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EPR de Flamanville : la perte de compétence du nucléaire français préoccupe l'ASN

L'ASN devrait rendre en juin son avis sur les défauts de soudures de l'EPR. Le président de l'ASN estime que les difficultés rencontrées sur le chantier interrogent sur la capacité de la filière à mener à bien de grands projets.

Risques  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
EPR de Flamanville : la perte de compétence du nucléaire français préoccupe l'ASN

A l'occasion de son audition annuelle par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), Bernard Doroszczuk, a apporté de nouveaux éléments concernant les défauts découverts sur certaines des soudures du circuit secondaire de l'EPR de Flamanville (Manche). Le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a notamment apporté des précisions sur les prochaines étapes avant la publication de l'avis de l'Autorité et sur les raisons qui, selon lui, ont abouti aux défauts constatés.

Un avis annoncé pour juin

En juillet 2015, rappelle Bernard Doroszczuk, EDF découvrait des irrégularités sur les soudures du circuit secondaire de l'EPR. L'entreprise les signalait à l'ASN en 2017. Le point dur du dossier concerne les huit soudures situées au niveau de l'enceinte de confinement : une de ces soudures est défectueuse et les sept autres sont non conformes. Contrairement aux autres soudures affectées, celles-ci sont difficiles d'accès. "EDF a fait le choix de [les] maintenir en état et de justifier les écarts", alors que l'ASN lui a indiqué dès 2017 qu'elle "devait privilégier la réparation", explique Bernard Doroszczuk.

En avril, le groupe permanent d'experts pour les équipements sous pression nucléaires (GPESPN) a rendu un rapport suggérant à l'ASN de laisser deux options à EDF : l'entreprise peut soit réparer les huit soudures défectueuses situées au niveau de l'enceinte de confinement, soit renoncer à l'hypothèse d'exclusion de rupture ce qui impose de renforcer la sûreté du circuit. A priori, le collège de l'ASN s'apprête à suivre cette recommandation. Bernard Doroszczuk indique que les experts ont soulevé "un obstacle majeur" dans la perspective d'une dérogation. "Le renoncement à la réparation n'est envisageable que s'il y a un renoncement à l'exclusion de rupture", prévient le président de l'ASN. Faute de réparation, EDF devra donc revoir le design du circuit. Toutefois, il ne précise pas s'il est envisageable de refaire les soudures après la mise en service de l'EPR, comme semble le vouloir EDF. Le collège de l'ASN va auditionner EDF le 29 mai et rendra son avis en juin, annonce Bernard Doroszczuk.

Des doutes sur les capacités de l'industrie française

Sur le fond du dossier, le président de l'ASN met en cause l'industrie nucléaire française, plutôt que l'absence de vigilance d'EDF et le signalement tardif des défauts. Le niveau d'exigence "n'est pas dû à un excès de la réglementation française", explique-t-il, précisant que celui-ci a été proposé par EDF et validé par l'ASN. "Il est tout à fait atteignable", puisqu'il a été atteint par les soudeurs qui sont intervenus il y a vingt ans lors de la construction de la centrale de Civaux (Vienne) et, plus récemment, lors de la construction de l'EPR finlandais d'Olkiluoto et des unités chinoises de Taïshan. "L'expérience chinoise [en matière de construction] permet d'entretenir une expérience industrielle que nous n'avons pas", justifie le président de l'ASN.

Plus globalement, cette perte de compétence de l'industrie française explique les déboires du chantier de Flamanville. Les difficultés rencontrées relèvent d'opérations industrielles "assez classiques", explique le président de l'ASN, pointant en particulier les soudures et le génie civil. Ce constat "soulève un doute sur la capacité de la filière nucléaire à mener des travaux d'importance".

Trois enjeux à moyen terme

S'agissant du bilan de la sûreté nucléaire en 2018, le président de l'ASN met en avant "un bon niveau", notant plusieurs améliorations. Il reprend surtout l'approche qu'il a mise en avant lors de sa première conférence de presse en janvier : plutôt que de s'appesantir sur les difficultés présentes (hormis l'incontournable dossier de l'EPR), Bernard Doroszczuk se projette vers l'avenir. Le moyen terme semble plus préoccuper Bernard Doroszczuk. "Ce qui n'est pas engagé [rapidement], ne sera pas disponible", redit-il, reprenant quasiment au mot près l'avertissement lancé en janvier.

A court terme, le conditionnement des déchets et le démantèlement des installations, les problèmes de conformité, ainsi que les incidents enregistrés dans le domaine médical sont les trois points de vigilence de l'ASN.

A moyen terme, il considère que trois enjeux sont prioritaires pour assurer l'avenir du nucléaire. Le premier concerne la gestion du combustible usé et des déchets nucléaires. Il faut lancer le chantier dès à présent pour être prêt dans 10 à 15 ans, estime-t-il. Le deuxième est le maintien des marges de sûreté face aux aléas. Le président craint en particulier qu'elles soient rognées à court terme et que cela engendre des risques pour le secteur. Un aléa sur une installation du cycle du combustible pourrait créer un goulet d'étranglement et mettre à l'arrêt toute la chaîne, explique-t-il. Enfin, le maintien des compétences présente aussi des risques à moyen terme. "Les difficultés [du nucléaire] ont fait naître un doute", regrette-il, estimant que le secteur doit "se ressaisir" pour attirer des talents. Il craint en particulier que les PME dont l'activité n'est pas essentiellement tournée vers le nucléaire se détournent du secteur, rendant difficile la maintenance à moyen terme.

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