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Eolien flottant : un écosystème en construction

Alors que les régions littorales françaises préparent l'arrivée des fermes pilotes d'éolien flottant et plaident pour plus d'ambition, les industriels s'apprêtent à tester leurs technologies sur des démonstrateurs déployés aux quatre coins du monde.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
Eolien flottant : un écosystème en construction
Actu-Environnement Le Mensuel N°392 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°392
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L'éolien flottant entre dans une période cruciale. En Ecosse, au Japon, en France, en Espagne, les technologies sont testées ou s'apprêtent à l'être dans des projets de démonstration. Le défi : valider les choix technologiques, assurer la résistance des installations aux intempéries et aux conditions marines et rechercher des baisses des coûts. De ce dernier critère dépendra l'avenir de la filière. L'objectif : atteindre des coûts de production situés entre 40 et 60 €/MWh en 2030, pour entrer en compétition avec les autres technologies de production d'électricité.

En France, le projet de programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) prévoit le lancement de deux appels d'offres de 250 MW en Bretagne en 2021 et en Méditerranée en 2022. Les régions littorales demandent plus d'ambition. Un appel entendu au sommet de l'Etat : "Le gouvernement réfléchit à une augmentation des volumes mais cette décision dépendra des coûts", a rappelé Laurent Michel, le directeur général de l'énergie, lors du salon FOWT, dédié à l'éolien flottant, organisé du 24 au 26 avril à Montpellier. La filière doit faire ses preuves et les projets de démonstration seront déterminants.

Vers une révision des volumes dans la PPE ?

En France, pour l'heure, une seule éolienne flotte, au large du Croisic (Loire-Atlantique). La technologie Floatgen, installée sur la plateforme de test Sem-Rev en 2018, doit faire l'objet de tests pendant deux ans. Elle sera ensuite déployée au large de Gruissan (Aude), à l'horizon 2020, sur l'une des quatre fermes pilotes qui verront le jour.

Trois autres fermes pilotes seront lancées sur la même période, deux en Méditerranée et une en Bretagne. Le projet Provence Grand Large, porté par EDF au large de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), est le premier à avoir obtenu toutes ses autorisations. Il devrait être mis en service d'ici fin 2020.

Mais les régions littorales préparent déjà l'après. Elles ont identifié quatre zones propices, deux en Méditerranée et deux en Bretagne, pour le déploiement de fermes commerciales flottantes, sur près de 3.000 km2. En Bretagne, la conférence régionale mer et littoral, qui réunit l'ensemble des acteurs de la mer, a déjà proposé une première zone commerciale de 500 km2, pour un potentiel de 1 GW, au sud de l'île de Groix.

Les régions demandent au gouvernement de revoir à la hausse les volumes prévus dans la PPE : elles voudraient 4 GW d'éoliennes flottantes en 2030, dont 1,5 GW en Bretagne. "J'ai fait part au ministre [François de Rugy] de mes attentes et de celles de tout un tissu économique régional et national sur la publication d'appels d'offres plus ambitieux en Occitanie, mais également en région Sud et Bretagne, a indiqué la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, lors du salon FOWT. C'est justement avec des volumes supplémentaires dès la première phase de la PPE que nous rendrons cette énergie compétitive plus vite en permettant une baisse des coûts plus rapide". Dans l'attente, les régions préparent les infrastructures portuaires et le tissu industriel, espérant de nombreux emplois à la clé.

L'Ecosse fait la course en tête

Les industriels, eux, entrent en phase de démonstration de leurs technologies. Equinor, l'ex Statoil, est le plus en avance avec sa ferme expérimentale de 30 MW, Hywind Ecosse, mise en service depuis septembre 2017. Pour l'instant, tous les signaux sont verts. La ferme flottante, située à 25 minutes des côtes, a déjà résisté à plusieurs tempêtes et a permis de valider plusieurs choix. "On peut l'opérer à distance, d'une plateforme située à plus de 700 km. Nous n'avons pas besoin d'avoir recours à des solutions spécifiques, ce qui est positif pour les futurs projets commerciaux", explique Natalia Altermark, représentante d'Equinor. L'entreprise a également mené des tests pour réduire l'amplitude de tangage de ses éoliennes "et ça fonctionne : cela réduit l'usure de l'installation et augmente donc sa durée de vie". Les éoliennes flottantes écossaises affichent un facteur de capacité moyenne de 57 % et une disponibilité proche de 95 %.

Prochaine étape en 2021-2022 avec le projet Hywind Tampen en mer du Nord (11 turbines de 8 MW). Les éoliennes seront plus grandes, l'amarrage simplifié, avec une sous-structure en béton plutôt qu'en acier pour réduire les coûts et prévoir une production locale.

2019, l'année de la démonstration

Ailleurs, les projets se précisent. Aux Canaries, le projet WIP 2, qui fait le pari d'installer deux éoliennes sur une même plateforme flottante, sera bientôt en test.

Au Japon, le projet Nedo entrera en démonstration ce mois-ci jusqu'en 2022, avec la technologie flottante d'Ideol, testée également sur Floatgen. Originalité du projet : l'éolienne Hibiki de 3 MW ne compte que deux pâles pour résister aux typhons.

"L'intérêt de ces deux projets de démonstration en France et au Japon, exposés à des environnements différents, est de valider la technologie, de comprendre les points faibles et les points forts, de valider les courbes de puissance et les procédures de maintenance", explique Thomas Choisnet, d'Ideol. Pour l'heure, l'éolienne installée sur Sem-Rev livre des résultats positifs : "Les performances de l'amarrage sont au-delà des attentes. Après plusieurs tempêtes, il n'y a pas eu besoin de retendre les câbles. Quant à nos prédictions de charges, elles étaient conservatrices. Enfin, on a pu confirmer la chaîne logistique", indique Thomas Choisnet. Ideol vise une production en série avec l'ambition de fournir un flotteur par semaine.

Même ambition du côté de Naval Energies : produire un flotteur par semaine, en acier ou hybride, avec une base en béton. "Nous travaillons à développer un système sans maintenance pendant cinq ans", pour réduire les coûts, explique Jacques Chatelet, directeur de la préparation industrielle chez Naval Energie.

SBM offshore, qui équipera le projet Provence Grand large, mise quant à lui sur une optimisation de la planification des opérations en mer en fonction des prévisions météorologiques : "L'objectif est d'aplanir les flux entre les opérations terrestres et maritimes", explique Antoine Le Cotty, directeur technique chez SBM Offshore.

Enfin, Engie, qui équipera le démonstrateur de Leucate (Aude) avec EDPR, poursuit les tests démarrés en 2011 sur le projet Windfloat. Une ferme pré-commerciale de 25 MW (Windfloat Atlantic) est actuellement en phase de construction à Lisbonne. Les éoliennes devraient être installées au large du Portugal en juillet, pour une mise en service en septembre.

Réactions1 réaction à cet article

 

La France produit un courant quasiment décarboné, fiable et stable, parmi les moins chers de l'OCDE et lui garantissant son indépendance. Pourquoi s'évertuer à fragiliser ce système pour produire un courant instable et très cher, au prix d'importations faramineuses, si ce n'est pour enrichir des financiers ?! La PPE est au mieux une ineptie, au pire une entreprise concertée de destruction du pays.

dmg | 09 mai 2019 à 21h52
 
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