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Les habitants de Fos-sur-Mer sont sur-imprégnés au plomb, aux furanes et au benzène

Les habitants de l'une des plus grandes zones industrielles d'Europe sont sur-imprégnés à trois polluants selon une nouvelle étude locale. Ces résultats viennent conforter des analyses préalables alertant sur un risque sanitaire accru.

Risques  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com

"Une sur-imprégnation de la population de Fos-sur-Mer à trois polluants spécifiques, typiques des émissions industrielles." Telle est la conclusion à laquelle aboutit l'étude Index menée par l'Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions (IECP) dans l'une des plus grandes zones industrielle d'Europe à cheval sur les pourtours de l'Etang de Berre et du Golfe de Fos.

"Située au voisinage de la zone industrialo-portuaire, sous l'influence des complexes pétrochimiques de Lavera, Berre et La Mède et à proximité de l'axe routier reliant l'Italie et l'Espagne, la ville de Fos-sur-Mer subit l'influence d'un ensemble de sources combinées de polluants particulaires et gazeux", souligne l'Institut qui associe citoyens, élus, industriels et scientifiques. D'où sa décision de lancer en 2016 la première étude française de bio-imprégnation humaine multi-polluants aux abords d'une zone industrielle.

Pics de particules ultra-fines

L'Institut a comparé l'imprégnation des habitants de la commune de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), exposés aux pollutions industrielles et portuaires, à celle des habitants d'une zone témoin, située à plus de 15 km des sources d'émission des polluants analysés, dans les communes de Saint-Martin-de-Crau et de Mouriès. Les auteurs de l'étude ont effectué des prélèvements de sang et d'urine sur 138 personnes entre septembre et novembre 2016 afin d'analyser une cinquantaine de polluants : des métaux comme le plomb ou le cadmium, des composés organiques volatils (COV) comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ou le benzène, et des composés organochlorés comme les dioxines et furanes.

Parallèlement, une campagne de mesure des particules ultrafines (de diamètre inférieur à 1 micromètre), menée entre août et novembre 2017, a montré un nombre de pics (> 30.000 part/cm3) s'élevant à 227 en zones exposée contre 63 en zone témoin. Le prélèvement de particules fines (PM2,5) sur filtres ont également montré des concentrations plus importantes en métaux lourds et benzène dans la zone exposée. Des échantillons sur lichens ont, eux-aussi, montré des teneurs en métaux lourds, hydrocarbures, dioxines et furanes supérieures à ceux de la zone témoin.

Présence généralisée de dioxines

Concernant l'exposition des populations, l'étude montre une sur-imprégnation des habitants de Fos-sur-Mer en plomb, en furanes et en benzène, du fait d'une exposition par inhalation des polluants. Cette sur-imprégnation résulte aussi de la contamination de l'environnement. Une consommation fréquente de produits de la mer locaux est associée à une augmentation de l'imprégnation en PCB, dioxines/furanes, mercure et chrome. "La consommation de légumes du jardin en zone exposée [est] associée à une augmentation de l'imprégnation en cadmium", révèle aussi l'étude. De même, la pratique du jardinage est associée à une augmentation de l'imprégnation en PCB de type dioxine.

Ces résultats font suite à deux études préalables qui alertaient sur les risques sanitaires dans cette zone. Une étude participative franco-américaine Fos Epseal soutenue par l'Anses, publiée en janvier 2017, avait montré que la prévalence de l'asthme, des cancers et des diabètes était plus élevée à Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, par rapport à la moyenne française. En février dernier, une campagne d'analyses menée par l'Association de défense et de protection du littoral du Golfe de Fos (ADPLGF) a montré une présence généralisée des dioxines au sein des produits alimentaires d'origine locale, une présence en PCB dans un grand nombre d'échantillons, ainsi qu'une contamination au plomb et au cadmium dans le milieu marin.

L'impact sanitaire de la pollution reste à explorer

Plusieurs éléments pourraient toutefois laisser à penser que les résultats ne sont pas si alarmants. "Pris polluant par polluant, les résultats ne montrent pas de dépassements des seuils réglementaires", indique en effet l'Institut. "Le problème vient du fait que la réglementation ne regarde pas les bonnes choses", décrypte Véronique Granier, chargée de communication à l'IECP, qui explique que les expositions chroniques ne sont pas prises en compte.

De même, l'étude indique que, pour l'ensemble des polluants analysés, "les imprégnations sont en moyenne du même ordre de grandeur, voire inférieure à celles relevées dans l'étude nationale de référence". Toutefois, l'étude nationale nutrition santé (ENSS), qui sert de point de repère, date de plus de dix ans. Aussi, l'Institut estime "probable que les niveaux d'imprégnation nationaux aient diminué (…) en lien avec l'effet de diverses réglementations sur la pollution de l'air", comme cela a pu être constaté aux Etats-Unis. La réponse sera donnée par l'étude Esteban, menée par Santé Publique France, dont la publication est prévue d'ici l'année prochaine et qui porte sur des périodes d'analyse proche de celle de l'étude Index.

"Bien qu'aucun seuil ne soit dépassé, ces données ouvrent la voie à de plus amples recherches relatives à l'effet cocktail ou à l'impact sanitaire de la pollution aux particules ultrafines", explique l'Institut. En effet, l'exposition à ces dernières ne peut être mesurée par une étude d'imprégnation. "Nous demandons maintenant à l'Etat le lancement d'une étude épidémiologique et l'ouverture d'un registre des cancers dans le département", déclare par conséquent Véronique Granier à la lumière de ces résultats.

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