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L'impact des parcs photovoltaïques en zones naturelles suscite des inquiétudes

Le photovoltaïque fait partie des deux axes prioritaires du gouvernement pour développer les énergies renouvelables. Mais l'impact sur la biodiversité des parcs implantés en zones naturelles ou agricoles pose question.

Biodiversité  |    |  L. Radisson
L'impact des parcs photovoltaïques en zones naturelles suscite des inquiétudes
Actu-Environnement le Mensuel N°430
Cet article a été publié dans Actu-Environnement le Mensuel N°430
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Lors de son déplacement à Saint-Nazaire, jeudi 22 septembre, Emmanuel Macron a rappelé l'objectif de multiplier par dix la puissance installée de production solaire d'électricité d'ici à 2050. Un objectif qu'il avait annoncé à Belfort, en février dernier. Le chef de l'État a confirmé vouloir équilibrer installations en toitures et parcs au sol. À la veille de la présentation du projet de loi d'accélération des énergies renouvelables en Conseil des ministres, se pose la question de l'impact sur la biodiversité des parcs photovoltaïques construits en zone naturelle ou agricole.

Certaines parties prenantes ont déjà étudié la question. C'est le cas d'Enerplan, syndicat des professionnels de l'énergie solaire, qui avait lancé une première étude, parcellaire, sur l'impact des parcs au sol, dont les résultats avaient été dévoilés en mars 2021. Elle montrait que tous les résultats n'étaient pas négatifs, en particulier pour la flore. En juillet de la même année, l'Agence de la transition écologique (Ademe) a proposé une feuille de route pour réduire l'empreinte environnementale du photovoltaïque dans laquelle elle préconisait de favoriser les installations sur bâtiments.

Une nouvelle brique est apportée à ces connaissances par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), à l'occasion des XIIes Assises nationales de la biodiversité, qui se sont tenues du 7 au 9 septembre à Besançon. L'association de protection de la nature a en effet présenté une synthèse des connaissances scientifiques sur les impacts des centrales photovoltaïques au sol. Le rapport est en voie d'achèvement.

Impacts sur les habitats naturels

« Les impacts les plus importants du photovoltaïque sur l'environnement sont les impacts sur les habitats naturels », explique Geoffroy Marx, responsable du programme énergies renouvelables et biodiversité à la LPO. L'emprise des panneaux est d'environ 0,5 hectare par mégawatt. « Les surfaces imperméabilisées sont assez réduites, explique le spécialiste, mais la surface artificialisée est énorme du fait de l'ombrage et de la modification des conditions hydriques et d'ensoleillement. »

“ La surface artificialisée est énorme du fait de l'ombrage et de la modification des conditions hydriques et d'ensoleillement ” Geoffroy Marx, LPO
Au-delà de l'emprise des panneaux, des impacts importants sont enregistrés durant les travaux du fait des terrassements, des fouilles archéologiques, du raccordement, du compactage du sol ou encore du débroussaillage. À l'issue du chantier, les habitats naturels et la flore sont modifiés. « Des habitats peuvent se retrouver fractionnés et des corridors écologiques altérés. Directement ou indirectement, les cortèges faunistiques s'en trouvent affectés : insectes, reptiles, amphibiens, oiseaux, chauve-souris, etc. », énumère M. Marx. Mais les impacts sont très variables selon les sites : ils sont d'autant plus importants que les milieux sont riches en biodiversité.

En phase d'exploitation, la végétation va évoluer. Les plantes communes vont prendre le dessus dans les délaissés et les inter-rangs. Pour retrouver la végétation d'origine, il faudra mettre en œuvre des mesures de gestion adaptées et pérennes, comme des fauches tardives. « Des plantes exotiques envahissantes peuvent être disséminées, voire importées en cas d'apport de terre végétale extérieure », explique aussi le représentant de la LPO. L'impact des panneaux eux-mêmes par ombrage sur la végétation dépend beaucoup de la conception du projet. Geoffroy Marx cite ainsi le parc de Cestas (Gironde), plus grande centrale solaire française, où la végétation a du mal à revenir sous des panneaux situés à seulement 80 cm du sol. Ce qui ne sera pas le cas de projets d'agrivoltaïsme peu denses. Quant aux clôtures ceinturant les centrales, elles ont un effet négatif sur la faune terrestre en contraignant le déplacement des mammifères, mais elles peuvent aussi avoir un effet réserve pour certaines espèces.

Raréfaction de certains insectes et petits vertébrés

L'impact principal sur les espèces est lié à la perte d'habitats naturels, qui peut provoquer « une raréfaction de certains insectes et de petits vertébrés terrestres ou aquatiques puis, par ricochets, des oiseaux et chauves-souris qui s'en nourrissent ». L'ouverture du milieu pourra, en revanche, favoriser l'arrivée d'espèces d'oiseaux inféodés à ces milieux au détriment des espèces de forêts ou de lisières. Cette ouverture va aussi favoriser l'ensoleillement, bénéfique aux pollinisateurs. Mais l'ombrage des panneaux va, au contraire, constitué un facteur d'aversion pour les insectes, qui vont avoir du mal à détecter les couleurs des fleurs, lesquelles produisent par ailleurs moins de nectar.

Les panneaux peuvent aussi constituer des pièges pour certains insectes, qui les confondent avec des surfaces aquatiques et viennent y pondre. « Il est donc recommandé de ne pas implanter les parcs à proximité immédiate de zones humides ou de zones en eau », explique M. Marx, qui évoque également la possibilité d'apposer un texturage ou des bandes blanches sur les panneaux. Le risque de mortalité par collision avec les panneaux est minime pour les oiseaux, mais des cas de blessures à la mâchoire de chauve-souris cherchant à s'abreuver ont été documentés. Là-aussi, les texturages, mais aussi l'inclinaison des panneaux, auront un rôle à jouer.

Si l'implantation des parcs terrestres est déconseillée à proximité des plans d'eau, on constate en revanche le développement de parcs flottants. Mais les connaissances de leur impact sur la biodiversité restent pour l'heure limitées. Les exploitants mettent en avant les avantages liés à une baisse de la température de l'eau, un impact bénéfique sur la prolifération des algues et une diminution de l'évaporation de l'eau. « En réalité, il y a quelques impacts négatifs », corrige le représentant de l'association de protection de la nature. Et de citer, pêle-mêle : les risques de pollution et les nuisances liées aux bateaux, l'altération des berges et du fond du plan d'eau, les champs électromagnétiques, la baisse de la luminosité et de la photosynthèse, la dégradation des flotteurs dans l'eau, l'effet récifal favorable aux espèces exotiques envahissantes ou encore les fientes d'oiseaux qui pourraient être une cause de pollution des eaux.

Ne pas implanter les centrales dans les espaces naturels

« Le choix du site est primordial, car de l'altération des habitats découle tous les autres impacts », explique Geoffroy Marx. De nombreuses publications recommandent, par conséquent, de ne pas implanter les centrales dans les espaces naturels ni en substitution d'espaces agricoles. Les pouvoirs publics, de leur côté, veulent promouvoir un développement équilibré entre installations sur toitures et installations au sol. « On voit une complémentarité », explique Bertrand Aucordonnier, chargé de mission systèmes électriques renouvelables à l'Ademe. Au sol, la production est, en effet, plus importante et le coût inférieur.

« Mais il faut privilégier le photovoltaïque en toitures ou les centrales sur des sols déjà artificialisés », plaide le représentant de la LPO, qui s'oppose au développement des projets d'EnR dans les espaces naturels, en particulier dans les zones Natura 2000. Dans l'avis qu'il a rendu sur le projet de loi d'accélération des EnR, le Conseil national de la transition écologique (CNTE) regrette d'ailleurs l'absence de dispositions spécifiques pour développer le photovoltaïque sur toiture, « dont l'impact environnemental est bien plus faible que celui du photovoltaïque au sol ».

Concernant l'agrivoltaïsme, des mesures de réduction des impacts, comme le rehaussement des panneaux, une moindre densité ou des panneaux mobiles, semblent toutefois possibles, rapporte Geoffroy Marx. Mais le développement de cette technique, qu'Emmanuel Macron souhaite promouvoir, n'est pas du goût des organisations agricoles. Dans une lettre ouverte, la Confédération paysanne alerte ce dernier sur « une notion marketing qui vise à légitimer un opportunisme foncier et financier dans un contexte économique et climatique difficile à supporter pour le monde paysan ». Jeunes Agriculteurs, de son côté, réclame un moratoire sur « un phénomène de spéculation et de détournement de la vocation nourricière des fermes dans un contexte démographique inédit ».

En tout état de cause, en cas d'implantation au sol, « la reconquête de la biodiversité locale nécessite des mesures de gestion adaptées et pérennes », explique M. Marx. Celui-ci pointe toutefois un gros point noir en la matière : l'absence de protocole de suivi de la phase d'exploitation par rapport à l'état initial du milieu avant implantation du parc. C'est la raison pour laquelle la LPO milite pour un classement des parcs photovoltaïques au titre des installations classées. À l'instar des éoliennes terrestres.

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