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EPR de Flamanville : le dossier de mise en service oublie l'impact global du projet

L'Autorité environnementale estime que le dossier remis par EDF en vue de la mise en service de l'EPR de Flamanville ne prend pas en compte l'ensemble du projet. Des impacts environnementaux sont laissés de côté.

Risques  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
EPR de Flamanville : le dossier de mise en service oublie l'impact global du projet

Le dossier de mise en service de l'EPR de Flamanville (Manche) est trop restreint pour avoir une image globale de l'ensemble des impacts environnementaux du réacteur de 1 600 mégawatts (MW). Le dossier d'EDF « se focalise sur la seule mise en service de l'EPR » et n'aborde pas certains éléments nécessaires pour évaluer « les incidences effectives à l'échelle globale du projet sur l'environnement ».

Telles sont les principales remarques émises par l'Autorité environnementale (Ae) dans son avis sur l'EPR de Flamanville, rendu le 22 décembre. Cet avis a été sollicité en octobre 2021 par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dans le cadre de la mise en service du réacteur, prévue désormais cette année.

De nombreux éléments non abordés

Une première série de remarques concerne la mise à jour de l'étude d'impact fournie par EDF. Le document est « clair et didactique », mais « trop restreint ». Le projet soumis à l'Ae se limite à la seule mise en service du réacteur. Or, l'Autorité estime que « le terme réglementaire "projet" doit être compris ici comme "la mise en service du réacteur 3 de type EPR du site de Flamanville et son fonctionnement" ». Pour évaluer le « projet EPR », il faudrait donc prendre en compte des éléments absents du dossier présenté par EDF, tels que la phase de construction et la ligne électrique à très haute tension Cotentin-Maine.

 
Le terme réglementaire "projet" doit être compris ici comme la mise en service du réacteur 3 de type EPR du site de Flamanville et son fonctionnement  
Autorité environnementale
 

En outre, l'étude d'impact n'aborde pas les options remises en cause au cours du projet. L'Ae évoque notamment des modifications concernant la galerie souterraine de rejet, ou encore la création d'une installation de dessalement de l'eau de mer, décidée après le lancement du chantier.

Autre reproche de l'Ae : « L'évaluation des incidences ne prend en compte que les valeurs limites des rejets. » Ces valeurs permettent de montrer que les incidences restent compatibles avec le bon état du milieu et la santé humaine. Mais rien n'indique que ces rejets sont les plus bas possibles, conformément à ce qu'implique la démarche « éviter, réduire, compenser » (ERC). Dans le domaine de la radioprotection, une bonne application de la séquence ERC se traduirait par des autorisations de rejets radioactifs « spécifiant des valeurs cibles aussi basses que raisonnablement possibles ». En l'occurrence, l'Ae explique que « les rejets réels sont très inférieurs [aux] valeurs limites [prises en compte pour l'étude d'impact], souvent d'un facteur 10 à 20 » et des mesures de réduction conduisent à « des impacts résiduels encore plus faibles ».

L'Autorité regrette aussi le peu d'information concernant divers aspects du fonctionnement du réacteur : le combustible qui sera utilisé, « alors que la nature et l'importance des incidences [du réacteur sur l'environnement] en dépendent » ; la gestion des matières radioactives (et pas uniquement la gestion des déchets radioactifs) ; les mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre (les émissions liées à la consommation d'hydrocarbures et les émissions d'hexafluorure de soufre (SF6) et d'hydrofluorocarbures (HFC) ; le suivi de la biodiversité terrestre.

Quid des écarts et du retour d'expérience ?

Quant à l'étude de maîtrise des risques, elle « [consiste] essentiellement en un rappel théorique des principes de la démarche de sûreté et des caractéristiques prévues pour y répondre, sans évoquer en détail les spécificités de l'EPR de Flamanville ».

L'Ae recommande à EDF de « récapituler les écarts, incidents et accidents qu'a connus l'EPR en lien avec la sûreté nucléaire pendant sa phase de construction et d'expliciter les mesures prises pour y répondre ». Ce point vise, en particulier, la cuve du réacteur et son couvercle (qui présentent des défauts décelés après leur installation), les défauts affectant des soudures des tuyauteries des circuits secondaires principaux (en cours de réparation) et les défauts constatés sur trois piquages du circuit primaire principal (le dossier est en cours d'examen par l'ASN).

Un autre souhait de l'Ae concerne le retour d'expérience des trois EPR en service : les deux construits à Taishan (Chine) et celui implanté à d'Olkiluoto (Finlande). L'Autorité aimerait qu'EDF explique comment ces retours d'expérience sont pris en compte « pour anticiper les incertitudes liées à ce nouveau type de réacteur ». Elle rappelle que ces réacteurs ont soulevé des questions en termes de sûreté, au sujet de soupapes installées sur le pressuriseur, s'agissant du réacteur finlandais, et au sujet des dommages subis par les barres de combustible, en ce qui concerne le premier réacteur chinois.

Réactions10 réactions à cet article

 

le bilan énergétique global d'une centrale nucléaire a toujours été négatif : L'énergie totale dépensée pour produire dépasse très largement la quantité produite ! Faire passer le nucléaire pour une énergie verte est un mensonge Royal ... une fuite en avant totalement irresponsable qui a ruiné la France pour plusieurs générations !

laurent | 03 janvier 2022 à 20h45
 
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Etonnant, ça, qu'une étude d'impact ne prenne pas en compte un certain nombre de critères pourtant essentiels ?...
En fait, non, ce n'est pas si surprenant que cela. C'est même fréquemment la règle. Les bureaux d'études qui le plus souvent ne sont que les porte-plumes du porteur de projet ou du maître d'ouvrage sont rompus à cet exercice qui dépasse la seule thématique du nucléaire. Le mal est profond autant qu'insidieux.
Il est ainsi récurrent de voir les impacts sur la santé humaine totalement minorés, voire éludés. La raison en est simple, les rédacteurs d'études d'impact n'habiteront jamais auprès des projets "fabuleux" dont ils rédigent le canevas. Une étude d'impact relève finalement de "l'étude alibi" ; ce que note parfois en termes feutrés mais explicites, l'Autorité Environnementale.

Tonton Albert | 04 janvier 2022 à 09h23
 
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@ laurent : l'industrie nucléaire est effectivement massivement dépendante des fonds publics pour exister et ne se prive pas en cela d'engloutir des centaines de milliards d'euros pour assurer sa survie. Et ce n'est pas fini puisqu'il parait que 6 nouveaux EPR sont programmés (puisqu'on se plante magistralement sur tous ceux qui sont en chantier, il est donc indispensable de s'entêter et d'appuyer sur le champignon !).
Mais cette manne d'argent public, donc provenant des impôts, n'est pas perdue pour tout le monde. A qui profite le crime ?

Pégase | 04 janvier 2022 à 09h35
 
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Évidement que pour que la filière électronucléaire puisse exister, il faut à ses promoteurs escamoter une bonne partie des incidences technologiques, environnementales et budgétaires, pardi ! Si EDF avait vendu l'EPR de Flamanville a son coût actuel (22,5 milliards d'€ au lieu de 3,4 initialement estimés, et le machin n'est pas encore bouclé), ses promoteurs auraient eu bien du mal à convaincre Bercy et le projet serait certainement sagement resté dans les cartons. Car pour l'instant, l'outil même pas encore en service a déjà brûlé énormément de combustible : l'argent public, qu'il transforme en plomb. C'est la réalité de la filière.
Certains pronostiquent même que les deux chantiers d'EPR d'Inckley Point C vont probablement couler EDF... Et on décide en haut lieu qu'il faut mettre en chantier 6 nouveaux EPR ?!
Idem pour le grand carénage des centrales existantes, dont EDF a très largement et très opportunément sous-estimé le coût, le démantèlement des centrales en fin de vie, le stockage des déchets radioactifs, etc.
On nage en plein délire technocratique et budgétaire ! Mais le contribuable est obligé d'assumer la folie des grandeurs d'une poignée de décideurs. Alors, y aurait-il de la forfaiture là-dessous ?

Pégase | 04 janvier 2022 à 09h59
 
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@ laurent : l'industrie nucléaire est effectivement massivement dépendante des fonds publics pour exister et ne se prive pas en cela d'engloutir des centaines de milliards d'euros pour assurer sa survie. Et ce n'est pas fini puisqu'il parait que 6 nouveaux EPR sont programmés (puisqu'on se plante magistralement sur tous ceux qui sont en chantier, il est donc indispensable de s'entêter et d'appuyer sur le champignon !).
Mais cette manne d'argent public, donc provenant des impôts, n'est pas perdue pour tout le monde. A qui profite le crime ?

Pégase | 04 janvier 2022 à 09h59
 
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@Pégase, pour synthétiser votre juste propos, j'évoquerai une petite maxime qui a fait ses preuves à maintes reprises.
Quand vous avez un découvert de 1000 €, votre banquier vous envoie l'huissier, quand vous en êtes à 1 million, il vous propose un cigare.

On ne prête qu'aux riches, le constat n'est pas nouveau...

Tonton Albert | 04 janvier 2022 à 11h41
 
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@ Laurent (et incidemment @ Pégase) si ce que vous dites était vrai (" L'énergie totale dépensée pour produire dépasse très largement la quantité produite"), vous croyez vraiment qu'autant de pays, y compris ceux qui n'avaient pas de programme d'arme nucléaire, auraient construit des centrales ? Refaites vos calculs, et vous devriez voir que vous vous trompez !
Maintenant je ne dis pas que l'EPR de Flamanville est une "réussite" (défauts lors de la construction, délais, énormes surcoûts), mais c'est plus lié à la perte de compétence des intervenants (que j'ai pu personnellement constater sur un petit élément de ce projet) qu'à la technologie "réacteur nucléaire"...

Yves D | 04 janvier 2022 à 18h37
 
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la comédie autour du pass vaccinal est une diversion politique, pendant ce temps là Macron vient de faire passer le nucléaire en énergie verte et on risque un grave Blackout parce que les centrales sont en très mauvais état ... le nucléaire civil est le plus gros FIASCO industriel de l'humanité

laurent | 05 janvier 2022 à 07h51
 
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@ Yves D : au sujet du ratio énergie consommée / énergie produite par le nucléaire, merci à vous de ne pas me faire dire ce que je n'ai pas écrit, incidemment ou pas.
Nous rejoignons néanmoins sur votre affirmation "[...] l'EPR de Flamanville est une "réussite" (défauts lors de la construction, délais, énormes surcoûts), mais c'est plus lié à la perte de compétence des intervenants [...]". Il serait donc plus que raisonnable de mettre un terme à cette folle aventure industrielle plutôt que de s'y entêter en ne mettant plus aucun EPR en chantier.
Ce n'est manifestement pas la logique que retient le pas-encore-tout-à-fait-candidat-mais-presque Macron. La "perte de compétence des intervenants" n'épargnerait donc pas non plus le plus haut niveau de l’État ?!
On pourrait en sourire si ce choix délirant ne plombait pas l'avenir de toute une nation sur X générations.

Pégase | 05 janvier 2022 à 13h48
 
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En clair, des pinaillages de stratifs qui s'ennuient ! EdF ne va évidemment pas prendre de risques de cette nature sur cette installation-là ! Perte de temps, de paperasses et d'énergie, de cela les écolos devraient rendre compte (tiens, ça me fait penser au démantèlement de Brennilis).
Et dans le même temps, le gouvernement assouplit les règles d'installation de l'éolien offshore, tant pis pour les finances des Français, tant pis pour les oiseaux, tant pis pour la démocratie, et augmente les seuils autorisés de production de CO2 pour la production d'électricité, tant pis pour nos finances, tant pis pour le climat... Deux poids deux mesures...

dmg | 05 janvier 2022 à 16h45
 
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