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Micropolluants dans les eaux pluviales : quels apports des techniques alternatives ?

Le programme MicroMegas s'intéresse à l'impact des techniques alternatives de gestion des eaux pluviales sur la présence des micropolluants. Des premiers résultats ont été présentés en décembre dernier.

Eau  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
Micropolluants dans les eaux pluviales : quels apports des techniques alternatives ?
Actu-Environnement Le Mensuel N°389 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°389
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Quelles sont les conséquences de l'infiltration de l'eau de pluie dans le sous-sol ? C'est une des questions auxquelles tente de répondre le programme MicroMegas. Ce dernier est soutenu par l'Agence française pour la biodiversité et l'agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse dans le cadre de l'appel à projets des micropolluants des eaux urbaines. Durant quatre ans, différentes équipes ont examiné l'impact des techniques alternatives de gestion des eaux pluviales sur la présence des micropolluants. Le programme est prévu jusqu'en mars 2019. Une journée de restitution des premiers résultats a toutefois été organisée le 20 décembre avec l'observatoire de terrain en hydrologie urbaine (Othu).

La question intéresse de près le Grand Lyon, partenaire du projet. La métropole travaille depuis 1995 à la gestion à la source des eaux de pluie. Pour l'avenir, la collectivité souhaite privilégier les systèmes déconcentrés et désimperméabiliser 500 hectares d'ici 2017. "Nous avons fixé de nouvelles exigences dans le plan local d'urbanisme et de l'habitat ainsi que dans le règlement d'assainissement pour traiter systématiquement à la parcelle les petites pluies, d'une hauteur inférieure à 15 mm, les plus fréquentes sur la métropole", indique Elisabeth Sibeud, responsable études et travaux de la Direction de l'eau pour le Grand Lyon.

 
Les sources des micropolluants dans les eaux pluviales Les micropolluants dans les eaux pluviales peuvent être apportés par le chauffage urbain (HAP), la circulation automobile, les pratiques d'entretien paysagères (pesticides et biocides), des matériaux de construction, des déjections des animaux (produits vétérinaires) ainsi que dans certains cas des eaux usées. Les apports par voies atmosphériques correspondent à 20 % des sources en général.

Ces substances, même à de très faibles doses (μg.L-1 ou du ng.L-1) peuvent être toxiques et engendrer des nuisances dans les milieux aquatiques ou la santé.
 

Dans le cadre du programme MicroMégas, des expérimentations ont été menées sur des techniques de gestion à la source : des noues, des tranchées et des chaussées à structure réservoir (CSR) sur l'EcoCampus Lyon Tech de La Doua. Les équipes se sont également intéressées à une solution centralisée avec le bassin de rétention Django Reinhardt, situé dans la zone industrielle de la commune de Chassieu, dans la plaine de l'Est Lyonnais.

Les noues, une solution efficace

Les scientifiques ont recherché 16 hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), 12 pesticides, 6 retardateurs de flamme, le bisphénol A, 7 alkylphénols, 14 éléments traces métalliques ainsi que les éléments majeurs du sol.

Une première difficulté rencontrée a été l'instrumentation et le suivi des techniques de gestion à la source. " La métrologie pour les sites décentralisés est délicate, et demande des moyens financiers importants, a souligné Hélène Castebrunet enseignant chercheur à l'Insa de Lyon. Ne faudrait-il mieux pas que les opérationnels utilisent des bases de données scientifiques plutôt qu'équiper leurs ouvrages ? ".

Les scientifiques ont toutefois pu montrer que les pluies inférieures à 15 mm sont intégralement interceptées par la noue et la tranchée. L'abattement du volume d'eau pour les chaussées à structure réservoir est quant à lui supérieur à 50 %. En revanche, le bassin Django Reinhardt affiche un abattement qui ne dépasse pas 15 %. Les scientifiques ont également constaté que les systèmes à la source et le bassin de rétention retardaient efficacement les flux d'eau et écrêtaient bien les débits de pointe.

Concernant les éléments traces métalliques, d'une façon générale, les scientifiques ont montré qu'une stratégie réglementaire d'abattement des volumes était plus efficace qu'une limitation des débits pour lutter contre la pollution des rejets. Les noues et tranchées sont pertinentes pour limiter les rejets polluants de pesticides. En revanche, les performances sont plus faibles pour les bassins de rétention et les chaussées à structure réservoir (CSR).

Les systèmes noues et tranchés apparaissent également plus efficaces pour abattre les alkylphénols et le BPA que les CSR ou le bassin de rétention. Pour les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), les meilleures restent les noues suivies des tranchées puis des CSR. Le bassin de rétention affiche également une bonne performance.

Les techniques alternatives, encore peu connues

Le programme MigroMégas comportait également un volet sociologique. Des équipes se sont intéressées à la perception de ces solutions par les maîtres d'ouvrage, les gestionnaires et les usagers de ces ouvrages à travers des entretiens, questionnaires et observations.

"L'approche de l'eau pluviale est fragmentée et dispose de plusieurs référentiels selon les métiers, a constaté Sébastien Ah Leung, post-doc Laboratoire d'Excellence intelligence des mondes urbains (Imu). Nous avons eu des difficultés à mobiliser les acteurs comme les bureaux d'études, les paysagistes et les maîtres d'ouvrage". Au final, l'analyse montre que globalement les techniques alternatives ne sont pas identifiées comme des moyens de traiter les micropolluants ou de gérer les eaux pluviales. "Les micropolluants sont très peu connus quels que soient les acteurs interrogés", pointe également Anne Honegger, directrice de recherche au CNRS pour l'unité mixte de recherche Environnement, ville, société.

Un guide méthodologique d'évaluation des performances d'ici le printemps ?

Au sein de l'appel à projets des micropolluants des eaux urbaines, deux autres projets sur la même thématique ont également été retenus : Matrioschkas et Roulepur. Le premier se penche sur de nouvelles méthodes d'évaluation des performances de différentes techniques pour mieux traiter les eaux de pluie. Le second cible des solutions de lutte contre les flux de micropolluants issus des voiries urbaines. Les équipes des trois projets ont mutualisé les travaux et prévoient de publier leur retour d'expériences sous forme d'un guide méthodologique d'évaluation des performances.

Réactions1 réaction à cet article

 

Je suis surpris par les performances globalement passables des bassins de rétention. S'agit-il de bassins bâchés ou en argile compactée ? Ces derniers étant susceptibles d'héberger assez rapidement une biodiversité végétale, animale et microbienne, l'intuition me fait penser qu'ils seraient plus aptes à stocker et dégrader bon nombre de micropolluants. Mais j'aimerais bien confronter cette intuition aux résultats de cette étude.

Pégase | 17 janvier 2019 à 09h26
 
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