En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

EDF franchit une étape vers la construction d'EPR en Angleterre

Le Conseil d'administration d'EDF a validé son investissement dans la construction des deux réacteurs EPR d'Hinkley Point C en Angleterre. Ce projet suscite toutefois la polémique ainsi que des doutes quant à sa réalité économique.

Energie  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
 EDF franchit une étape vers la construction d'EPR en Angleterre

Le Conseil d'administration d'EDF a validé le 28 juillet 2016 l'engagement du groupe dans la construction des deux réacteurs EPR d'Hinkley Point C dans le Somerset, au sud-ouest de l'Angleterre. "Suite à cette décision, les conditions sont réunies pour permettre à EDF de signer les contrats avec le Gouvernement britannique, son partenaire historique China General Nuclear Power Corporation (CGN), et les principaux fournisseurs du projet", a assuré dans un communiqué EDF.

Après de nombreux reports, les deux réacteurs EPR de 1,6 GW pourraient finalement venir renforcer la centrale nucléaire existante d'Hinkley Point B à l'horizon 2025. Le démarrage de la construction du premier réacteur est prévu mi 2019. Le nouvel équipement devrait couvrir 7% des besoins en électricité du Royaume-Uni (5 millions de foyers). Sa durée de vie théorique est prévu pour au moins 60 ans.

Un projet à l'origine de deux démissions

Toutefois, ce projet ne suscite pas l'unanimité y compris au sein même du groupe, suscitant deux démissions : en mars, le directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal, suivi d'un des membres du conseil d'administration, Gérard Magnin, le 28 juillet. "En 2014, ce n'était plus le même projet que celui annoncé en 2013", a souligné l'ex-directeur financier d'EDF, lors d'une audition à l'Assemblée nationale en mai dernier.

L'accord signé en octobre 2013 prévoyait un contrat de garantie des prix, la garantie du trésor britannique sur la dette du projet ainsi qu'une répartition du tour de table à 45-50% pour EDF, 10% pour Areva et le reste entre les différents partenaires (notamment China General Nuclear Corporation, China National Nuclear Corporation). "Courant 2014, le Gouvernement britannique a indiqué qu'il ne souhaitait pas prendre le risque EPR, la garantie de financement n'était plus disponible, rappelle Thomas Piquemal. Pour contrebalancer ce retrait sur le bilan d'EDF, le directeur financier a expliqué avoir envisagé différentes solutions dont la négociation d'un délai supplémentaire de trois ans avec le Gouvernement britannique ou le renforcement des fonds propres d'EDF. L'ensemble de ces solutions ont été repoussées. "Ce projet ne représente que 15% des investissements d'EDF, certes, mais ce n'est pas le seul (…) fin 2015, 58% des capitaux propres du groupe ont été investi dans la technologie EPR, a souligné Thomas Piquemal. Ce type de projet prend dix ans pour être construit, et ne rapporte rien pendant cette phase, ce sont des projets qui présentent également des risques de construction majeurs, on le voit bien sur Flamanville et sans parler d'Olkiluoto".

La Cour des comptes en mars dernier avait quant à elle estimé que le partenariat envisagé pour financer le projet témoignait des difficultés financières d'EDF. "Dérogeant à sa ligne habituelle d'investisseur subordonnant ses mises de fonds à la détention du contrôle majoritaire des projets financés, EDF a accepté, en novembre 2009, un positionnement d'investisseur minoritaire", avait-elle noté.

Un passage en force, selon les syndicats

Les trois organisations syndicales (CGT, CFE-CGC et FO) se sont également opposés au projet tel qu'il est construit aujourd'hui. "L'intersyndicale dénonce ce passage en force - inédit dans l'histoire de l'entreprise -  alors que l'ensemble des administrateurs salariés ont voté contre un tel investissement, dénoncent-t-elles. Alors que la priorité de la filière est le grand carénage dont le financement est mis en risque par le montage financier d'Hinkley Point, cette décision est totalement incompréhensible".

Le Comité Central d'Entreprise d'EDF a saisi la justice. Il demande dans un premier temps de suspendre la décision d'investissement.  La décision sur le fond sera quant à elle rendue le 22 septembre.

Différentes associations ont également réagit à l'annonce d'EDF. "En pressant pour cette décision, le Gouvernement a choisi d'accélérer la chute d'EDF. Alors que l'entreprise est déjà confrontée à des dépenses colossales dans le cadre du rafistolage de ses réacteurs vieillissants, où trouvera-t-elle les sommes nécessaires pour financer Hinkley Point C ? ", s'interroge le Réseau sortir du nucléaire.

L'association Greenpeace quant à elle regrette le choix d'un investissement dans ce type d'énergie. "En prenant la décision d'investir dans le projet d'Hinkley Point, EDF s'interdit le moindre investissement dans les énergies renouvelables, ou dans la maintenance et la sûreté nucléaires qui posent déjà de grandes difficultés techniques et financières".

A l'inverse, la société française d'énergie nucléaire s'est réjoui de cette annonce soulignant notamment les créations d'emploi et l'élan donné à la filière. "En dépit, d'un marché européen de l'électricité en crise et du référendum sur le Brexit, les filières nucléaires françaises et britanniques affirment leur confiance dans un avenir commun, en développant des projets énergétiques de long terme", assure-t-elle.

Du coté du Gouvernement britannique, les choses ne semblent cependant plus aussi claires. Selon le quotidien anglais The Independent, Greg Clark secrétaire d'État aux Affaires, à l'Énergie et à la Stratégie industrielle aurait indiqué que "le Gouvernement va désormais examiner attentivement toutes les composantes de ce projet et rendre sa décision au début de l'automne".

Réactions1 réaction à cet article

 

Vous évoquez les difficultés (ou les erreurs ?) de la construction de l'EPR de Finlande et les "dépenses colossales" pour le maintien de nos centrales nucléaires alors que le prix du kWh vient de baisser.
Souhaitons donc que cet EPR anglais ne soit une fois de plus la réplique de celui de Finlande car au bout du compte (déficitaire ?) qui paiera la facture ? Le consommateur ou le contribuable, ce qui reviendra au même. Les finlandais et les anglais (sortis de la CEE) profiterons des deniers français.

kali87 | 02 août 2016 à 11h48
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Dorothée Laperche

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager