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RE 2020 : quels leviers pour des gains carbone et une maîtrise des coûts ?

L'Ifpeb a coordonné une étude, sur trois projets immobiliers neufs, qui identifie les leviers pour réduire leur empreinte carbone en maîtrisant les coûts. Des retours d'expérience qui serviront aux maîtres d'ouvrage pour appliquer la RE 2020 dès janvier.

Bâtiment  |    |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.com
RE 2020 : quels leviers pour des gains carbone et une maîtrise des coûts ?

« Quelle équation coût-carbone pour réussir la RE 2020 ?» C'est la question à laquelle tente de répondre une étude menée par le Hub des prescripteurs bas carbone et coordonnée par l'Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb) et le cabinet de conseil Carbone 4. Cette étude porte sur trois projets immobiliers, déjà livrés pour certains. Elle permet d'identifier les leviers d'action pour optimiser l'empreinte carbone des bâtiments neufs, en maîtrisant les coûts des porteurs des projets. Le 30 novembre, l'Ifpeb a présenté les résultats de cette étude, soit un mois avant l'application de la réglementation environnementale (RE 2020), le 1er janvier 2022 pour les logements neufs. En effet, les impacts carbone y seront désormais comptabilisés au travers de l'analyse de cycle de vie (ACV), au même titre que les consommations d'énergie.

Un immeuble de bureaux et deux bâtiments de logements collectifs étudiés

« Le carbone fait son entrée avec la RE 2020. Comment ces nouvelles données (exprimées en kg/CO2 par mètre carré) vont-elles impacter ou reconfigurer les arbitrages réguliers multicritères que font les prescripteurs dans le secteur du bâtiment ? L'enjeu est de mieux comprendre cette équation "coût-carbone" et, pour s'y prendre, on a retenu trois projets existants permettant d'ancrer la réalité de notre réflexion », explique Christophe Rodriguez, directeur général adjoint de l'Ifpeb.

Cette étude a été menée pendant un an, en conditions réelles, dans trois projets immobiliers. Il s'agit d'un immeuble de bureaux, le projet Kalifornia, porté par le promoteur Bouygues Immobilier et l'agence d'architecture Ateliers 2/3/4, d'une surface de plancher (SDP) de 23 610 m2 à Malakoff (92). S'ajoutent deux bâtiments de logements collectifs. Il s'agit de l'opération Le Carré d'Italie 2, un programme de 27 logements à Villejuif (94), porté par le promoteur Citic et le cabinet d'architectes Naaja, d'une surface de 1 861 m2. Enfin, l'immeuble Imagine, porté par Bouygues Immobilier et le cabinet d'architecture Boille & Associés, est composé de 41 logements, avec une surface de 2 445 m2, à Tours (37). Pour chacun des projets respectifs, les promoteurs, architectes, bureaux d'études et économistes de la construction ont constitué des équipes : l'équipe 1 pour Kalifornia, l'équipe 2 pour Le Carré d'Italie 2, et l'équipe 3 pour Imagine.

Côté méthodologie : l'étude s'est concentrée sur l'indicateur carbone des matériaux et des équipements utilisés par les trois équipes. Elles ont ainsi testé trois scénarios pour concevoir bas carbone, selon un budget défini : scénario « budget identique », scénario « budget maîtrisé (+ 10 %) » et scénario « budget illimité ». La méthodologie RE 2020 « étant en cours de calage lors de ces travaux », c'est la méthode de l'expérimentation E+C- qui a été retenue. Excepté pour le réemploi, « où un impact carbone nul a été considéré conformément à la méthode RE 2020 », a souligné l'Ifpeb. Les résultats ont donc été calculés sur la base d'une « ACV statique ».

Les variantes et leur coût influencent les gains carbone

Les trois équipes ont identifié « des variantes qui permettent de réduire l'empreinte carbone sans surcoût sur le projet », indique Cécile Deloffre, consultante Impacts environnementaux à l'Ifpeb. Les trois projets ont ciblé des variantes bas carbone au niveau « des lots architecturaux, des lots intérieurs (revêtements des sols, certains isolants de cloisons), ainsi que des menuiseries et des occultations, principalement vis-à-vis de la nature des matériaux », précise-t-elle. Ainsi, à faible surcoût, il a été privilégié des variantes impactant les lots intérieurs, et certains éléments de façade.

 
Le réemploi et la frugalité ressortent ainsi comme des leviers à fort potentiel pour abaisser le poids carbone des bâtiments à moindre coût  
Ifpeb
 
Tandis que les variantes liées à la frugalité et au réemploi, présentent « un isocoût, voire une moins-value ». Le projet n° 1 (Kalifornia) a notamment retenu « des planchers techniques » issus du réemploi et des peintures recyclées, « ce qui permet un gain carbone qui va jusqu'à 25 kg/CO2 par mètre carré. C'est donc significatif et à pousser », observe Cécile Deloffre. Le réemploi et la frugalité ressortent ainsi « comme des leviers à fort potentiel pour abaisser le poids carbone des bâtiments à moindre coût ».

Modes constructifs et façades : des gains carbone élevés

Les variantes structurelles, qui concernent les modes constructifs, ont, quant à elles, été activées avec un budget plus élevé. « À partir du moment où les équipes ont eu accès à un budget plus élevé, elles sont allées chercher des variantes complémentaires et structurelles qui concernent, soit des modes constructifs mixtes, soit un changement complet du système constructif, mais aussi des variantes qui visent la façade », constate Mme Deloffre. Par exemple, le recours à du béton moins carboné (de type CEM III) représente « le meilleur bénéfice coût-carbone » pour le projet n° 2 (Le Carré d'Italie 2). Par conséquent, les variantes structurelles ainsi que l'optimisation de la façade (parties opaques et vitrées) ont permis des « gains carbone élevés sur les projets ». Ces résultats s'expliquent notamment par l'assiette de ces lots : le gros œuvre représente en moyenne un tiers du poids carbone des bâtiments, et 15 à 17 % pour les façades.

Autre constat : dans le scénario « + 10 % de budget », aucune des trois équipes n'a dépensé la totalité du budget. « Elles se sont aperçues qu'elles avaient surestimé l'impact économique des variantes et les avaient donc écartées, sans même les étudier. Le dialogue a alors permis d'identifier les solutions les plus adaptées avec des surcoûts parfois très faibles », indique l'étude. En effet, les équipes ont atteint entre 3 et 7 % de surcoûts et ont pu réaliser des gains carbone importants, jusqu'à 19 % sur ce scénario.

Dialogue en amont et recours aux données environnementales des produits

Cécile Deloffre souligne l'importance du dialogue entre les acteurs dès le début du projet, pour identifier les meilleures solutions adaptées « et donc l'optimum en termes d'équation coût-carbone ». Elle a cité pour exemple les questions de volumétrie, de taux de vitrage, de choix programmatiques qui vont orienter le projet « et il nécessaire que ce soit cohérent avec les objectifs de décarbonation ».

De même, il est important, ajoute-t-elle, de recourir aux données environnementales des produits de construction et équipements (FDES et PEP), qui sont recensées dans la base nationale Inies. « Utiliser la donnée de manière précise (permet) de se rapprocher de la réalité de l'empreinte carbone des produits qu'on retient. Et pour cela, il est nécessaire de prioriser les données environnementales individuelles qui sont spécifiques à un produit ou les données configurées et adaptées au projet », recommande Cécile Deloffre. Par exemple, l'équipe n° 1 (projet Kalifornia) a réussi à réduire l'empreinte carbone du bâtiment « de 14 % et sans surcoût, grâce à un travail d'optimisation de l'ACV (choix des données environnementales) ».

Cette étude a réussi à montrer que les gains carbone sont possibles, même avec un budget limité. La RE 2020 ne coûtera peut être pas plus cher à appliquer que la règlementation actuelle…

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