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Les poids plumes contre les poids lourds de l'énergie

Le monde énergétique est en pleine mutation. De nouveaux modèles de production et de consommation voient le jour. Grégory Lamotte, fondateur de Comwatt, livre ses réflexions sur les conséquences de ces bouleversements pour les poids lourds de l'énergie.

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Environnement & Technique N°363 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°363
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Comme nous l'avons observé avec la transition digitale en cours, la transition énergétique va apporter des vagues d'innovations successives qui vont redistribuer les cartes. Chaque vague nous apportera un lot de nouveautés qui va effriter progressivement les anciens modèles, les poids lourds actuels de l'énergie seront-ils les mieux placés dans la compétition acharnée qui s'annonce ? Faut-il miser sur les poids plumes ? Eléments de réflexion.

La première vague de l'autoconsommation

Chaque bâtiment produit de l'électricité sur sa toiture pour couvrir une partie de ses besoins à un prix moins cher que le réseau. En effet, avec la baisse du prix du solaire, prix divisé par quatre en quatre ans, il devient plus rentable d'utiliser l'électricité produite sur place que de la vendre. Dubaï Electricity vient par exemple de signer un contrat d'achat en mai 2016 pour se fournir en l'électricité solaire à 2,6c€/KWh. La production locale solaire est donc devenue l'énergie la moins chère du monde, moins chère que le nucléaire, le charbon et que le gaz de schiste. Ceci est une très bonne nouvelle pour tous, car la baisse du solaire va encore s'amplifier et demain tout le monde pourra en bénéficier.

Chacun pourra acheter, vendre ou échanger l'énergie avec ses voisins

Pour comprendre ce qui va se passer dans le monde de l'énergie, regardons ce qui s'est passé dans le monde du transport. La plateforme de Blablacar vous permet d'aller d'un point A vers un point B en payant bien moins cher qu'avant. Le conducteur paye l'essence, le péage, l'assurance, l'usure de la voiture, mais comme il y a une synchronisation de l'offre et de la demande, le prix de revient pour chacun se réduit de manière drastique. Pouvons-nous réduire notre facture d'électricité en nous synchronisant et en contractualisant avec nos voisins ?

Regardons vers l'Allemagne, véritable laboratoire permettant de comprendre ce qui va se passer dans le monde de l'énergie de demain. Le pays dispose de 40 GW de solaire et 40 GW d'éolien. Quand le soleil brille et que le vent souffle, c'est comme si d'un seul coup 60 centrales nucléaires se mettent en marche, à un moment qui ne correspond pas toujours à une forte demande. Comme il y a un manque de synchronisation naturel entre l'offre et la demande et que les capacités de stockage sont très faible (3%), le prix du KWh fluctue beaucoup dans une même journée. Il atteint même régulièrement des prix négatifs !!! Ce qui est plutôt rare dans un système d'économie de marché.

Observons ce qui se passe au nord du Chili. Là-bas, la production excède largement la demande locale et le prix de vente s'écroule. L'électricité a même été carrément gratuite dans cette région en juin dernier. Ne seriez vous pas prêt à acheter à votre voisin une énergie à prix discount quand il produit davantage qu'il ne consomme ?

Pour que cette deuxième vague puisse se mettre en place chez les particuliers, il faut au préalable qu'ils s'équipent de smartmeter permettant de compter les flux d'énergie. En Italie et aux USA les compteurs intelligents permettent dès à présent de réaliser ce type de transactions. Mais en France nous allons devoir attendre le déploiement de Linky, qui devrait permettre d'avancer sur cette voie. Une fois ces smartmeter en place, il existe dès à présent des outils collaboratifs fondés sur le blockchain, comme par exemple le projet de Brooklyn à New York, qui permettent aux consommateurs/producteurs de mettre en place des transactions sécurisées pour un prix proche de zéro.

Commercialisation du surplus d'électricité non consommé.

Depuis deux ans, la plupart des grands groupes (Apple, Google,...) investissent dans le solaire pour faire baisser leur facture d'énergie. La plupart se sont même engagés à couvrir 100% de leur besoins en électricité avec des ressources renouvelables d'ici 20 ans, voir le projet RE100. Pourquoi tous ces grands groupes du digital investissent autant dans le solaire ? Siddharth Mundra, directeur des énergies renouvelables chez Google, nous donne un éclairage dans un communiqué.  "C'est bon pour l'environnement, bon pour les familles et bon également pour les affaires."

Ces grands groupes du digital consomment beaucoup d'électricité et cela pèse de plus en plus sur leurs frais fixes. A l'époque où il fallait investir dans une centrale nucléaire ou un barrage pour faire baisser la facture, la marche technologique à franchir était trop importante même pour un grand groupe. Mais maintenant que la manière la plus rentable de produire son électricité est de le faire localement d'une manière très simple… c'est toute cette logique qui s'inverse. Tous les grands groupes deviennent progressivement producteur d'énergie et vont devoir apprendre à gérer ce nouveau métier, comme ils gèrent depuis longtemps leur service comptabilité, finance, production… Mais autant Apple est un poids lourd du digital, autant c'est un poids plume dans le monde de l'énergie. L'intégration de ce nouveau métier n'est pas sans poser quelques problèmes pour certains. Après avoir investi des dizaines de milliards dans le solaire, les grands groupes se retrouvent parfois à produire davantage qu'ils ne consomment. Pour résoudre ce problème, Apple a annoncé en juin dernier que l'entreprise allait devenir fournisseur d'électricité afin de tenter de valoriser, même à bas prix, cette énergie qu'elle ne consomme pas.

Si nous regardons du côté de l'industrie automobile, il se passe également des choses incroyables au niveau de la commercialisation de l'électricité. Une voiture électrique a besoin de 23 kWh pour faire 100 km alors que la consommation moyenne d'une famille française est de 16 kWh par jour. Les voitures vont bientôt consommer davantage d'électricité que les logements, ce qui donne des idées de nouveaux modèles économiques à certains. Elon Musk est le co-fondateur du fabricant de voitures électriques Tesla, une entreprise créée en 2003, déjà valorisée plus de 30 Milliard $ (plus que Renault et Peugeot réuni). En même temps qu'il est devenu fabricant de voiture, il est devenu distributeur d'électricité afin d'équiper le monde entier de ses super-chargeurs. Ainsi, quand vous achetez une voiture Tesla vous achetez en même temps également l'accès gratuit à tous les chargeurs de Tesla. Ce type d'offre est un modèle innovant analysé en ce moment par beaucoup d'entreprises et qui va probablement se répandre très vite avec la baisse du coût de production de l'électricité. Si Apple, Tesla et les principaux grands groupent commencent à commercialiser de l'électricité à bas prix, comment les poids lourds de l'énergie vont pouvoir résister ?

Les acteurs historiques bousculés

Le stockage de l'énergie est pour l'instant à un prix prohibitif pour équilibrer les réseaux. A quel prix les particuliers, les entreprises et les grands groupes vont pouvoir commercialiser l'énergie qu'ils ne consomment pas ? A quel prix les installations solaires et éoliennes ayant bénéficié d'un tarif d'achat vont vendre l'énergie sur les marchés une fois l'investissement initial amorti ? La réponse à ces deux questions est la même : le prix de production va tendre vers zéro pendant des périodes de plus en plus importantes. Les dirigeants des producteurs centralisés d'électricités sont désormais face à un important dilemme : soit ils opèrent un virage à 180 degrés et investissent dès maintenant dans les énergies renouvelables décentralisées pour baisser leur coût moyen de production et fermer progressivement les anciens moyens de production centralisés ; soit ils font l‘autruche, tentent d'user jusqu'à la corde leurs anciens moyens de production en espérant que cela tienne jusqu'à ce qu'ils partent à la retraite.

EDF et ENGIE semblent avoir fait des choix opposés, personne ne sait qui a fait le bon choix. Mais au delà du choix de la stratégie gagnante, qui pourra la mettre en œuvre avec assez de vitesse ? Car cette mutation va très vite : il a fallu 40 ans pour poser un million de toitures solaires aux USA… On devrait arriver à deux millions dans deux ans. Les poids lourds de l'énergie pourront-ils muter assez vite sachant que leur poids qui leur donne aujourd'hui toute leur force pourrait devenir un frein.

Avis d'expert proposé par Grégory Grégory Lamotte, fondateur de Comwatt

Réactions4 réactions à cet article

 

C'est la fable du chêne et le roseau remise au goût du jour:
Le puissant chêne nucléaire résiste avec sa morgue et son EPR qui marchera (peut être?) en 2019, plus son grand carénage (catastrophique à Paluel dès le premier 1300), pendant que le roseau éolien plie sous le vent qui fait tourner de plus en plus de machines.
Ajoutons que la perte supplémentaire de 268 000 abonnés qui sera annoncée demain, les inscriptions se clôturant ce soir dans l'action de groupe UFC, ne va pas simplifier les finances de notre autruche nationale.

pierren | 21 septembre 2016 à 10h57
 
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Bonjour,
l'aveuglement et la pratique de l'autruche tiennent exclusivement à nous. Certes, il n'y a pas hélas de références politiques! Comment donc se limiter à un Sarcozix ou un transfuge que s'appelle de gauche qui se borne à une date alors que le truc risque de contaminer un pays ...ou plusieurs!. Ici, on a le vote et cela nous le gaspillons dans des querelles in-su-por-tables ...

Maes | 22 septembre 2016 à 08h47
 
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Article très intéressant, mais focalisé sur la consommation d'électricité des classes aisées des pays riches.
- Pas un mot sur le vrai problème mondial de l'électrification des pays pauvres et émergents (à quand les taxis-brousse Tesla ?)
- Pas un mot sur la précarisation croissante des plus pauvres dans les pays "riches"
- Au plan macro, une focalisation sur l'unique question de l'électricité sans un mot sur les principaux postes de consommation d'énergie finale, chaleur et transports, et du lock-in fossile de ces deux secteurs.
Je reconnais qu'il ne s'agit pas du pitch du papier mais il est quand même difficile de faire une impasse totale sur ces points qui sont appelés à structurer le marché mondial de l'énergie dans les décennies à venir.

ltdrogo | 22 septembre 2016 à 09h53
 
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Utopie des plus dangereuses... Le solaire ou l'éolien en France, c'est l'obligation pour EdF de l'acheter 3 fois plus cher que le prix de revient du nucléaire tout en devant le revendre à perte. Les bagnoles, avec quoi va-t-on les recharger en hiver (quand elles consomment un maximum, à cause du chauffage) en période sans vent ?! Et on ne sait pas créer un réseau de taille nationale stable avec juste des petits moyens locaux dispersés, il faut de très grosses unités pour stabiliser la fréquence : le black-out est garanti au moindre accident météorologique. Que les GAFA essayent de se faire du fric par tous les moyens donc aussi avec l'énergie, c'est normal, c'est leur métier. Attention aux graves déconvenues : on ne joue pas avec la fourniture en énergie d'un pays voire d'un continent. A cette aune, les Allemands sont d'une totale irresponsabilité, qui nous inondent d'électricité à prix négatif.

dmg | 24 septembre 2016 à 21h34
 
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