Robots
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

À Locminé, Liger optimise tous les maillons de la chaîne de méthanisation

Créer une économie autour de la méthanisation pour rendre la filière rentable, tel est l'objectif que s'est fixé la SEM Liger. Après avoir fait la preuve de son modèle, elle entend essaimer ailleurs en France.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com
À Locminé, Liger optimise tous les maillons de la chaîne de méthanisation

« La méthanisation n'est pas une fin en soi, c'est un début. » En quelques mots, Joël Tanguy, directeur technique de la société d'économie mixte (SEM) Liger, résume l'état d'esprit qui a guidé le projet de méthanisation de la commune de Locminé, dans le Morbihan.

Si la motivation initiale était de réduire la dépendance du territoire aux énergies fossiles, en se basant sur les ressources locales, « on a toujours défendu l'idée d'aller plus loin », explique-t-il. Au-delà de la cogénération et de la production de biométhane pour l'injection, d'autres voies de valorisation ont été développées : station bioGNV, mais aussi valorisation des sous-produits par l'épandage, la production de compost et, pourquoi pas demain, la pyrogazéification…

À Locminé, la logique d'économie circulaire est appliquée à tous les maillons de la chaîne ; la recherche d'optimisation et de valorisation est permanente. « Notre objectif est d'aller chercher l'équilibre financier, sans le soutien de l'État, pour que la filière soit viable. Il est nécessaire de rendre rentables les équipements de méthanisation, sinon on compromet leur renouvellement demain. C'est ce qu'il s'est passé en Allemagne », explique Joël Tanguy.

Pour valoriser cette expérience, en 2018, la SEM a donné naissance à une SAS, Liger BioConcept. La société prend en charge les développements extérieurs (stations bioGNV…) et accompagne d'autres projets de territoires.

Optimiser la recette pour produire un gaz de qualité

Le méthaniseur, mis en service en novembre 2016, accueille jusqu'à 45 matières différentes, produites dans un rayon de dix à douze kilomètres autour du site : des déchets de collectivités, des effluents agricoles (lisiers d'élevages) et une majorité de déchets issus des industries agroalimentaires alentours (abattoirs, biscuiteries, usines de transformation…).

La spécificité de ce territoire, riche en industries agroalimentaires, permet à Liger de faire la fine bouche quant aux intrants sélectionnés et, ainsi, d'optimiser la recette. « Nous avons réalisé un gros travail sur les matières pour avoir un biogaz de qualité, explique Joël Tanguy. La méthanisation implique de respecter la biologie du vivant, il faut la comprendre, la suivre, l'optimiser pour obtenir la qualité. C'est nécessaire pour garantir le bon vieillissement des installations et la rentabilité économique du projet », estime-t-il. Résultat : un biogaz composé à 70 % de méthane, ce qui a permis d'augmenter la production du site de 60 m3/h, estimés, au départ, à 130 m3/h. Le biogaz produit est triplement valorisé : la cogénération permet de produire de l'électricité et de la chaleur (valorisées dans le réseau de chaleur), le biométhane est injecté dans le réseau. Une partie est valorisée dans une station bioGNV, qui alimente des poids lourds, des véhicules de particuliers ou d'entreprises. « La station distribue près de 280 000 kg de bioGNV par an, soit l'équivalent de 334 000 litres de gasoil », détaille Joël Tanguy.

Créer un réseau national de stations GNV en circuit-court

Afin de créer une boucle locale, une station de bioGNV grand public a été ouverte en 2017 à Locminé, avec une cinquantaine d'utilisateurs réguliers (particuliers, entreprises locales, camions de la collectivité). À 0,70 € l'équivalent litre d'essence, le carburant au méthane est attractif. Mais pour que cette mobilité se déploie réellement, les stations bioGNV doivent mailler le territoire.

C'est pourquoi la société Liger BioConcept, via sa filiale Karrgreen, entend renforcer le réseau français de stations bioGNV. L'objectif : installer plus de 150 stations d'ici 2024. Des premières stations devraient voir le jour en 2020, notamment à Ploërmel (Morbihan) et à Rethel (Ardennes).

 
Notre objectif est d'aller chercher l'équilibre financier, sans le soutien de l'État, pour que la filière soit viable.  
Joël Tanguy, directeur technique de la société d'économie mixte Liger
 
Pour atteindre cet objectif, Karrgreen vient de signer un accord stratégique avec Prodeval, qui produira les stations. L'idée est de reproduire le modèle de Locminé, basé sur une production locale de biométhane : « Le modèle Karrgreen repose sur des schémas d'économie circulaire impliquant des agriculteurs, des coopératives, des transporteurs, des acteurs de territoire », soulignent les partenaires.

Le cahier des charges est précis : « Les stations Karrgreen seront détenues par des sociétés de territoire (des SAS) qui auront comme actionnaires majoritaires des acteurs des territoires concernés et ce, afin que la valeur ajoutée reste durablement sur chaque territoire pour accompagner les mutations profondes des modèles sociétaux ».

Les stations seront destinées en priorité aux transporteurs routiers (poids lourds, cars, bus…). Elles seront également dotées de bornes de recharge électriques. Mais là aussi, la station devra fournir une électricité 100 % renouvelable, « avec certificat d'origine garantie » par la société E-Pango, référencée chez Powernext.

Enfin, une cryptomonnaie a été créée pour valoriser les émissions de CO2 évitées. « L'idée est de donner de la valeur ajoutée aux producteurs et aux usagers. Si demain un cours de CO2 est mis en place, on pourra valoriser nos actions », explique Joël Tanguy. En attendant, les usagers peuvent cumuler les « Clean Coin » pour gagner des pleins gratuits.

Fertilisant, compost et combustible

Pour évacuer le digestat produit par le méthaniseur, un plan d'épandage sur 4 500 ha, dans un rayon de 20 km autour du site, a été établi. Pour éviter des va-et-vient d'engins agricoles, des poches de stockage de 1 000 m3 ont été réparties au milieu des exploitations. « L'objectif est d'approcher au maximum le produit du terrain », souligne le directeur technique. Pour boucler la boucle, des camions roulant au bioGNV approvisionnent ces poches de stockage. Liger assure également un suivi des surfaces épandues : « Nous avons de beaux retours pour l'instant : développement de l'humus, présence de nombreux lombrics… Le produit a un bon équilibre azote / phosphore. Les gains économiques pour la cinquantaine d'agriculteurs sont estimés à 25 000 €/an pour cent hectares (économies en fertilisants, hausse des rendements…) ».

La partie la plus solide du digestat est, quant à elle, dirigée vers le centre de compostage du territoire, pour être valorisée en compost et, potentiellement, en granulés de compost.

Mais Liger regarde également vers la pyrogazéification. En soumettant le digestat à de fortes températures, il est possible de le transformer en combustible afin de le valoriser en énergie et de récupérer les cendres chargées en phosphore, pour la production de fertilisants. Un projet pilote de gazéification hydrothermale est mené avec GRTgaz et une équipe suisse. À suivre…

Réactions1 réaction à cet article

 

Bonjour,

Est ce que nous pourrions avoir les études qui démontrent que le digestat permet:
"Nous avons de beaux retours pour l'instant : développement de l'humus, présence de nombreux lombrics… Le produit a un bon équilibre azote / phosphore" ?

MERCI d'avance

LILI | 16 juin 2020 à 11h23
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Sophie Fabrégat

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager