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Pays Briançonnais : le territoire va signer un contrat pour accompagner la transition écologique

Les 37 communes du Pays Grand Briançonnais planchent sur l'autonomie énergétique, alimentaire, de déplacement et une politique zéro déchet. D'abord labellisé TEPCV, le territoire fait partie des 20 contrats de transition qui vont être signés avec l'Etat.

Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Pays Briançonnais : le territoire va signer un contrat pour accompagner la transition écologique

C'est un territoire qui cumule les atouts et les faiblesses, comme beaucoup d'autres en France. Parmi ses atouts : un ensoleillement de près de 300 jours par an et une ressource en eau abondante, propice à la production hydroélectrique. En revanche, son relief escarpé exacerbe les distances. Et les impacts du changement climatique se ressentent déjà. Davantage que sur le reste du territoire français. "L'arc alpin prend de plein fouet la problématique du climat. Il y a bien sûr un impact sur les stations de ski, avec des années à faible enneigement. Mais les impacts sont aussi géophysiques, avec des effondrements, des glissements de terrain… Certains territoires se retrouvent totalement coupés du monde à cause de ces phénomènes", raconte Pierre Leroy, maire de Puy-Saint-André et président du Pays Grand Briançonnais.

En 2015, le village de La Grave a été isolé pendant plusieurs mois en raison de la menace d'effondrement d'un pan de la montagne sur la route d'accès. L'hélicoptère, la marche à pied et le bateau étaient alors les seuls moyens, pour ses 500 habitants, de se connecter au monde. Plus qu'ailleurs, l'urgence d'agir se fait sentir. "La question est : comment avoir des territoires résilients, qui peuvent supporter ce traumatisme ? Nous voulons travailler sur l'autonomie alimentaire, énergétique et la mobilité…", explique l'élu.

Lancée par quelques pionniers il y a une dizaine d'années, la transition écologique prend de l'ampleur sur ce territoire de montagne. Au point que le Pays Grand Briançonnais, regroupant trois communautés de communes, 37 communes et 35.000 habitants, va faire partie des vingt contrats de transition écologique (CTE), signés avec l'Etat. Cette démarche expérimentale vise à faire de ces territoires des démonstrateurs de la transition.

Des ENR financées par les citoyens…

Tout a commencé avec la volonté d'une poignée de citoyens de Puy-Saint-André, désireux de développer l'énergie solaire sur leur territoire. En 2011, après quelques années de discussions, ils créent la première société d'économie mixte en France qui associe des collectivités, des entreprises et des citoyens. La SEM Soleil Eau Vent Energie (Seve) démarre de manière confidentielle, avec un capital de 100.000€. Mais l'ambition est plus forte : "L'idée était de construire une structure citoyenne capable de produire, grâce aux énergies renouvelables, l'énergie consommée par les bâtiments municipaux, et pourquoi pas, à terme, de produire ce que l'ensemble des habitants de la commune consomme", raconte Pierre Leroy. La SEM finance une première centrale photovoltaïque sur le toit de l'ancienne mairie.

Mais le collectif n'en reste pas là : "Notre objectif était d'essaimer. Nous avons donc financé une deuxième centrale dans une commune voisine, puis à Briançon… La communauté des communes est entrée au capital, qui a été porté à 800.000€. Des entreprises du BtP ont également rejoint la SEM".

Celle-ci est également soutenue par l'entreprise locale de distribution EDSB, qui produit, distribue et fournit l'électricité sur le territoire. En 2003, les Briançonnais se sont d'ailleurs opposés, par référendum, à la vente de cette société. "Nous n'avons pas envie que des opérateurs extérieurs viennent investir le territoire. Le fait qu'une société locale porte les projets change tout", analyse Pierre Leroy.

Aujourd'hui, 16 centrales photovoltaïques ont été financées par la SEM Seve, deux projets d'hydroélectricité sur le réseau d'eau potable sont dans les cartons. Un mât de mesure de 45 mètres de haut a été installé pour identifier le gisement éolien au milieu des remontées mécaniques du domaine skiable de Serre-Chevalier.

… à une transition écologique globale

En 2015, le Grand Briançonnais a fait partie des 200 territoires à énergie positive pour la croissance verte (TEPCV) bénéficiant d'une enveloppe de l'Etat pour mener à bien leur transition écologique (1,5 M€). Cette manne financière a permis de changer d'échelle et de réfléchir à une transition plus globale. "La priorité a été donnée à la sobriété et à l'efficacité énergétique. Près de 90% du budget y a été consacré. 40 bâtiments communaux ont été réhabilités d'un point de vue énergétique (isolation par l'extérieur, changement des chaudières…)", explique le président du Pays Briançonnais.

Côté déplacements, une prime de 500€ a été versée aux habitants souhaitant s'équiper d'un vélo électrique. "Sur notre territoire, on ne peut pas financer des transports en commun comme dans les villes. Il faut donc trouver d'autres solutions. Nous avons voulu aller plus loin sur le vélo, mais c'était compliqué compte tenu des dénivelés ! Notre territoire est connu pour abriter quelques cols mythiques du tour de France. Même les personnes âgées se remettent au vélo avec l'électrique", explique Pierre Leroy. Avec le plan vélo annoncé par le gouvernement en septembre, le pays compte aller plus loin, en mobilisant toutes les communes autour d'un projet de voies vertes pour relier les différentes vallées. Des véhicules électriques et une navette électrique ont également été financés sur le territoire.

Enfin, une politique zéro déchet a été initiée. "Nous sommes passés de 12.000 tonnes à 8.000 tonnes d'ordures ménagères par an, ce qui représente un million d'euros d'économies", souligne l'élu.

Un besoin de compétences humaines

Le territoire souhaite aller encore plus loin avec le contrat de transition. "Nous souhaitons, par exemple, affréter des chevaux sur Briançon pour collecter les biodéchets jusqu'à la périphérie. Ceux-ci seront transformés en compost et méthanisés, ce qui permettra d'alimenter en engrais et en chaleur plusieurs hectares de serres agricoles exploités par une entreprise d'insertion. La méthanisation permettra d'augmenter la période de culture. Une conserverie et une légumerie seront installées sur place et pourront approvisionner un centre qui sert 1.000 repas par jour". Le CTE doit permettre de lever les verrous techniques et juridiques de ce type de projet. En revanche, contrairement au programme TEPCV, aucun budget direct ne sera affecté, même si les territoires sélectionnés pourront bénéficier d'aides de l'Ademe, des Agences de l'eau et de la Caisse des dépôts…

"Nous pourrons obtenir des aides à l'investissement, mais pas des aides sur le fonctionnement. Or, il faut de la matière grise pour mener à bien la transition écologique. Malheureusement, aujourd'hui, l'Etat n'investit pas dans l'humain, regrette l'élu.Le contrat ne permettra pas non plus de répondre aux questions d'éducation. Pourtant, le changement des pratiques passe aussi par là…".

Réactions2 réactions à cet article

 

Et bien soyez cohérent: le ski doit être interdit dans le pays Briançonnais :
- il déplace des centaines de milliers de personnes, coût en pétrole
- il fait vivre des centaines de milliers de personnes dans les endroits les plus froids de France à la période la plus froide, coût en chauffage, surtout mazout en milieu rural,
- il demande beaucoup d'électricité pour faire fonctionner tous les équipements,
- c'est un loisir non vital pour l'humanité.

DS | 10 octobre 2018 à 11h52
 
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Je n'aime pas du tout cette idée d'indépendance énergétique d'un territoire : impression de la constitution de baronnies, du délitage du lien national. Ce qui renforce la pression des lobbys : quelques communes n'auront jamais le poids d'une région ou d'un état. Et le plus souvent, ce sont les nantis qui rejettent les moins bien lotis... En plus, c'est de la poudre aux yeux : aucun territoire ne peut accéder à l'autonomie en hydrocarbures, qui constituent 60% de notre énergie consommée ! En l'espèce, le Briançonnais a un potentiel solaire immense, rien ne justifierait qu'il se l'accapare sans le diffuser aux régions environnantes ! A contrario, je doute qu'il soit autonome en farine ou en universités. Et aussi... qu'ils ne viennent pas implorer quand la Durance sera à sec...

dmg | 11 octobre 2018 à 20h18
 
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