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La Rochelle lance un agrégateur de carbone territorial

L'agglomération rochelaise a l'ambition de devenir le premier territoire urbain littoral à zéro carbone d'ici à 2040 grâce à un système d'échange local de crédits carbone.

Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com
La Rochelle lance un agrégateur de carbone territorial

Dès 2020, tout citoyen, ou entreprise, désireux de participer à la transition écologique pourra échanger des crédits carbone sur le territoire de l'agglomération de La Rochelle, qui compte 170.000 habitants. La vocation de l'initiative "La Rochelle territoire Zéro carbone" est de mettre en musique les compétences du territoire afin de "créer une dynamique inédite", selon les termes du maire, Jean-François Fountaine, président de la communauté d'agglomération, dans une "vision globale" qui impliquera l'ensemble des acteurs, citoyens, collectivités et entreprises.

L'objectif est de diviser par deux l'empreinte carbone du territoire d'ici à 2030 pour atteindre la neutralité carbone en 2040. Il s'agit d'une véritable mobilisation de la société rochelaise en faveur d'une nouvelle trajectoire et d'un démonstrateur à grande échelle. Lauréat de la première étape de l'appel à projets ''Territoires d'innovation'' du Programme d'investissements d'avenir, La Rochelle bénéficie d'une enveloppe de 400.000 euros pour financer l'ingénierie de développement de ce projet.

Ce consortium territorial propose de relier des initiatives déjà opérationnelles dans les domaines de la préservation du littoral, du bâtiment, l'écologie industrielle, la mobilité et les énergies renouvelables via une plateforme de données qui permettra de suivre les consommations carbone du territoire. Dans la mise en place de cette plateforme locale, l'agglomération jouera le rôle de tiers de confiance pour récupérer, rendre accessible et exploiter les données.

Adossé à cette plateforme de données, l'agrégateur de carbone est un outil coopératif permettant l'émission et la vente de crédits carbone à l'échelle territoriale. L'agrégateur réunira les porteurs de projets et les acheteurs. Il permettra de comptabiliser le poids des actions dans le bilan carbone du territoire et de mettre en place un système de compensation performant. Au final, ce dispositif, éligible à la Stratégie nationale bas-carbone, servira à co-financer des projets territoriaux climatiquement cohérents.

La protection de 10.000 hectares de marais inscrits dans l'agglomération rochelaise permettra de valoriser l'espace littoral, vaste puits de carbone. "Mangroves, herbiers marins et marais salés sont des écosystèmes qui captent beaucoup de CO2 , le transforment et le stockent dans la biomasse vivante de façon transitoire et dans les sédiments à plus long terme. Une fois estimée, la capacité de stockage d'un écosystème – le carbone bleu - pourra être défalquée du bilan carbone global", estiment les porteurs du projet.

Une dynamique en réseau

Outre la valorisation du "carbone bleu", la dynamique de ce projet s'appuie sur la ville, la communauté d'agglomération, le réseau d'acteurs économiques Atlantech, le port de commerce et l'université. Autour de ces cinq partenaires principaux, un écosystème de 80 associations est également engagé dans le projet. L'objectif est de mobiliser les forces vives du territoire, en impliquant le plus largement possible les citoyens.

Exemple : une entreprise dont l'objectif est de convertir sa flotte de véhicules en véhicules électriques pourra être financée par d'autres acteurs qui, eux, compenseront leurs émissions par l'achat de crédits carbone auprès de cette entreprise "via l'agrégateur", explique Anne Rostaing, chef de projet énergie au sein d'Atlantech, en charge du pilotage de l'agrégateur carbone. "La plateforme de certificats d'émissions, qui est en cours de constitution sous la forme d'une Société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), va lui apporter un co-financement. On va ainsi pouvoir valoriser ses réductions d'émissions".

L'ancrage territorial du dispositif est également important. Par exemple, l'entreprise qui va convertir sa flotte dans des véhicules électriques sera mise en relation avec un fournisseur d'ombrières photovoltaïques pour alimenter, sur son parking, les véhicules électriques stationnés. Ou bien cette entreprise pourra utiliser l'autoconsommation pour produire de l'hydrogène. Au final, ce seront au moins trois acteurs qui seront ainsi agrégés sur le territoire. Dans chaque cas, un plan d'action est mis en œuvre, afin de conjuguer les filières identifiées sur le territoire : mobilité, autoconsommation, bâtiment, écologie industrielle. L'agrégateur met en connexion les acteurs pour valoriser économiquement les réductions de gaz à effet de serre.

Emmener toute la collectivité dans une trajectoire commune

Les crédits carbone n'inonderont-ils pas la plateforme ? "Il n'y aura pas trop de certificats car on est sur une additionnalité, selon le référentiel du label Bas carbone. En l'occurrence, 60 % de l'espace de notre agglomération est agricole, constitué majoritairement de grandes exploitations céréalières. Dans ce domaine, on compte beaucoup de porteurs de projets, qu'il s'agisse d'agroforesterie, de plantation de haies, de diversification de l'assolement par la plantation de légumineuses pour augmenter le pouvoir de captation du CO2 par les sols. L'agrégateur de carbone pourra aider ces acteurs à comptabiliser et à vendre des crédits carbone aux autres acteurs engagés, notamment les entreprises concernées par la RSE", soutient Anne Rostaing.

Il s'agira pour ces entreprises moins de compenser que de contribuer à une transition écologique locale sous la forme de la consolidation d'un écosystème économique. Dans le domaine du bâtiment, l'enjeu sera autant de récupérer des crédits carbone que de participer, pour les promoteurs comme pour les vendeurs de fenêtres, au développement du marché local en réduisant de manière volontaire leur impact environnemental. On constate que les entreprises sont déjà fortement demandeuses : le label Bas Carbone a déjà entraîné, en France, près de deux millions et demi de tonnes de CO2 équivalent évitées.

"Au-delà des entreprises, c'est aussi l'ensemble des citoyens qui seront impliqués, à charge pour chacun de s'engager dans une économie de carbone en tant que porteur de projet. Même les touristes, nombreux dans la région, pourront contribuer", souligne Anne Rostaing. "Au final, le volet carbone doit devenir systématique dans toute action publique ou privée. Nous tablons sur 150.000 projets pour diviser par deux les émissions d'ici à 2030. Grâce à un dénominateur simple à valoriser, nous pensons pouvoir impliquer chacun, citoyen, collectivité, entreprise, dans cette trajectoire commune."

Réactions3 réactions à cet article

 

Certes le "carbone bleu" du territoire est ici un atout majeur pour atteindre l'objectif, mais félicitations à l'agglomération pour cette démonstration de l'efficacité du "penser global-agir local"

Jack | 09 mai 2019 à 09h14
 
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La Rochelle se lance dans le business carbone. Est-ce vraiment réaliste ? Que va-t-elle en tirer ? Lisez ce que pense le grand juriste du droit travail et philosophe, Alain Supiot, qui exerce au Collège de France, de "La gouvernance par les nombres" ed. Fayard. Cette gouvernance ne vise qu'à contourner la démocratie au profit de ceux qui en tirent les ficelles, et à ne résoudre aucun problème. Tel est l'enjeu du marché carbone, du marché de la biodiversité et du marché qui liera les deux.

ouragan | 09 mai 2019 à 11h59
 
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Bravo à Ouragan. Je n'aurais pas dit mieux sur l'escroquerie des empreintes carbone et des artéfacts que sont les marchés carbone.

Albatros | 15 mai 2019 à 17h57
 
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