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“Selon le rapport du Giec, l'objectif d'1,5°C est possible sans les technologies controversées”

Le rapport spécial du Giec se concentre sur l'objectif de limiter la hausse des températures à +1,5°C. Présenté le 8 octobre, son résumé a été validé lors d'une plénière à Incheon en Corée du Sud.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com
   
“Selon le rapport du Giec, l'objectif d'1,5°C est possible sans les technologies controversées”
Henri Waisman
Coordinateur du chapitre 5 du Résumé à l'attention des décideurs du rapport du GIEC sur les 1,5°C et chercheur senior au sein du programme climat de l'IDDRI, en charge des activités sur les trajectoires de développement bas carbone à long-terme.
© IDDRI
   

Actu-environnement : Les politiques en cours sont-elles compatibles avec une trajectoire à 1,5°C ?

Henri Waisman : L'objet de ce rapport est d'évaluer l'écart des scénarios actuels par rapport à l'objectif de stabiliser la hausse moyenne de la température à +1,5°C à l'horizon de la fin du siècle. Le Giec estime que l'évaluation des émissions telles qu'elles sont rapportées dans les contributions nationales dans leur volet atténuation nous amène à un scénario de 52 à 58 gigatonnes de CO2 à l'horizon 2030. La première conclusion est que cette trajectoire n'est pas cohérente avec l'objectif de 1,5°C, même avec des changements drastiques après 2030.

AE : Cela veut dire que les trajectoires d'émissions, même corrélées aux politiques climatiques nationales, mènent à des émissions excessives (overshoot) ?

HW : Sur la question de l'overshoot différents scénarios sont considérés. L'ensemble des scénarios pour aller à 1,5°C impliquent un point de passage plus faible en 2030 que les contributions nationales actuelles. Le niveau par lequel il faudrait passer tourne autour de 30 gigatonnes de CO2 plutôt que 52.

AE : Quels sont les principaux scénarios de réduction des émissions retenus ? Est-il possible d'atteindre les 1,5°C sans recourir à des solutions à émissions négatives ?

HW : Différents types de familles de scénarios s'appuient sur des solutions très différentes. Les BECCS permettent d'obtenir des émissions négatives mais posent question car il s'agit d'une technologie non expérimentée à grande échelle. Elles peuvent aussi causer une compétition sur l'usage des sols, avec des effets négatifs sur la production agricole si les BECCS sont déployées à grande échelle. Le présent rapport Global Warming of 1,5°C fait ressortir qu'une famille de scénarios est capable de réaliser l'objectif de 1,5°C sans recourir à cette technologie controversée. A condition de mener des actions ambitieuses à très court terme. En l'occurrence, il s'agit de réduire la demande d'énergie, ce qui est un enjeu fondamental, et de recourir à des solutions à séquestration de carbone par les puits forestiers dans une ampleur limitée. On a une combinaison de solutions pour réduire les émissions à court terme et moins dépendre des émissions négatives sur le long terme.

AE : S'agit-il de laisser les fossiles sous terre ?

HW : Le point d'entrée, c'est de construire des systèmes où on n'a plus besoin de ces énergies fossiles, par exemple dans le cadre de la production d'électricité. Il est sans équivoque qu'aller vers un scénario à 1,5°C demande une réduction extrêmement importante de la part des énergies fossiles dans le mix énergétique mais aussi de traiter les questions que cela pose pour les pays qui en dépendent le plus. Il s'agit de transformer les économies afin de transitionner vers des modèles qui dépendent moins de ces énergies.

AE : Les secteurs économiques sont-ils visés ? Quid des secteurs agricoles et des transports ?

HW : Le rapport développe des analyses détaillées sur l'ensemble des solutions. Le secteur des transports est particulièrement important car il repose presque entièrement sur des carburants à base de pétrole. Des mesures sont envisagées sur l'efficacité des véhicules, sur le report modal, mais aussi le changement de carburant, par exemple l'électrification du parc, le recours aux biocarburants, selon les spécificités des pays. Le rapport met en évidence l'ampleur de la transformation qui doit avoir lieu. A l'horizon 2020 les carburants à basse émission ne représentent que 5% environ de l'ensemble des carburants. Or les scénarios proposent de rehausser de 35% à 65% la part des carburants à basse émission à l'horizon 2050. Il y a une volonté de considérer l'ensemble de ces solutions dans leur contexte dans leur diversité, en fonction des contraintes.

AE : Y'a t-il aussi des mesures envisagées pour réduire la demande en transport, au-delà de la substitution d'un carburant par un autre ?

HW : De fait, plus on va agir sur la demande, sur les comportements, plus on va induire de l'efficacité. C'est une approche originale de ce rapport que de considérer les systèmes plutôt que les secteurs : systèmes énergétiques, systèmes de transports, systèmes agricoles, systèmes urbains. Parmi les points identifiés par le rapport, les changements des modes de planification de l'usage des sols et le développement urbain sont des déterminants fondamentaux pour suivre la trajectoire à 1,5°C. On parle de changement structurel, et non à la marge, de l'ensemble du fonctionnement de l'économie, avec un volet fondamental sur l'évolution des infrastructures, en particulier les infrastructures urbaines. Le chapitre sur les transformations systémiques comporte un long paragraphe qui discute explicitement de transitions rapides et de grande ampleur dans les systèmes énergétiques, dans les systèmes de transport, dans les infrastructures urbaines, dans l'usage des sols, dans les systèmes industriels. La question de l'efficacité s'inscrit au sein de la transformation d'un système et non pas indépendamment d'elle. Passer d'une approche sectorielle à une approche systémique pour faire évoluer les systèmes dans leur ensemble, voilà l'apport des nouveaux scénarios.

AE : En ce qui concerne l'évolution des modes de vie, le rapport fait-il des préconisations ?

HW : La question des modes de vie en général est un aspect fondamental au sein d'un système. Qui dit évolution urbaine dit évolution des modes de vie, des déplacements vers le centre ville, qui vont dépendre du réseau des transports en commun. C'est pourquoi grouper ensemble la question urbaine et la question des infrastructures a été un point crucial du rapport. Le changement systémique concerne aussi la question des modes de vie.

AE : Que dit le rapport sur la géo-ingéniérie ?

HW : A la différence des technologies d'émissions négatives qui cherchent à retirer du carbone de l'atmosphère, la géo-ingénierie cherche à agir sur le système climatique sans agir sur la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Elle n'est pas traitée dans le rapport, parce qu'en l'état actuel des recherches on n'est pas capable de quantifier les caractéristiques des solutions de géo-ingéniérie. De plus, de telles solutions ne prennent pas en considération d'autres effets de la concertation de carbone dans l'atmosphère comme l'acidification des océans. Les évaluations faites montrent qu'il est tout à fait possible d'aller vers 1,5°C sans recourir à ces technologies.

AE : Est-ce qu'on peut stabiliser la température globale à 1,5°C en tenant compte de l'équité ?

HW : Le rapport met l'équité au centre. Les scénarios à 1,5°C demandent à tous les pays de faire des efforts importants en termes de réduction de gaz à effet de serre. Ils invitent à mettre la question de l'équité au cœur de la question en fonction des réalités sociales de chaque pays. On vise un mix de politiques que les pays peuvent s'approprier de manière spécifique à chaque contexte. Par ailleurs la coopération internationale demeure la condition nécessaire, un critère critique pour les pays en développement et les régions les plus vulnérables. C'est l'objet du Dialogue de Talanoa qui va se dérouler en marge de la COP 24 d'avoir cette discussion collective sur l'équité des transitions.

AE : Comment s'est passée l'adoption du rapport ?

HW : Le présent rapport est accepté par tous les pays membres du Giec. Chaque ligne est passée par une approbation en plénière. Concrètement il y a un consensus sur le rapport et sur le résumé à l'attention des décideurs. Cette semaine tous les pays ont participé de façon intense et constructive. On se retrouve dans une salle avec des centaines de paires d'yeux qui regardent le même texte selon leur propre point de vue. L'exercice qui a été fait cette semaine a été d'essayer d'extraire les éléments pertinents pour la décision politique et de s'assurer que le rapport était équilibré. Les discussions n'ont pas altéré le contenu du rapport mais ont permis de clarifier certains points.

Réactions4 réactions à cet article

 

La trajectoire n'est pas cohérente avec l'objectif de 1,5°C, même avec des changements drastiques après 2030.
en fait réduire la demande d'énergie, enjeu fondamental, ne saurait contredire le recourir à des solutions à séquestration de carbone par les puits de carbone (forestiers)
l'équité des transitions par rapport à quoi?
approche sectorielle à une approche systémique pour faire évoluer les systèmes dans leur ensemble comme apport nouveaux de scénarios, pourquoi pas, mais ceci devrait concerner des régions sans frontières imaginaires et psychologique. ex. reboiser en Afrique du nord ne pourrait qu'améliorer les conditions climatique en Europe A+

DAOUD | 09 octobre 2018 à 08h23
 
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Etonnant ce GIEC... Comment croire que ce "machin" intergouvernemental préconise un changement radical de l'économie alors que les gouvernements de tous les pays qui le composent sont d'ardents libéraux plus ou moins démocrates (dont certains sont mêmes d'anciens associés-gérants de banques transnationales) ?
Réduire la demande en transport pourrait commencer par arrêter de trimballer des "experts" à travers le monde en avion pour voler de sommet de la dernière chance en sommet de la dernière chance.
De qui se moque-t-on ?

Albatros | 09 octobre 2018 à 19h14
 
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Quid du transport aérien, le plus émetteur de GES parmi les systèmes de transport ? Le trafic aérien se développe plus rapidement que les autres secteurs, sans TVA ou presque, avec un carburant détaxé, plus polluant que le Diesel.

Patric | 11 octobre 2018 à 09h57
 
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Pas touche au transport aérien voyons ! Comment voulez-vous que nos sauveurs de planète professionnels puissent voler de sommet de la dernière chance en sommet de la dernière chance ?
Et puis, c'est le paradis pour de braves gens comme notre Nobel Saint Jean Jouzel de l'Apocalypse: regardez comme il est épanoui, ça devrait vous faire plaisir !

Albatros | 14 octobre 2018 à 21h48
 
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