En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Le secteur agricole au cœur des négociations climatiques

La place de l'agriculture dans les négociations sur le climat et sa contribution possible à la lutte contre le réchauffement ont été au menu des débats du forum international tenu ce 20 février à Paris, à la veille du Salon de l'Agriculture.

Agroécologie  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com

Lancé par les ministères de l'Agriculture et des Affaires étrangères, un forum international sur les liens entre agriculture et climat s'est tenu ce vendredi 20 février à Paris, avant l'ouverture du Salon de l'Agriculture. L'organisation de ce forum avait été annoncée le 22 septembre 2014 par le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, lors de la remise du rapport du Conseil général de l'alimentation et de l'agriculture (CGAAER) démontrant "les voies de contributions possibles" de l'agriculture et de la forêt à la lutte contre le changement climatique tout en assurant la sécurité alimentaire.

Ce rapport contribue aux travaux menés dans la perspective de la 21e Conférence (COP21) sur le Climat de Paris en décembre 2015, avait souligné M. Le Foll. Ses préconisations ont été mises en avant lors de ce forum qui a réuni ministres de l'Agriculture de plusieurs pays (Pays-Bas, Algérie, Maroc, Afrique du Sud...), scientifiques (Inra...), agriculteurs et semenciers (FNSEA, GNIS...) mais aussi industriels (Veolia, GDF Suez...) invités à présenter leurs solutions d'atténuation et d'adaptation du secteur pour faire face au changement climatique. José Graziano Da Silva, directeur général de l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et Jean-Jouzel, vice-président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) étaient également présents.

Agriculture et forêt : quels potentiels de réduction des émissions en 2030 ?

Le rapport du CGAAER est basé sur le dernier rapport du Giec paru en avril 2014 qui a chiffré entre 20 et 60% le potentiel d'atténuation des émissions de GES par le "secteur des terres" (agriculture, forêt et sols) d'ici 2030.

En France, l'agriculture émet environ 100 millions de tonnes équivalent CO2 (carbone) par an dont 45% dus au méthane (CH4) issu de l'élevage et 45% au protoxyde d'azote (N2O) avec principalement la fertilisation azotée. Si l'on tient compte des émissions liées aux consommations d'énergie, l'agriculture française contribue à hauteur de 20% aux émissions nationales, indique le CGAAER. Au niveau mondial, les deux secteurs agricoles et forestiers sont crédités de 24% des émissions de GES.

"L'agriculture et la forêt peuvent en effet jouer un rôle considérable sur le climat : leur contribution pourrait s'élever au quart de l'engagement pris par l'Europe de réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030", a réitéré M. Le Foll, lors du forum. Le CGAAER a identifié quatre leviers d'actions pour réduire les émissions d'ici 2030. Cela passe par l'agro-écologie (méthanisation, stockage carbone dans les sols…) : potentiel de réduction des émissions de 12 à 15 millions de tonnes de CO2 par an, la préservation des terres agricoles et des prairies ( - 8 à -10 millions par an ), une gestion dynamique de la forêt et une utilisation croissante des bioproduits (- 25 à -30 millions par an) ainsi que la lutte contre le gaspillage alimentaire (- 8 à -10 millions par an).

Les liens entre climat, agriculture et sécurité alimentaire ont été pris en compte lors des dernières réunions de négociations sur le climat à New York en septembre 2014 et à Genève en février 2015. A New York, l'Alliance mondiale pour l'agriculture "intelligente" face au climat a été lancée. Son objectif est triple : "une augmentation durable de la productivité et des revenus agricoles (sécurité alimentaire), l'adaptation et le développement de la résilience face au changement climatique et la réduction et/ou l'éradication des émissions (atténuation), dans la mesure du possible ".

Si la France a adhéré à cette Alliance (qui regroupe gouvernements, producteurs, exploitants, scientifiques, industries agro-industrielles, société civile…), le "flou" demeure autour des modèles agricoles et systèmes agro-alimentaires promus et la place des biotechnologies, a pointé Jean Vettraino du réseau d'ONG Action Climat et de la Coordination Sud, lors des débats. Cette Alliance "ne permet pas de répondre au droit à l'alimentation. Il n'y a pas d'agriculture intelligente sans respect des agriculteurs familiaux paysans", a-t-il indiqué. M. Vettraino a également déploré que "les enjeux d'adaptation des pays du Sud soient très peu présents au sein de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Cnucc) même si un programme d'actions a été mis en place".

L'adaptation à un changement climatique de deux degrés dans les pays en développement coûterait entre 70 et 100 milliards de dollars par an d'ici 2050,  avait chiffré en décembre dernier le Programme des nations unies pour l'environnement (Pnue). M. Vettraino a appelé à "renoncer aux agrocarburants industriels" et s'est également dit "prudent sur les marchés carbone".

Vers la prise en compte des émissions du secteur dans l'accord de Paris ?

Au sommet de Genève, les négociateurs sont parvenus en février à rédiger une première version du futur accord sur le climat qui devrait être adopté en décembre à Paris pour limiter le réchauffement global en deçà des 2°C d'ici à la fin du siècle. "Pour la première fois", ce texte appelle à soutenir des objectifs climatiques du secteur agricole, a salué Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le climat. Les "incertitudes" autour des émissions diffuses du secteur ont été "réduites" par le dernier rapport du Giec, a-t-elle souligné.

"On est dans le flou sur comment on va compter les émissions du secteur et comment celles-ci vont être introduites dans les contributions nationales", a toutefois prévenu Mme Tubiana. Tous les Etats devront en effet communiquer d'ici juin 2015 leurs contributions, c'est-à-dire les efforts qu'ils comptent engager pour réduire leurs émissions de GES, avant la Conférence de Paris. Jean Vettraino craint que l'agriculture "n'aura pas de place à part entière" dans le futur accord "tout du moins pas dans sa partie contraignante".

La France s'est engagée dans la feuille de route environnementale 2015, à tenir compte dans le cadre des négociations,"des objectifs multiples des secteurs de l'agriculture, de la forêt et de l'utilisation des terres - ensemble dont le potentiel d'atténuation est plus faible que pour d'autres secteurs au plan européen". La France "continuera" également au sein de l'Alliance "à porter une politique ambitieuse de soutien au développement des agricultures familiales et paysannes et de l'agroécologie".

Selon Reuters, dans son discours prononcé lors de la clôture du forum, le Président François Hollande a invité le monde agricole à relever les "défis du siècle à venir" : "nourrir la planète" où plus de 800 millions de personnes ont faim, "lutter contre le réchauffement climatique, produire mieux et gérer de façon responsable les ressources en eau". M. Hollande a appelé à "réduire le gaspillage alimentaire, qui représente entre 20 et 30% de la production alimentaire du monde". Il a invité, pour ce faire, à améliorer la gestion et les conditions de stockage et à "privilégier les produits locaux et les produits de saison."

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Rachida Boughriet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager