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Aménagement : "Renforcer le lien entre l'eau, le sol et le végétal malgré les contraintes de la ville"

Grâce à la cartographie et la modélisation, Lyon cherche à mieux comprendre et anticiper les effets du changement climatique en ville. Retour sur les dernières expérimentations avec Luce Ponsar, cheffe de projet plan climat de la métropole de Lyon.

Interview  |  Aménagement  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
   
Aménagement : "Renforcer le lien entre l'eau, le sol et le végétal malgré les contraintes de la ville"
Luce Ponsar
Cheffe de projet plan climat de la métropole de Lyon.
© T.Fournier
   

Actu-environnement : Lyon a lancé différentes initiatives pour mieux comprendre le phénomène des îlots de chaleur. Quelles expérimentations avez-vous menées pour mieux concevoir la voirie ?

Luce Ponsar : Nous souhaitions comprendre comment les matériaux de la voirie chauffaient en fonction de la couleur, la composition, etc. Nous avons donc équipé de capteurs de température de surface neuf échantillons des matériaux les plus utilisés.

Nous avons testé deux bitumes : un enrobé neuf, noir, le même en place sur la voirie depuis au moins 15 ans. Nous avons également mesuré le comportement du béton clair, du béton clair usé, du béton foncé, du calcaire, du granit clair, du béton drainant clair et du ghorre.

Nos résultats ont permis de distinguer trois grandes catégories de matériaux : la première est ceux qui chauffent au maximum à 40°C. Le record, sans prendre en compte les végétaux, est détenu par le ghorre. Nous pouvons en retrouver place Bellecour, c'est une sorte de terre battue. Vers 16h, heure ou les matériaux atteignent leur température maximale, il monte environ à 35-40°C. Ce qui est assez satisfaisant. Ensuite, les bétons clairs, le calcaire et le granit clair atteignent 40°C maximum.

La seconde catégorie regroupe les matériaux qui ne chauffent pas trop – autour de 45 à 50°C : le béton gris clair, le béton clair usé et le béton drainant.

Dans la dernière catégorie, nous retrouvons l'enrobé. Qu'il soit rouge, noir, ou gris du fait de son vieillissement, il monte toujours à près de 60°C.

Nous allons désormais appliquer ces premiers résultats dans nos métiers de manière plus régulière.

AE : L'utiliserez-vous comme un outil d'aide à la décision ?

LP : Nous avons mis au point avec le bureau d'études E6, basé à Bordeaux, un outil, Score ICU, qui permet de noter les futurs aménagements. Le score est moyenné en fonction des surfaces occupées : en bitume, en stabilisé, etc. Cet outil a pu être développé grâce à notre travail de la mesure des températures. Nous avons franchi une première étape mais nous avons encore besoin de roder notre message. L'outil est en place, nous avons acquis la connaissance maintenant il faut l'intégrer réellement dans les pratiques des métiers. Les informations sur la thermique des matériaux ne figurent pas encore dans la fiche fournie par le fournisseur.

AE : Quels sont les résultats de l'expérimentation menée dans la rue Garibaldi, avec des arbres "connectés", équipés de capteurs de température, de tensiométriques qui montrent la disponibilité de l'eau pour les racines et microdendrométriques, qui permettent de suivre les variations du diamètre de l'arbre ?

LP : Cette expérimentation s'inscrit dans le cadre d'un projet européen, bIoTope. Nous avons réalisé des tests d'irrigation sur une des bandes plantées de la rue Garibaldi.

Nous avons montré tout d'abord que lorsque les arbres étaient en stress thermique, en manque d'humidité dans le sol, la croissance de l'arbre ralentissait. Nous avons également constaté que l'arrosage tel que nous l'avons pensé permet de reconstituer les réserves hydriques du sol.

Désormais nous devrons prouver la corrélation entre un bon arrosage et une bonne activité évaporatrice, en comparaison à d'autres arbres qui n'ont pas été irrigués. Dans cette optique, nous avons ajouté rue Garibaldi des vannes connectées qui permettent de déclencher l'arrosage au bon moment, à distance, etc. Nous avons également équipé deux autres bandes plantées pour réaliser des tests plus fréquents.

AE : Qu'est-ce que pourrait être un bon arrosage des arbres ?

LP : Normalement un arbre ne doit pas être arrosé pour qu'il puisse développer des racines pour aller chercher l'eau dans le sol et asseoir son ancrage.

L'idée est d'intervenir dans les moments où il fait particulièrement chaud durant lesquels l'arbre est en stress hydrique pour l'aider à conserver son activité de rafraichissement.

Faut-il mieux choisir un arrosage en mode pluie avec une grosse quantité qui arrive d'un coup ou privilégier le goutte à goutte ? Nous devrons encore trouver comment nous arrosons et à quelle fréquence pour ne pas déséquilibrer le système naturel et le rendre dépendant.

AE : D'où provient l'eau pour l'arrosage ?

LP : Lors de l'aménagement de la rue Garibaldi, la communauté urbaine de Lyon a installé un bassin souterrain, à l'intérieur de l'ancienne trémie. Il récupère l'eau de pluie des pistes cyclables, des trottoirs, des espaces verts et de l'espace des transports en commun.

L'été dernier nous avons récupéré 250.000 litres d'eau dans le bassin. Ensuite, il y a la question du partage de la ressource entre l'arrosage des arbres, de l'utilisation pour le lavage des rues, un autre des usages prévus.

L'été dernier, nous étions en phase de rodage et les camions de nettoyage urbain ne sont pas allés se remplir à ce bassin.

AE : Quels sont vos futurs projets ?

LP : Une de nos pistes de travail serait comment obtenir des sols qui permettent aux espèces de se développer correctement. Nous souhaitons renforcer le lien entre l'eau, le sol, le végétal malgré les contraintes de la ville qui ne permettent pas toujours de faire ce que nous voulons.

Nous réfléchissons également à comment répondre à des demandes des habitants qui veulent un arbre près de chez eux. Une réponse pourrait être d'implanter un arbre en surface dans un bac semi-enterré. Les pieds des arbres pourraient être des lieux où les personnes puissent planter et utiliser ces espaces. Enfin depuis le 15 avril, nous encadrons avec le laboratoire ESO de Nantes une thèse sur une approche plus sociale : comment les grand-lyonnais vont-t-ils s'adapter au réchauffement climatique ? Une des hypothèses de recherche est que selon leur parcours, leur histoire, leur relation avec le climat, les gens n'ont pas les mêmes capacités d'adaptation face à une augmentation de chaleur en ville.

Réactions1 réaction à cet article

 

Axe de recherche, de travail et de développement particulièrement utile au regard des contraintes que subissent les villes face au changement climatique. Couplée au choix des matériaux urbains, la végétalisation des surfaces horizontales et surtout verticales des villes est très certainement une réponse pertinente à la gestion de la chaleur estivale.
La généralisation des capteurs solaires en toitures apporterait également à la fois confort thermique et source d'énergie renouvelable non négligeable (reste à convaincre les ABF...).
Bref, la ville n'a pas fini de se réinventer pour s'adapter à ces nouvelles contraintes. Indispensable et stimulant.

Pégase | 28 mai 2019 à 10h25
 
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