préventive préalable

En Allemagne, "la détection préventive préalable aux chantiers de construction et d'aménagement est systématique dans les zones polluées", rapporte Robin des bois. A Berlin, ville européenne la plus bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale, les aménageurs peuvent demander à l'administration, à titre gratuit, une étude historique sur une rue ou un quartier. En revanche, s'ils veulent approfondir les recherches, ils doivent les financer, mais les coûts de neutralisation des munitions sont pris en charge par la ville. Dans le Land de Brandebourg, les aménageurs doivent consulter les clichés aériens des bombardements avant tout projet de construction et, si nécessaire, procéder à une recherche historique approfondie. "S'il y a suspicion de pollution, un diagnostic doit être lancé et la neutralisation des munitions repérées doit être effectuée avant le début des travaux", précise Robin des bois. Le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie dispose également de 300.000 photos aériennes d'origines britannique et américaine. Dans ces deux Länder, les personnes qui dissimulent la découverte d'une munition de guerre encourent une amende qui peut atteindre 50.000 euros à Berlin et 5.000 euros dans le Land de Brandebourg.

Dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, "les promoteurs, aménageurs et entreprises spécialisées dans la pose de canalisations souterraines doivent demander à l'autorité compétente une pré-diagnostic pyrotechnique". En cas de besoin, une détection préventive des munitions doit être réalisée et leur neutralisation assurée avant les travaux.

En France, en revanche, les autorités semblent ne pas parvenir à gérer certaines zones polluées. Robin des bois met ainsi en avant le site de la "Place à gaz" dans la Meuse, dont elle considère la pollution comme étant "hors de contrôle". Dans cette clairière isolée, où des dizaines de milliers d'obus chimiques ont été détruits par brûlage, la pollution à l'arsenic, au chlorobenzène, au bromure de benzyle et aux dioxines contamine les sols, les eaux et la chair du gibier. L'ONG rappelle également l'existence dans le même département d'un autre site pollué par la destruction d'obus chimiques sur les communes de Muzeray, Loison et Vaudoncourt, qui impacte une centaine d'hectares de terres agricoles.

Reste à voir si la France saura remédier à ces faiblesses mises en exergue par l'association à l'origine de l'Atlas de la France toxique. On songe là aux nouveaux outils développés en matière de sites et sols pollués. Et en particulier les secteurs d'information sur les sols (SIS), documents censés garantir la prise en compte de la pollution des sols dans la conception des projets d'aménagements et qui doivent être finalisés pour le 1er janvier 2019.

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