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Réduction de produits phytosanitaires : les fermes Dephy montrent l'exemple

En sept ans, les fermes du réseau Dephy ont réussi à réduire le recours aux pesticides sans perte de productivité. Pour obtenir ces résultats, elles doivent revoir certaines pratiques et en adopter d'autres. Détails.

Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Les résultats parlent d'eux-mêmes. Moins 14 % en sept ans dans la filière grandes cultures - polyculture élevage, moins 38 % pour les légumes, moins 25 % en arboriculture, moins 43 % en horticulture, moins 17 % en viticulture, moins 37 % pour les cultures tropicales. Ces chiffres, ce sont les baisses d'utilisation de produits phytosanitaires obtenues par les fermes Dephy en moyenne sur les années 2015-2016-2017 par rapport au niveau de traitement initial, en 2010-2011.

Ces exploitations agricoles se sont engagées, après le Grenelle de l'environnement, à éprouver les techniques et systèmes agricoles leur permettant de réduire l'usage des produits phytosanitaires. L'objectif : prouver qu'une baisse des intrants chimiques était possible en changeant les pratiques et les systèmes, sans forcément perdre en productivité et en rentabilité. Cela se vérifie dans 77 % des cas, indiquait le chercheur Martin Lechenet, lors du colloque Dephy, le 13 novembre dernier.

Au fil des années, le réseau a pris de l'ampleur, pour atteindre 3.054 fermes en 2018, couvrant l'ensemble des cultures et du territoire. La taille de l'échantillon est importante, et sa répartition aussi, car les solutions à mettre en place ne sont pas les mêmes selon les cultures et les contextes pédoclimatiques.

Des pratiques connues mais pas forcément adoptées

En grandes cultures et polyculture élevage, la baisse moyenne de 14 % cache de grandes disparités. Ainsi, les systèmes agricoles initialement non économes ont des résultats bien supérieurs. 41 % d'entre eux ont baissé de 25 % leur indice de fréquence de traitement (IFt), 12 % l'ont réduit de moitié. "Au-delà d'un certain seuil d'usage de produits phytosanitaires, il apparaît difficile de poursuivre la réduction sans changer radicalement de système", note le réseau Dephy.

Labour, faux semis ou décalage de la date de semis, allongement des rotations, choix de variétés, développement de plantes compagnes, désherbage mécanique… font partie des solutions à combiner pour réduire l'usage des produits phytosanitaires. Plusieurs leviers doivent être actionnés conjointement pour réduire les pressions, qu'elles proviennent des adventices ou des bioagresseurs. "Dans une large majorité de cas, les baisses d'IFt mobilisent des leviers dont on aurait pu penser, parce qu'ils sont connus de longue date, qu'ils étaient largement adoptés, relève le réseau Dephy. Le travail d'accompagnement fait dans le réseau montre d'une part qu'il n'en était rien, d'autre part que la dynamique d'animation des réseaux de fermes a été utile - et sans doute nécessaire - au changement".

Les rendements sont dans la majorité des cas au rendez-vous. En revanche, les agriculteurs soulignent une plus grande charge de travail, relative à la mécanisation mais aussi aux besoins d'observer davantage ou à une prise de décision plus complexe.

Recréer des équilibres naturels

En horticulture, où la baisse est la plus forte (moins 43 % en sept ans), les résultats s'expliquent par une "nécessité absolue", selon Ardavan Soleymani, animateur de réseau. De nombreuses substances actives sont en effet retirées du marché, il va falloir s'en passer. Lutte biologique, plantes de service ou encore infrastructures agroécologiques sont mises en oeuvre pour limiter le recours aux insecticides. Le paillage permet quant à lui de réduire l'usage des herbicides.

Et la filière teste de nouvelles solutions. A l'instar de Pierre Haberschill, qui produit de jeunes plants sous serre chauffée. Cet horticulteur expérimente l'apport de pollen pour attirer les prédateurs naturels. Résultat : moins 10 % de coût et de temps de travail selon lui. Seule limite : cette technique ne serait pas efficace sur toutes les plantes.

En viticulture, la baisse moyenne obtenue par les fermes Dephy a été de 17 % en sept ans, "tout en faisant des vins de qualité", explique Laurent Delière, représentant de la filière. Près de 80 % des phytosanitaires utilisés en viticulture sont des fongicides, pour lutter contre l'oïdium et le mildiou. Pour réduire leur usage, le mot clé est l'efficience du traitement, grâce à l'observation, des outils d'aides à la décision et des conseils techniques. Ces bonnes pratiques permettent d'adapter la dose à la pression et au volume de végétation. Fabien tarascon, viticulteur en Haute Garonne (10 ha de vignes) expérimente aussi l'enherbement entre les rangs, "pour créer un équilibre entre la vigne et son milieu". Conjugué aux engrais verts et à la taille, cette pratique lui a permis de réduire de 20 à 30 % le recours aux phytosanitaires.

Réactions1 réaction à cet article

 

Prédateurs naturels de déprédateurs, lutte biologique, infrastructures agroécologiques, paillage, efficience du traitement grâce à l'observation, création d'un équilibre entre la culture et son milieu, engrais verts, ... : que de gros mots, d'élucubrations "d'écolo-bobo", de délires de "parisiens" qui n'y connaissent rien à l'agriculture pour beaucoup jusqu'à présent !
Pourtant, ça marche dans au moins 3 cas sur 4... Et c'est le réseau Dephy qui le dit.

Pégase | 04 décembre 2018 à 09h36
 
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