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Mobilité : The Shift Project change d'échelle et apporte des solutions de transport décarboné

A quelques jours des Assises de la mobilité, le groupe de réflexion The Shift Project a rendu ses conclusions sur la mobilité en zone de moyenne densité. Le déploiement de solutions alternatives à la voiture aurait des bénéfices significatifs.

Transport  |    |  Rachel DebrincatActu-Environnement.com
Mobilité : The Shift Project change d'échelle et apporte des solutions de transport décarboné

"Avec un scénario dans l'hypothèse maximale, 70% des émissions de CO2 dues aux déplacements périurbains pourraient être évitées d'ici à 2026". Le chiffre avancé, même s'il est rêvé par Francisco Luciano, en charge du groupe de travail du Shift Project sur la mobilité décarbonée, frappe la salle, comble et attentive. Devant lui, des maires, des entrepreneurs, des décideurs, des associations, sont venus écouter les conclusions du Think Tank à quelques jours des assises de la mobilité. "La date est bien trouvée", note Julien Dehornoy, directeur adjoint du cabinet de la ministre des Transports, Elisabeth Borne, convié au débat.

Le groupe de lobbyistes, connu pour ses propositions en faveur d'une société "post-carbone" s'est attaqué cette fois à un facteur qui pèse sur les émissions de CO2 : le déplacement des usagers en zones périurbaines en France. Si la part du transport dans les émissions nationales de carbone représente 37%, les déplacements périurbains en sont responsables pour 17%. Et cette tendance, due à la spécialisation de ces zones, en "villes dortoirs" pourrait encore croître. Alors, souligne Jean-Marc Jancovici, président du Shift Project, "Comment faire, dans un monde aux ressources finies, pour ne pas priver les usagers de la liberté de se déplacer ?"

Le champ d'étude s'est donc arrêté à ces zones appelées de moyenne densité (ZMD) où vivent 27 millions de Français. Elles englobent des villages ou des villes très divers dont la densité avoisine 450 habitant/km2. Principal constat ? Près de 85% de ces habitants se déplacent en voiture, souvent individuelle, pour des trajets, souvent chaînés, c'est-à-dire comportant plusieurs arrêts : travail, école, course, de moins de 80 kilomètres.

Une échelle originale

Dans ce périmètre, The Shift Project a entrepris d'étudier cinq solutions alternatives à la voiture individuelle, qui, par la fréquence de leur usage, font fléchir les émissions carbonées : le télétravail, le vélo, le covoiturage, le transport public express et la distribution des achats. "Rien d'original dans les solutions avancées, c'est l'échelle de l'utilisation de ces solutions qui est originale", martèle Francisco Luciano.

Chaque solution a été considérée au regard de deux indicateurs : les émissions de CO2 et le coût impliqués. Mais aussi, selon deux scénarios : le "scénario maximum" ou rêvé, celui qui serait joué si tous les utilisateurs devenaient acteurs de ces solutions et le "scénario volontariste" dans lequel certains utilisateurs opteraient fréquemment pour ces moyens de déplacement à bas carbone. Pour établir un scénario de référence, le groupe de travail s'est adossé aux projections réalisées par l'Insee et l'Ademe pour établir une évolution des émissions de CO2 dans ces zones de moyenne densité qui aurait tendance à baisser de 26% d'ici à 2026.

Le covoiturage et le vélo, deux solutions décarbonées faciles à mettre en œuvre

Avec les solutions proposées, la diminution est bien plus importante dans ces zones à moyenne densité. Les résultats sont parlants pour le covoiturage. Par rapport au scénario de référence, le scénario volontariste affiche -6% d'émissions de CO2 ainsi qu'une baisse des dépenses pour les ménages d'environ 200 euros par an, éviter par le coût des déplacements individuels. Pour le scénario maximal, la baisse des émissions est bien plus grande : -27% de CO2 et une baisse des dépenses des ménages de 700 euros par an. Autre alternative : le vélo. Dans un scénario volontariste, il permet une réduction de 15% des émissions de CO2. Dans le scénario maximal, la réduction de CO2 serait de 33%. Même si le vélo représente un développement d'infrastructures pour les collectivités, ces deux solutions, fortement utilisées, permettraient de réduire facilement et fortement les émissions carbonées et les dépenses occasionnées.

D'autres solutions proposées font également fléchir les émissions de carbone. L'utilisation de transports publics express par exemple, comme les bus ou les trains en zones périurbaines réduiraient de 8% les émissions dans un scénario maximal. "Dans le Grand Lyon, 75% des taxis serviraient au transport santé, donc payés par la Sécurité sociale. N'y aurait-il pas une mutualisation des services à organiser ?", souligne Julien Dehormoy, du ministère des transports. Le télétravail, bien qu'il ne soit pas déclinable dans tous les secteurs, pourrait, lui aussi, permettre une réduction de 5% des émissions dans un scénario maximal. Enfin, The Shift Project avance la piste de la distribution collaborative ou par tournées des courses qui pourrait, toujours dans l'hypothèse maximale, abaisser de 4 à 9% les émissions de CO2. Cependant, il existe encore peu d'initiatives dans ce domaine. Un développement coûteux à court terme et qui nécessiterait un changement de comportement important.

Pousser les bonnes pratiques et changer de comportement

"J'aimerais montrer l'exemple dans ma commune en utilisant le vélo, mais mes collaborateurs me voient plus souvent courir vers la voiture. Dans la région parisienne, on court après le temps et les solutions de parking ne sont pas assez contraignantes", explique Guislaine Senée, maire d'Evecquemont à Paris et conseillère régionale Île-de-France. Partisanes des solutions décarbonées, l'élue pointe du doigt la difficulté de changer de comportement. Pour elle, les solutions de mutualisation de transports seraient une piste intéressante à creuser si on ne veut pas voir se congestionner les ponts qui relient sa petite commune à la rive droite de la Seine.

Pour Françoise Rossignol, maire de la commune de Dainville, près d'Arras (Hauts-de-France) et vice-présidente de la communauté urbaine d'Arras (CUA), "c'est en rendant visibles les initiatives qu'elles s'amplifient". Sur le territoire, le développement de location à longue durée de vélos "d'un bleu voyant" à assistance électrique, à 100 euros par an a bondi. "A Dainville, des institutrices commencent à l'utiliser. On voit aussi de plus en plus de vélos garés, si bien qu'il va falloir installer de nouveaux garages à vélos." Le maire compte sur cet effet boule de neige pour les utilisateurs et qui déclenchera un développement d'infrastructures chez les communes alentours.

Julien Dehornoy, du cabinet du ministère des Transports est conscient que les collectivités attendent également une fiscalisaté incitative de la part de l'Etat pour l'utilisation de ces solutions alternatives ou encore une aide aux financements. "Notre rôle est aussi dans le soutien et l'essaimage d'initiatives réalistes qui sont déjà nombreuses", appuie-t-il. Tous les regards se tournent dorénavant vers les Assises de la mobilité. Les acteurs y portent beaucoup d'espoir car elles vont assoir le socle d'une loi qui devrait être promulguée en 2019.

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