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Mines sous-marines : une étude pointe la variété de la faune des zones polynésiennes à fort potentiel

Une étude du MNHN et de l'IRD souligne la richesse de la faune des régions polynésiennes susceptibles de faire l'objet d'une exploitation minière sous-marine. De nombreuses espèces de petite taille y ont été découvertes.

Biodiversité  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Le Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) et l'Institut de recherche pour le développement (IRD) publient le premier état des lieux de la biodiversité des régions polynésiennes caractérisées par des encroûtements polymétalliques. Ces zones, qui suscitent un intérêt du fait de leur richesse en métaux d'intérêt économique, abritent une faune variée et encore mal connue. En outre, pointent les experts, la réalisation d'un inventaire de la biodiversité en vue de l'exploitation des encroûtements ne pourra pas se faire par les techniques habituelles.

Des encroûtements à fort potentiel

En 2014, le gouvernement avait commandé une expertise collégiale sur les ressources minérales subocéaniques en Polynésie française. Elle devait permettre de dresser un état exhaustif des connaissances sur les ressources stratégiques (terres rares, nodules, encroutements…) des fonds océaniques de la zone économique exclusive (ZEE) polynésienne. L'objectif était aussi de soumettre des propositions en vue d'un futur cadre règlementaire pour l'exploitation de mines sous-marines.

L'expertise, rendue en 2016, montre que les encroûtements cobaltifères constituent le potentiel le plus intéressant. Ils sont présents entre 800 et 4.000 mètres de profondeur au sud des îles de la Société et à proximité de l'archipel des Tuamotu. Outre leur accessibilité relative, la forte demande en cobalt (développement des batteries et des super alliages) et la présence potentielle de phosphate (archipel des Tuamotu) soutiennent l'intérêt pour ces gisements. Les experts recommandent de lancer une campagne d'exploration ciblée pour connaître la ressource. Ils pointent aussi la nécessité de mettre au point des robots capables de décoller les encroûtements et de les broyer.

Par ailleurs, cette étude souligne le caractère lacunaire des connaissances environnementales. Les spécialistes posent l'hypothèse d'écosystèmes évoluant très lentement, donc susceptibles d'être dégradés sur une longue période en cas d'exploitation minière. Une stratégie envisagée (et peu consensuelle) serait de "sacrifier" un ou deux monts sous-marins tout en préservant les autres, expliquait à Actu-Environnement Pierre-Yves Le Meur, le chercheur de l'IRD qui présidait l'expertise.

Un écosystème diversifié et fragile

La nouvelle étude du Museum vient combler l'absence de connaissance de la biodiversité. Les chercheurs ont passé en revue les échantillons de faunes collectées entre 1998 et 2009 au cours de trois campagnes océanographiques. L'étude a porté sur les zones où se trouvent les encroûtement et sur des fonds de 200 à 2.000 m, c'est-à-dire ceux susceptibles d'être exploités. Les chercheurs ont établi une liste de 471 espèces dont 169 inconnues jusqu'à maintenant. "Cette proportion élevée de nouvelles espèces découvertes n'est pas surprenante, car ces milieux ont été très peu explorés", explique Sarah Samadi, du MNHM. Autre constat : les espèces découvertes sont de petite taille, ce qui cohérent avec la faible densité de biomasse constatée dans ces zones. L'étude décrit des milieux "pauvres" en quantité (faible masse du vivant), mais "riches" en diversité (beaucoup d'espèces différentes de petite taille). En outre, il semble que de nombreuses espèces soient endémiques. "Il faudra s'assurer que ces espèces sont présentes ailleurs avant d'envisager l'exploitation de la zone", estime Sarah Samadi.

Quelles conclusions tirer de cette étude dans l'optique d'une éventuelle exploitation minière ? Tout d'abord, la fragilité de l'écosystème se confirme. En effet, la petite taille des espèces qui y vivent témoigne du peu de nutriments disponibles. En conséquence, l'exploitation minière pourrait avoir un impact important. Cette fragilité s'explique notamment par la faible sédimentation des fonds marins (qui, elle-même explique la présence des encroutements). Lors de l'exploitation, l'opérateur récupérera la surface du sol, en extraira le minerai valorisable avant de rejeter en mer les roches inexploitables. Cette pratique pourrait modifier durablement l'équilibre de l'écosystème.

La seconde grande conclusion concerne les études préalables à l'exploitation. La faible densité du vivant, ne permet pas d'évaluer correctement la biodiversité avec les techniques habituelles d'imagerie sous-marine. Pour bien connaître le milieu, il faudra procéder à des prélèvements en mer, explique Sarah Samadi.

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