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Mix énergétique : Engie craint le scénario "tout électrique" du gouvernement

Les scénarios énergétiques du gouvernement misent sur un recours massif à l'électricité et réduisent fortement la part du gaz. Engie défend le gaz renouvelable et réclame des dispositifs de soutien à court terme pour garantir son avenir.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

La crainte d'être progressivement évincé du mix énergétique croît chez Engie. L'ex-GDF redoute que la stratégie nationale bas carbone (SNBC) et la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) réduisent le gaz à portion congrue. "Nous voyons arriver des scénarios irréalistes et utopiques", explique Didier Holleaux qui voit se dessiner "des décisions néfastes" à court terme. Le directeur général adjoint d'Engie fustige tout particulièrement la trop grande attention accordée à l'électricité et un "débat confisqué par les pro et anti nucléaires".

Réduire la consommation de gaz de 480 à 114 TWh

Au printemps dernier, le gouvernement a présenté aux acteurs du secteur énergétique une première version de la SNBC. Celle-ci se base sur un scénario proche du "tout électrique", voir du "tout nucléaire", qui abaisse sensiblement la consommation de gaz. L'entreprise estime qu'une telle stratégie bas carbone réduirait l'avenir énergétique français à quatre sources d'approvisionnement : le nucléaire, le photovoltaïque, l'éolien à terre et l'hydraulique. L'entreprise fait valoir qu'une telle stratégie est risquée : les choix qui seront fait dans les semaines à venir seront structurants pour le système énergétique français, car ils fermeront des options. "Si on ne prépare pas les solutions alternatives, on n'aura qu'un choix : construire des centrales nucléaires", résume Didier Holleaux.

 
L'éolien flottant sur la sellette Comme le Syndicat des énergies renouvelables, Engie exprime une grande inquiétude pour l'éolien flottant. L'entreprise explique que les pouvoirs publics ne semblent pas prêts à soutenir la technologie naissante. L'absence d'appel d'offres est "une solution pour tuer une filière", rappelle Didier Holleaux.

Or, défend Engie, l'éolien flottant est essentiel pour développer l'éolien en mer en France. Il permet d'éloigner les parcs des côtes, ce qui répond aux problèmes d'acceptabilité. Il permet aussi d'installer des parcs lorsque la hauteur d'eau est importante.
 

Le scénario initial de l'administration table sur une consommation énergétique de 1.000 térawattheures (TWh) en 2050, contre 1.876 TWh en 2012. Celle-ci serait couverte à hauteur de 114 TWh par le gaz (en l'occurrence de gaz renouvelable), alors qu'actuellement la France consomme 460 à 480 TWh de gaz. Engie ne s'oppose pas à une réduction de la consommation de gaz, mais l'entreprise voudrait préserver un socle de 300 TWh qu'elle juge possible de couvrir avec du gaz vert en 2050. Les pouvoirs publics ont semble-t-il partiellement entendu les arguments d'Engie : aujourd'hui un scénario "haut" prévoit un maximum de 290 TWh de biogaz. Mais il s'agît là de l'option la plus favorable à Engie.

Faire les choses dans le bon ordre

L'inquiétude est d'autant plus grande que s'ajoute à ces scénarios la pression grandissante en faveur du retour au chauffage électrique dans les logements neufs, par le biais des pompes à chaleur. Didier Holleaux fait notamment référence à une tribune de Brice Lalonde dans Les Echos qui s'attaque au chauffage au gaz et plaide pour un usage accru de l'électricité. Avec l'éclairage et les équipements intérieurs, "l'électricité a déjà 65% de « part de marché » dans les bâtiments neufs", s'agace Didier Holleaux. Le directeur adjoint d'Engie fustige aussi "le pamphlet de France Stratégie" publié fin septembre. Dans cette note, l'expert public rattaché au Premier ministre, recommande de réduire les usages du gaz pour atteindre l'objectif de neutralité carbone en 2050. France Stratégie juge en effet que "le remplacement du gaz fossile par du gaz renouvelable relève encore largement du pari".

Au stade actuel, Engie estime que le gouvernement s'apprête à prendre une mauvaise voie en voulant augmenter la part de l'électricité avant d'avoir décarboné la production d'électrons. L'argument en faveur de l'électricité est son faible niveau d'émissions de CO2. Mais il s'agit là d'une moyenne portant sur la production française. Recourir à l'électricité pour chauffer les bâtiments revient à augmenter les pointes de consommation hivernales et à recourir à faire appel aux importations pour y répondre. Et augmenter les importations hivernales, c'est recourir à l'électricité des centrales allemandes au lignite, fait valoir Engie.

"Nous devons faire les choses dans le bon ordre", plaide Didier Holleaux. La première chose à faire est d'économiser l'énergie grâce à l'efficacité énergétique. Il faut ensuite décarboner l'énergie grâce aux renouvelables.

Preuve que les craintes d'Engie sont fortes : dans l'idéal, l'entreprise voudrait que la PPE garantisse l'objectif de 10% de gaz renouvelable pour 2030, voire l'avance à 2028. On est loin de l'objectif de 30% de biogaz en 2030 avancé au printemps par le Syndicat des énergies renouvelables (SER). Mais, aujourd'hui, la modification de la loi de transition énergétique début 2019 fait surtout peser un risque de réduction de l'objectif de 10% inscrit dans la loi.

Réactions2 réactions à cet article

 

Après avoir vendu le "gaz vert", tout en mettant des battons dans les roues des porteurs de projet, Engie et ses filiales GRDF et GRT Gaz s'étonnent qu'on voie que le gaz qu'il nous vendent est à plus de 99% fossile, et que son utilisation est incompatible avec les objectifs climatiques.
L'électrification des usages de l'énergie n'est pas une invention française, c'est une évidence qui s'impose à tous les observateurs qui tentent de modéliser un mix énergétique à même de limiter le réchauffement climatique dans des proportions qui laisse un espoir à nos enfants d'avoir une planète plus ou moins vivable.
Alors, bien sûr, ils pleurent très fort, tapent des pieds et trouvent ça très très injuste... Mais on n'a plus le temps de les attendre !

Seb | 12 octobre 2018 à 16h43
 
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Bonjour,

Je voudrais souligner une évolution qui nous écarte de plus en plus, pour les bâtiments construits sérieusement et aux Normes actuelles RT2020, de l'époque des chauffages-grille-pains et de la nécessité de chauffer beaucoup.
En effet, Efficacité Energétique des bâtiments qui devraient être ou devenir BEPos veut dire qu'il n'y a plus besoin que de chauffage d'appoint pendant les 1 ou 2 mois les plus froids de l'année, pour une bonne partie du territoire français.Dans les parties de grand froid, en montagne, par ex, le chauffage gaz-nat ou BioMasse a toute sa place.
Faut donc mettre en oeuvre ASAP la mise en place de l'Efficacité Energétique pour les passoires thermiques !
Par contre, le gaz ou plutôt Biogaz a toute sa place ds le mix énergétique, d'autant qu'il peut cohabiter ds les réseaux avec l'Hydrogène, utile pour alimenter la mobilité élec-H2 avec PAC (qui est aussi une mobilité électrique!), le mix CH4 + H2 pouvant alimenter des turbines entraînant des machines tournantes, dt des alternateurs, ou des installations de chauffage....
Le GNV ou Biogaz -GNV pouvant servir de stockage d'énergie, dt électricité, pour être sollicité qd ressource première renouvelable mais non garantie (soleil la nuit ou vent qd calme plat) n'est pas disponible.
A+
Salutations
Guydegif(91)

Guy | 12 octobre 2018 à 17h04
 
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