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Océan : 13 solutions pour lutter contre les changements climatiques

L'océan peut aider à lutter contre les changements climatiques. Une étude passe en revue 13 solutions et évalue quelles sont les plus efficaces à l'échelle globale et locale.

Gouvernance  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Ce jeudi 4 octobre, une quinzaine de chercheurs internationaux, notamment du CNRS, de l'Iddri, et de Sorbonne Université, ont présenté Ocean Solutions Initiative, une étude qui évalue le potentiel de 13 solutions, locales (sur des surfaces de moins de 100 km2) ou globales, apportées par l'océan pour lutter contre les changements climatiques et s'adapter à ses conséquences. Publiée dans Frontiers in Marine Science, l'étude doit "éclairer les décideurs qui se retrouveront début décembre prochain à Katowice (Pologne) pour la COP24". Les chercheurs ont aussi réalisé un court film d'animation pour ouvrir un débat de société sur l'océan.

Quatre domaines étudiés

Aujourd'hui, l'océan régule déjà le climat, mais "au prix d'une altération profonde de son fonctionnement physique et chimique, de ses écosystèmes et des services qu'il fournit à l'humanité", expliquent les auteurs de l'étude. Cette régulation passe notamment par l'absorption d'une partie de la chaleur, pour 93% de l'énergie supplémentaire liée aux changements climatiques. Elle se traduit aussi par l'absorption du dioxyde de carbone, pour un quart des émissions anthropiques. Du côté des conséquences, les chercheurs rappellent que la température de surface moyenne a déjà augmenté de 0,83°C et que le pH a diminué de 0,11 unité (soit une hausse de 30% de l'acidité des eaux océaniques).

Alors que l'humanité doit s'adapter aux changements climatiques et accentuer ses efforts pour respecter l'objectif de l'Accord de Paris de limiter à 2°C la hausse des températures d'ici la fin du siècle, les chercheurs de l'Ocean Solutions Initiative estiment qu'il est temps d'étudier comment une bonne gestion de l'océan permettrait de contribuer à ces objectifs. "L'océan est passé innapercu pendant longtemps dans les négociations internationales, il n'y apparaît qu'en 2015", explique Jean-Pierre Gattuso, chercheur au CNRS.

Les mesures couvrent quatre champs d'action. Le premier est la réduction des causes du dérèglement climatique. Ces solutions passent par le développement des énergies marines renouvelables (EMR), la restauration et la conservation des végétaux captant et stockant du CO2. Ce champ comprend aussi la fertilisation de l'océan (l'ajout de fer soluble pour augmenter la production de phytoplancton), l'alcanisation (ajout de substances alcalines, comme du carbonate de calcium, pour lutter contre l'acidification) et des méthodes hybrides visant à augmenter le stockage océanique du CO2. La protection des écosystèmes grâce à la création d'aires marines protégées, la réduction de la pollution, la restauration des régimes hydrologiques côtiers. La lutte contre la surexploitation des ressources est le deuxième champ d'action étudié. Le troisième est la gestion du rayonnement solaire en modifiant le pouvoir réfléchissant des nuages ou de l'océan. Enfin, l'étude évalue la manipulation des capacités d'adaptation biologique et écologique des espèces. Ce dernier champ d'action comprend deux techniques : l'"évolution assistée", qui comprend notamment les modifications génétiques, et la relocalisation des espèces.

Quelle gouvernance pour les solutions globales ?

Que retenir de ce comparatif ? Les 13 solutions ne se valent pas toutes. Elles "ne sont pas également réalistes, efficaces ou pertinentes". Pour autant, "elles représentent des pistes concrètes sur lesquelles gouvernements et populations doivent réfléchir ensemble".

Certaines présentent un ratio bénéfice/risques avantageux. C'est le cas des "énergies renouvelables marines [qui] ont de nombreux bénéfices et présentent peu de difficultés à être mises en œuvre". La mise en œuvre de ces solutions est jugée "décisive" par les chercheurs. La réduction des pollutions, la lutte contre la surexploitation océanique, l'"évolution assistée" et la relocalisation des espèces, quatre solutions "bien adaptées pour réduire localement les risques supportés par les écosystèmes". Modification génétique des espèces à part, ces solutions sont "sans regret" : elles apportent de vrais bénéfices locaux, même si elles ne résolvent pas le problème global des changements climatiques.

La fertilisation de l'océan, l'alcanisation et la modification du pouvoir réfléchissant des nuages sont les solutions globales au potentiel le plus élevé. Mais elles "sont très controversées dans la communauté scientifique du fait d'un grand nombre d'inconnues technologiques et du risque qu'elles présentent", rappelle l'étude. Ces solutions de géo-ingénierie, ainsi que la modification génétique des éspèces, "sont extrêmement problématiques", explique Jean-Pierre Gattuso, pointant "les effets corrélatifs sur les écosystèmes". "Il est trop tôt pour recommander leur mise en oeuvre à grande échelle", estiment les chercheurs.

Les chercheurs soulignent enfin que la mise en œuvre des solutions étudiées implique de réunir de très nombreuses parties prenantes. Quelle gouvernance adopter pour les mettre en œuvre ? Un cadre international existe pour les mesures de protection des océans et les mesures locales (gestion des côtes, par exemple). En revanche, les mesures globales, telles que la gestion du rayonnement solaire, posent les questions habituelles de coopération internationale et de financement.

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