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Actu-Environnement

Sauver le climat ou l'économie ?

Le G20 s'est clôturé avec l'annonce de mesures qui reconduisent le modèle de développement actuel, sans poser les bases d'une économie « verte ». Le paradigme de la nature au service de l'économie reste intangible.

Décryptage  |  Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com
La rhétorique de la déclaration finale du G20, rendue à Londres le 2 avril, ressemble à un discours de l'éternel recommencement. Comme le souligne Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre, commente : Restaurer la croissance, réparer le système financier… le G20 nous propose tout simplement de revenir au système qui vient de s'effondrer, avec les mêmes recettes : augmentation du commerce mondial, relance de la demande, liberté des capitaux, libéralisation du commerce. Einstein disait : « Nous ne résoudrons pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés. » Le G20 s'est montré incapable d'innover et va peut-être même plus loin en renforçant ce système défectueux, et notamment le FMI qui se voit doté de l'énorme responsabilité de renflouer les caisses du système, alors qu'il n'a pas vu venir la crise des subprimes…

De l'autre côté du monde, à l'ouest de l'Antarctique, la plaque Wilkins s'est disloquée pendant les pourparlers. Cet événement rare rappelle que la fonte des pôles sera d'autant plus rapide que la chaleur augmentera sur la Terre. Un groupe de scientifiques a alerté, il y a quelques semaines lors d'une conférence à Copenhague, que les dernières observations confirment que le pire des scénarios du GIEC est en train de se réaliser. Les émissions ont continué d'augmenter fortement et le système climatique évolue d'ores et déjà en dehors des variations naturelles à l'intérieur desquelles nos sociétés et nos économies se sont construites, a affirmé le comité scientifique de la conférence. Les prévisions du GIEC anticipent une hausse des températures comprises entre 1,1 °C et 6,4 °C à la fin du siècle par rapport à la période préindustrielle. Stefan Rahmstorf a présenté une étude selon laquelle le niveau des océans pourrait augmenter dans une fourchette de 75 cm à 190 cm d'ici à 2100. Bien au-delà des prévisions du GIEC allant de 18 cm à 59 cm.

Dès lors, les Principes Climat et les Principes Carbone, qui constituent les deux seules initiatives collectives prises à ce jour par les banques internationales pour lutter contre les changements climatiques, paraissent bien dérisoires. Ils ne représentent que des efforts pour accommoder le business as usual. Le nouveau rapport de BankTrack, intitulé « Meek Principles for a Tough Climate » analyse les forces et faiblesses contenues dans ces deux déclarations de principes, toutes deux lancées l'an dernier. Johan Frijns, coordinateur du réseau BankTrack, explique : BankTrack apprécie le fait que les signataires des Principes Climat et Carbone reconnaissent qu'ils doivent participer à la lutte contre les changements climatiques. Etant donné les impacts climatiques énormes du secteur financier via l'allocation de capitaux et d'investissements, il est absolument nécessaire de mettre en place des standards climatiques pour tout le secteur financier. Malheureusement, les Principes Climat comme les Principes Carbone sont très décevants. S'ils contiennent tous les deux des éléments utiles, aucun ne s'attaque aux risques climatiques induits par les financements bancaires avec la rigueur, l'urgence et l'ambition nécessaire.

Même discordance dans les plans de relance européens et étatsunien. Commandée par le WWF et par E3G, une étude réalisée par Ecofys et Germanwatch révèle une incapacité à s'éloigner de choix d'investissement fortement carbonés et à faire le pari des nouvelles technologies vertes. Sur les quinze pays ayant rendu public un plan de relance, seulement cinq et l'Union européenne comportent les données nécessaires pour permettre une analyse de leurs dépenses en matière de mesures de lutte contre les dérèglements climatiques. Cette absence de transparence ouvre la porte à des risques de greenwashing en surévaluant la portée réelle des plans de relance dans le domaine du développement des technologies propres. A contrario, les données collectées – quand elles existent – révèlent que dans le pire des cas, les investissements à forte intensité carbone sont supérieurs aux investissements à faible intensité. L'évaluation du plan de relance français fait une part nette des investissements favorables à la lutte contre les changements climatiques de 6,2% du total. Le WWF et EG appellent donc les pays à mieux détailler l'impact environnemental des plans de relance et à s'assurer que les investissements contribuent à accompagner la transition de l'économie vers un modèle économique décarboné plutôt qu'à l'empêcher, comme c'est le cas pour le moment du G 20, dont la déclaration finale célèbre le business-as-usual.

Reste à espérer que les négociations climatiques, dont la conférence de Bonn vient de conclure une étape intermédiaire, aboutissent à l'adoption d'objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre. C'est ce qu'a annoncé le négociateur américain Todd Stern, évoquant l'engagement des Etats-Unis à réduire leurs émissions en 2020 à leur niveau de 1990, soit une baisse d'au moins 17%. Tout dépend maintenant de la célérité du Congrès américain à boucler le nouveau dispositif législatif qui entérinera ces objectifs, avant ou après le sommet sur les changements climatiques de Copenhague, en décembre prochain. Les moyens ne devront pas annuler les fins : le recours généralisé au marché du CO2 plutôt qu'à une taxe carbone risque d'avoir un nouvel effet pervers qu'il faudra anticiper : l'émergence de subprimes carbone, dès lors que les quotas seront soumis au marché de la spéculation.

Réactions9 réactions à cet article

 
Sauver l'économie sans sauver le climat?

La question posée dans le titre de l'article masque l'aspect essentiel du problème : il sera impossible de sauver l'économie sans sauver le climat. Le maintien d'un climat à peu prêt stable est une condition sine qua non pour ne pas plonger dans une crise économique sans précédent. Le système économique ne survivra pas à un bouleversement climatique aboutissant à un bouleversement du cycle de l'eau et des écosystèmes, qui remettrait en cause les innombrables services gratuits que la nature fournit comme intrants à tout système économique...

plip | 10 avril 2009 à 14h05
 
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Re:Sauver l'économie sans sauver le climat?

Rappelons que le climat, si on veut le sauver c'est pour nous, les pauvres pitits humains qu'on le fait.
La nature, elle, s'en sortira et reprendra son cours qu'elle à depuis des milliards d'années.
Sauver l'économie = rien à fiche de la vie humaine.
Après, vous votez qui vous voulez...

Nuwanda | 14 avril 2009 à 17h54
 
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Re:Re:Sauver l'économie sans sauver le climat?

bonne reflexion.....

la terre elle s'en sortira, faudrait qd meme que les gens se disent que si il faut changer qq chose, c'est pour nous meme, arretons de vouloir "sauver les tits oiseaux".....

romain | 16 avril 2009 à 08h31
 
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Re:Sauver l'économie sans sauver le climat?

aucun souci pour la finance, bien au contraire : de grandes multinationales sont bien en train de procéder au brevetage du vivant, cela pour mieux contrôler l'alimentation planétaire, donc l'humanité in fine, elles breveteront donc bien demain la qualité de l'air, la composition de l'eau, etc. Elles nous forcerons ainsi à acheter ce qui a toujours été un "service gratuit" de la nature jusqu'à présent et qui est donc un gigantesque marché (car vital) en devenir. C'est la logique du cynisme absolu du modèle financier que cherchent désespérément à sauver les grands argentiers du G20, où plusieurs Etats d'Europe tiennent un place importante.
Même conclusion : après ça, vous votez pour qui vous voulez !

Tetrax | 16 avril 2009 à 09h27
 
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Pourquoi continuer?

Bonjour,

Il y a quelques mois, lorsque j'ai présenté à mon professeur d'économie une étude sur la décroissance, je concluais sur le fait que l'économie actuelle est incompatible avec la sauvegarde de l'environnement, et par extension de l'humanité.
Celui-ci m'a évidemment rit au nez, en me précisant que la décroissance est le partage de la pauvreté, et que la croissance, elle, est génératrice de richesse(encore faut-il la partager).
Ce ne sont pas les pouvoirs politiques qui solutionneront le problême, mais bien nous consommateurs.
Analysons nos besoins et évitons d'acheter des choses inutiles,
parceque la vrai mesure économique n'est pas le PIB mais la notion de bien-être.
Si nous continuons à croître, au bout du compte personnes n'y gagnera, car il s'agit bien,là, de la survie de l'homme sur terre.

ilfautréagir | 16 avril 2009 à 10h58
 
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Re:Pourquoi continuer?

certains économistes proposent de passer du Produit Intérieur Brut au Produit Intérieur Doux (rien a voir avec la holding du poulet en batterie concentrationnaire)...

Tetrax | 16 avril 2009 à 16h17
 
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Re:Re:Sauver l'économie sans sauver le climat?

"Même conclusion : après ça, vous votez pour qui vous voulez !"

... si seulement ça suffisait ! je ne crois pas qu'aujourd'hui, avoir une politique de droite ou de gauche à l'échelle de notre pays change la donne. Certains seraient tenté de croire que la gauche pourrait mieux faire sur ce sujet de l'urgence écologique : je n'en suis pas sur (cf. article :"L'évaluation du plan de relance français fait une part nette des investissements favorables à la lutte contre les changements climatiques de 6,2% du total"). En France, ce sujet est je pense l'un des rares à dépasser les clivages droite-gauche, même si il est inéluctable que l'opposition s'oppose, par principe, arguant qu'il faut faire plus, mieux et plus vite. Je ne suis pas un adepte du pouvoir en place, au contraire, mais il faut bien reconnaître qu'avec le Grenelle, même s'il n'est pas parfait, l'avancée est plutôt sans précédent dans notre pays.
Concernant les conclusions du G20, c'est en effet regrettable que la croissance verte n'est pas été au coeur de la réflexion : mais l'urgence de l'action face à la crise n'est t-elle pas la raison de cela ? La mise en place d'une économie durable doit-elle se faire dans l'urgence (en quelques mois!)? Je ne pense pas. Cette révolution verte ne peut malheureusement pas se faire du jour au lendemain, au risque d'agraver dans un premier tps la crise écomonique et social. Elle doit être réfléchie, structurée, équitable et va engendrer des refontes totales de l' économie de certains pays. Or aujourd'hui, il faut apparement agir au plus vite pour engiguer la crise économique. Il y a là une incompatibilité majeure d'échelle de tps. L'équation est complexe et compte de multiples variables.
Alors non, la conclusion n'est pas : "après ça, vous votez pour qui vous voulez !" C'est bcp trop facile et réducteur de la comlexité du problême... Je suis par contre d'accord avec l'idée d'agir à notre niveau de consommateur : c'est nous, à travers notre comportement individuel, que nous influencerons le modèle économique que nous souhaitons.

raisonverte | 17 avril 2009 à 11h12
 
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La dictature du capital financier...

Ne peut se combattre qu'en l'attaquant à son seul point faible : celui des milliardaires fainéants qui ont besoin de nous.
Consommation minimale : on n'a PAS besoin d'une grosse bagnole, d'acheter les derniers yaourts de marque, et de toute façon on bouffe trop et mal. Les besoins humains MOYENS journaliers se résument à 500 g de pain complet, 1 L de lait et une pomme. Alors le sacro-saint menu français du gogo consommateur : entrée, fromage...
Pas de pub, voire pas de TV ! inutile et nuisible, les émissions intéressantes sont rares et tardives.
Pas d'enfant : se contenter de "l'envie" d'avoir des enfants est un crime, il faut penser à leur avenir. Et l'inconscience des bipèdes actuelle obère leur avenir. En outre nous ne donnons pas ainsi de futurs esclaves à "leur" système. Comme disait Coluche : pour qu'ils en vendent, il faut qu'on achète !
Quant aux élections, si elles changeaient quoique ce soit, elles seraient interdites depuis longtemps. Si nous vivons sous sa forme pseudo-démocratique, nous somme sous dictature...

serge | 17 avril 2009 à 15h47
 
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Mélange des genres

Voici à nouveau l'illustration d'une polémique à deux tiroirs:La première concerne un changement de société et cela fait partie du jeu démocratique, je n'ai pas de commentaires à faire.
En revanche, se servir de l'argument du réchauffement climatique pour l'étayer n'a aucun sens. Vous citez l'exemple de la plaque Wilkins qui illustre selon vous l'urgence du problème, or cet exemple est faux. En réalité la plaque Wilkins se trouve à l'extrémité sud de la cordillère des Andes; zone où la plaque subduite passe sous la plaque chevauchante et est le siège de nombreux phénomènes volcaniques. Comme le prouve le cliché de la NASA montrant que cette plaque est exactement à l'aplomb d'un volcan sous-marin. non l'antarctique ne se réchauffe pas, bien au contraire !

vincent | 02 juillet 2009 à 11h08
 
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