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EPR : des vibrations anormales font planer un doute sur la conception du réacteur nucléaire

La Criirad estime que la conception de l'EPR pourrait expliquer les difficultés rencontrées par l'EPR de Taishan. En mars, l'IRSN avait déjà signalé un problème, concernant le pressuriseur. À chaque fois, des vibrations anormales inquiètent les experts.

Risques  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
EPR : des vibrations anormales font planer un doute sur la conception du réacteur nucléaire

Dimanche 28 novembre, la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) a annoncé avoir reçu des informations selon lesquelles les problèmes rencontrés, cet été, par le premier EPR mis en service seraient liés à la conception du réacteur. L'association explique que des vibrations pourraient être à l'origine des ruptures de gaines constatées en Chine. Le défaut pourrait concerner tous les réacteurs EPR. Au-delà de l'alerte, l'association « interpelle l'ASN et demande la plus grande transparence ».

Pour rappel, en juin dernier, CNN révélait la détection d'une concentration anormale de gaz rares dans le circuit primaire du réacteur 1 de Taishan, une anomalie liée à des ruptures de gaines de combustible. Le mois suivant, EDF mettait en avant ses doutes concernant la gestion de l'incident par l'exploitant du réacteur, la coentreprise TNPJVC, détenue à 70 % par l'entreprise chinoise CGN et à 30 % par EDF. En France, le réacteur serait déjà à l'arrêt, expliquait EDF, faisant ainsi pression sur son partenaire. Finalement, le réacteur a été arrêté la semaine suivante, le 30 juillet.

De son côté, dès juin, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), annonçait avoir engagé « un dialogue technique » avec son homologue chinois (la NNSA). Le gendarme du nucléaire français compte « examiner dans quelle mesure le retour d'expérience de la situation d'exploitation actuelle à Taishan peut être pris en compte dans le cadre de l'instruction en cours de la demande de mise en service de l'EPR de Flamanville [Manche] ».

Un défaut identifié sur la cuve ayant servi de modèle

Selon les informations transmises à la Criirad par « un lanceur d'alerte travaillant dans l'industrie nucléaire », « les ruptures des gaines de combustible radioactif proviendraient (…) d'un défaut de conception de la cuve de l'EPR ». Ce défaut « entraînerait une mauvaise répartition du flux hydraulique et, par voie de conséquence, des vibrations très importantes sur les assemblages ». Ces vibrations seraient à l'origine d'une usure anormale des grilles de maintien des crayons et de ruptures de gaines, aboutissant à la dispersion de débris radioactifs dans le cœur du réacteur. L'usure de certaines gaines aurait été constatée dès le premier cycle de fonctionnement du réacteur. Le deuxième cycle aurait accentué l'usure des assemblages fragilisés à l'issue du premier cycle.

« Si ces éléments sont avérés, ils pourraient concerner toute la filière des EPR », poursuit la Criirad, jugeant que ce retour d'expérience doit aussi être pris en compte dans le design de la nouvelle version du réacteur (EPR2). La Criirad explique que la cuve de l'EPR, de conception franco-allemande, s'inspire de celle du réacteur allemand Konvoi dont l'« hydraulique en fond de cuve [n'est] pas très réussi ». Conséquence : « Un courant transverse se crée dans le cœur [des réacteurs Konvoy] et fait bouger les assemblages, surtout ceux en périphérie. S'agissant de l'EPR, le problème aurait été identifié dès 2007-2008, lors d'essais sur maquette à l'échelle 2/10ème, sans que ne soit trouvée de solution satisfaisante, explique la Criirad. « Si ces faits sont avérés : pourquoi la géométrie du fond de cuve EPR n'a-t-elle pas été remise en cause à ce moment-là ? », interroge la Criirad.

 
Si ces éléments sont avérés, ils pourraient concerner toute la filière des EPR  
Criirad
 

Une série de questions précises

Pour l'instant, la Criirad explique que « les informations dont elle dispose restent à vérifier et valider ». Mais elles sont « suffisamment solides et cohérentes pour justifier » l'envoi d'un courrier à l'ASN. Si le problème est avéré, il « pourrait hypothéquer le démarrage des réacteurs de Flamanville et Olkiluoto ». En effet, les travaux de réparation d'un tel défaut « [pourraient] s'avérer particulièrement complexes et onéreux, si tant est qu'ils soient réalisables ».

Dans son courrier, la Criirad demande à l'ASN de confirmer plusieurs points. La Commission aimerait notamment savoir si l'autorité a été informée d'un niveau anormal de vibration des assemblages de combustible de l'EPR de Taishan 1 (et cela, dès le démarrage). A-t-elle aussi été informée des dégradations affectant les assemblages de combustibles. Il semblerait qu'une trentaine d'entre eux présentent des fuites et qu'environ 70 crayons sont « fuyards ». Il semblerait aussi que les assemblages endommagés étaient tous en périphérie lors du premier cycle. Il semblerait enfin que « beaucoup de ressorts de maintien des crayons ont cassé » et que « certaines grilles n'ont plus de plaquettes côté réflecteur neutronique ».

 
L'ASN venait d'assouplir sa position Ces soupçons concernant des vibrations dans le cœur et le circuit primaire de l'EPR interviennent alors que, pour la première fois, l'ASN avait entrouvert la porte à un assouplissement de sa doctrine concernant les défauts affectant les soudures.
En effet, en octobre, l'ASN a donné un accord de principe pour traiter les défauts affectant les soudures de trois piquages sur le circuit primaire principal de l'EPR de Flamanville sans avoir à les reprendre. Jusqu'à cette annonce la « solution de référence » imposée par l'ASN a toujours été la réparation des soudures avant la mise en service du réacteur.
 

Enfin, la Criirad aimerait être tenue informée des conséquences de l'incident en termes de contamination de l'eau du circuit primaire et de rejets radioactifs dans l'atmosphère.

Des vibrations déjà observées sur le pressuriseur

Les révélations de la Criirad interviennent après une première alerte concernant d'éventuels problèmes de vibrations lancée par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), et relevée par Bernard Laponche dans une note publiée dans le Journal de l'énergie, qui lie les déboires de l'EPR à sa puissance hors norme. En mars dernier, un avis de l'IRSN, concernant l'EPR2 en cours d'élaboration, pointait « la problématique de vibrations élevées de la ligne d'expansion du pressuriseur (LEP) observée sur différents réacteurs EPR ». Le pressuriseur est l'équipement qui permet la maîtrise de la pression dans le circuit primaire, afin de maintenir sous forme liquide l'eau chauffée à plus de 300 °C.

Ce problème n'est pas anodin, selon l'IRSN, qui estime que « une nouvelle conception de la LEP ne doit pas être exclue quand bien même cela devrait mettre en cause la conception du génie civil ». Il pourrait notamment s'avérer nécessaire de modifier la disposition de certains gros composants. Pour l'instant, Framatome « considère que le tracé actuel de la LEP pour les futurs réacteurs EPR2 est le meilleur compromis pour prendre en compte les différentes exigences de conception (dilatation thermique, encombrement, résistance mécanique...) ». Et l'IRSN de déplorer que, pour l'entreprise, ce tracé « [apparaisse] figé alors qu'aucune solution au regard du retour d‘expérience disponible n'a encore été définie ». Or, selon une source interne à EDF, « si une rupture intervenait [sur cet équipement], il y aurait forcément des rejets radioactifs importants à l'extérieur, pour éviter que l'enceinte ne monte en pression ».

Réactions12 réactions à cet article

 

On y va tout droit!
Cela fait maintenant plus de 10 ans que la France ne maîtrise plus la technologie nucléaire.
Elle ne maîtrise pas non plus les éoliennes qui sont une arnaque financière, et la construction de capteurs solaires...
Tout va bien dans le meilleurs des mondes!

ouragan | 30 novembre 2021 à 09h11
 
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Au delà du délire financier et du risque d'accident énorme, aucune machine n’obtient un rendement supérieur à 1, autrement dit l'énergie miracle n’existe pas, on ne pourra JAMAIS récupérer plus d'énergie qu'on a mis au départ, on va assister à la fin de la plus fabuleuse arnaque de tous les temps ...

laurent | 30 novembre 2021 à 09h56
 
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Pour poursuivre sur la remarque d'Ouragan : La conception d'une installations classée pour la protection de l'environnement mérite toute la rigueur et les attentions en effet. La transparence de l'information est tout à l'honneur des installations de sûreté nucléaire françaises. Avec ses physiciens du nucléaire d'EDF, l'ASN, la Criirad, les audits de conception, les citoyens sont informés.
Sur les aérogénérateurs par contre, la maîtrise du risque est loin d'être assurée et une omerta pèse les grandes turbines qui broient les grands rapaces et déplacent des populations humaines (au moins celles qui ont les moyens de fuir).

DUC | 30 novembre 2021 à 10h16
 
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Rien de nouveau sous le soleil pour l'EPR,dès 1999 la direction de l'ingénierie d'EDF écrivait que l'EPR produirait un kwh à un prix trop élevé et que sur le plan technique les effets d'échelle à ce niveau là n'étaient pas maîtrisés.Résultat :la direction de l'ingénierie fut dissoute.
On apprend maintenant que les 2 réacteurs de Civaux , dernier palier avant l'EPR ,sont arrêtés.
Les effets d'échelle ....demandez aux ingénieurs de l'A380 à Toulouse ce qu'ils en pensent.

Darwin | 30 novembre 2021 à 11h05
 
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Oui laurent ! "la fin de la plus fabuleuse arnaque de tous les temps"...qui a bien profité à certains. Qu'est ce que j'avais dit ? relisez mes précédents messages concernant cet EPR: il ne fonctionnera JAMAIS , cela fait des mois que je le dis, JE LE SAIS. Mais par contre il y en a qui s'engraissent sur le dos du contribuable depuis des années et c'est surtout une manière très efficace de drainer les flux financiers et de les empêcher d'alimenter d'autres sources d'énergie plus propres en bloquant les recherches (par manque d'argent ) et l'extension de ces énergies plus vertes. Pourquoi ne développe t-on pas la géothermie ? Pourquoi n'investit -on pas dans la recherche française de batteries plus performantes ? Il n' y a pas que le lithium qui peut être utilisé. Pourquoi n'essaient -on pas de développer l'énergie marémotrice ailleurs que ds les estuaires? etc... il y a eu de multiples essais autres que ceux concernant l'énergie nucléaire et à chaque fois on laisse tomber par manque de financements, on voit bien où passe l'argent .Derrière cette façade il y a la plus formidable dérive et corruption que la France ait connu.

gaïa94 | 01 décembre 2021 à 12h32
 
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Juste pour réagir sur deux réactions.
- A ma connaissance, une installation nucléaire n'est pas une ICPE (ou alors mes connaissances dans la nomenclature ne sont pas assez mises à jour).
- la géothermie constitue en effet un exemple parmi d'autres qui peuvent être utlisés dans le mix énergétique. En Alsace, on a malheureusement deux sites bien distincts qui nous montrent que ce n'est pas la solution idéale partout (failles, séismes)... comme pour toutes les autres solutions d'ailleurs.

Je lis par contre "....qui lie les déboires de cet EPR à sa puissance HORS NORME".... est-ce que quelqu'un peut indiquer une éventuelle équivalence de puissance entre cet EPR et une centrale actuelle "usuelle"? Cette information m'intéresserait. Merci par avance.

nimb | 01 décembre 2021 à 21h41
 
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Bonjour,

L'article de Bernard Laponche, titré "La Folie des grandeurs", explique que l'EPR a une puissance électrique de 1 650 MW (1 750 MW pour l'EPR2), alors que ses concurrents ont une puissance de 1 000 à 1 100 MW.

Selon lui, l'accroissement de la puissance crée de nouveaux problèmes et accroît le coût au MW. Raison pour laquelle il y a très peu de réacteurs de plus de 1 300 MW.


Cordialement,

Philippe Collet Philippe Collet
03 décembre 2021 à 09h19
 
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Réponse à nimb:
-les centrales nucléaire ne sont pas des ICPE , ce sont des INB (installations nucléaires de base), régies par des règles spécifiques (heureusement)!!
-la puissance hors norme (sic) de l'EPR ,signifie que la puissance de ce réacteur est de 1650 MW (électrique) soit une puissance thermique du réacteur de 5.000 MW thermique , sachant que plus des 2 tiers de l'énergie thermique partent dans l'atmosphère sous forme de chaleur (rendement de Carnot)
- la puissance optimale pour le coût du kwh électrique(sic) d'un réacteur est connue depuis 1999 par la direction de l'Equipement d'EDF(direction de l'Ingénierie)- dissoute car mal pensante- est de 1.100 MW e, chiffre confirmé en 2020 par la Chine et la Russie qui construisent des réacteurs de 1.150 MWe.L'EPR 1ou 2 sont des erreurs monumentales .

Darwin | 03 décembre 2021 à 14h36
 
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Merci de ces deux réactions instructives. Mais alors pourquoi construire quelque chose d'aussi puissant, s'il est prouvé que ce n'est pas la solution la plus "optimale"?
Parce qu'on est "aveuglé" par le schéma " le plus est le mieux" ?
Est-ce que je dois comprendre que M.MAcron, en parlant de "petites" centrales à construire, fait partie des dirigeants qui ont commencé à prendre conscience que l'EPR n'est pas la solution?

nimb | 03 décembre 2021 à 21h41
 
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Bonjour, le classement des EPR indique des niveaux de contrôle différents - Outre les installations nucléaires de base, il y a aussi des ICPE règlementées par le code de l'environnement avec aussi des exigences de sûreté et de protection des populations
https://www.ecologie.gouv.fr/installations-nucleaires-en-france

DUC | 03 décembre 2021 à 22h02
 
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@nimb : E Macron est aveuglé par la peur de la vérité parce qu'elle aura de terribles conséquences en France et dans le monde entier ! le pays des lumières va puissamment rayonner et les retombées radio-actives feront de gros dégâts ! De toute façon il ne peut plus reculer puisque les révélations sur le nucléaire français viendront d'un autre pays. Le nucléaire civil est définitivement condamné, E Macron le sait très bien il tente simplement d'amortir la chute ...

laurent | 04 décembre 2021 à 10h43
 
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Nouveau message à nimb:
1) l'EPR n'est pas la solution , la solution à rien d'ailleurs, le nucléaire représente en 2020 10% de l'électricité mondiale , c'est à dire rien au niveau total de l'énergie..et l'EPR est un échec au sein d'un échec nucléaire plus général.
2)Macron n'a rien inventé , c'est aux USA qu'est née l'idée de petits réacteurs nucléaires , pour essayer de sauver l
'industrie nucléaire à base d'Uranium, c'est à dire la fission qui est morte.Attention cela n'a rien à voir avec la fusion nucléaire , à base de deutérium c'est à dire d'hydrogène, à voir plus tard...La dissémination que cela supposerait , des petits réacteurs à Uranium enrichi implantés un peu partout sur le territoire,est la plus fantastique escroquerie de la bande à Framatome, qui va accepter un réacteur à coté de chez lui ????
3) je persiste :les centrales nucléaires sont régies par les règles des INB (installations nucléaires de base) encore heureux!!!Les règles ICPE , moins strictes ,s'appliquent aux installations de recherche , où les conséquences qu'une défaillance ne seraient pas à la même échelle !!!

Darwin | 04 décembre 2021 à 14h13
 
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