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Sécheresses répétées : des dommages irréversibles sur les forêts ?

Depuis 2015, les périodes de chaleur et de sécheresse fragilisent les peuplements forestiers, particulièrement dans l'Est de la France. La rapidité des changements climatiques pose question quant à leur capacité à s'adapter de manière naturelle.

Biodiversité  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com

Dans l'Est de la France, les forêts vont mal. La sécheresse exceptionnelle de 2018, qui a duré de juin à octobre, a considérablement fragilisé les arbres. D'autant qu'ils étaient "déjà perturbés par les épisodes de sécheresses et de chaleur localement importants de la période 2015 à 2017", souligne le département de la santé des forêts (DSF) du ministère de l'Agriculture, qui consacre une note à ce sujet. "Les dommages sont essentiellement marqués dans les régions Bourgogne-Franche Comté et Grand-Est".

Flétrissements, jaunissements, rougissements précoces et chutes de feuilles sont apparus au sommet des arbres dès juillet 2018. Les hêtres, charmes, tilleuls, chênes et bouleaux sont essentiellement touchés. Mais les résineux, comme le douglas, n'ont pas échappé au phénomène.

"Les premiers dégâts se sont manifestés dans les peuplements les plus fragiles : sur station à faible réserve en eau, versants sud, lisières, peuplements de basse altitude et les régénérations et jeunes plantations", note le DSF. Ce sont les premiers signes visibles. Mais à moyen et long terme, l'ensemble des peuplements sont fragilisés…

Des mortalités exceptionnelles sur plusieurs milliers d'hectares

"Dans un premier temps, les arbres affaiblis subissent les attaques de parasites de faiblesse (insectes et champignons), qui sont d'autant plus nombreux que les températures élevées ont augmenté la vitesse de développement des bioagresseurs (plus de générations d'insectes)". Pins, épicéas et sapins subissent particulièrement les assauts des insectes ravageurs.

Depuis le printemps 2019, le DSF constate également des mortalités exceptionnelles de hêtres adultes. "Ce phénomène touche le Grand-Est et la Bourgogne-Franche-Comté, en particulier l'axe Belfort-Gray, mais il dépasse également les frontières. Le constat touche une vaste zone représentant plusieurs milliers d'hectares", souligne-t-il. Les parasites, peu présents pour l'instant, pourraient profiter de cette fragilisation et amplifier le phénomène.

Les peuplements de pin sylvestre, de sapin et de douglas enregistrent également des mortalités d'individus adultes, mais dans une moindre mesure. Elles devraient néanmoins se poursuivre, note le DSF.

Par ailleurs, "le stress subi par les arbres se manifeste par d'autres symptômes comme les coups de soleil sur les essences à écorce fine, des nécroses, de la microphyllie, des fortes fructifications, des mortalités d'organes pérennes…". Ces phénomènes touchent les châtaigneraies de la Creuse (fructification), les douglaisaies de Corrèze (jaunissements), les chênaies et robiniers du massif central (houppiers clairs). Ils devraient se poursuivre et même s'amplifier "si les conditions chaudes et sèches de ce début d'été 2019 perdurent". Et c'est bien parti pour, à en croire les prévisions saisonnières de Météo France...

Accroître la résilience des forêts

Ces dernières années, les impacts du climat sur la forêt font l'objet de nombreux travaux. L'Inra, l'Irstea, l'ONF, le réseau Aforce et d'autres sont mobilisés sur le sujet. "Les capacités d'adaptation des forêts (ampleur et vitesse de l'évolution, seuils de rupture) restent mal connues : elles dépendront, d'une part, du réservoir de diversité (les ressources génétiques) et, d'autre part, de l'intensité des forces évolutives", notait l'observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), en 2014, dans une étude sur les forêts face au climat.

Le projet Reforce, coordonné par le centre Irstea de Grenoble et rassemblant des partenaires européens et canadiens, planche justement sur la résilience des forêts. L'objectif est de comprendre les mécanismes mis en oeuvre par les forêts pour s'adapter. Deux échelles de temps sont étudiées. A court terme, il s'agit d'identifier la résilience des essences constituant actuellement les forêts face à la sécheresse. A long terme, il s'agit de voir comment pourrait évoluer la composition des forêts face aux changements climatiques (colonisations, extinctions, propagations…).

Les capacités d'adaptation spontanées de la forêt risquent de ne pas suffire face à la rapidité des changements climatiques, prévient l'Onerc. Les déplacements des zones bioclimatiques vers le nord sont évalués à 500 km en un siècle, alors que la vitesse de migration naturelle des espèces forestières est de l'ordre de 50 km par siècle… "Il est donc très difficile d'anticiper la réaction naturelle de la forêt aux évolutions climatiques et de préjuger de l'efficacité future des stratégies actuelles d'adaptation des arbres au stress hydrique", alerte l'Onerc.

De nouvelles espèces pour renouveler les forêts ?

L'homme tente donc d'intervenir. En sélectionnant les individus les plus résistants, en améliorant la génétique, en créant des couloirs de migration ou, comme le fait le projet expérimental Giono, mené par l'ONF, en forçant l'exode climatique de certaines espèces. L'idée : sélectionner des arbres (chênes, hêtres…) dans le sud de la France, plus adaptés à la chaleur et à la sécheresse, pour les planter dans la forêt de Verdun (Meuse). "L'analyse du comportement des 700 arbres plantés issus de graines récoltées permettront in fine de mieux déployer la migration assistée de peuplements méridionaux", indique l'ONF.

C'est une des pistes envisagées par l'Onerc, bien que ce dernier souligne les "incertitudes existantes" sur l'impact des nouveaux milieux d'implantation sur ces arbres.

Cependant, à court terme, en choisissant des espèces à croissance rapide, cette solution pourrait permettre de renouveler régulièrement les espèces et de sauvegarder des forêts. "Les résineux à croissance rapide (douglas, pin maritime) et le peuplier sont choisis comme essences de transition, susceptibles de pouvoir accomplir une révolution avant d'être trop affectées". L'implantation d'essences exotiques, envisagée également, doit faire l'objet d'expérimentation pour évaluer leur adaptabilité, mais aussi les risques liés à l'existence des parasites indigènes ou à l'importation de parasites exogènes venant perturber un écosystème déjà fragilisé.

Réactions4 réactions à cet article

 

@Sophie: Vous devriez prendre des vacances. Trop de "boulot" certainement (bouleaux dans le texte) ;)

Cyril31 | 24 juillet 2019 à 14h59
 
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Bientôt, bientôt :-)
C'est corrigé, merci pour votre vigilance !

Sophie Fabrégat Sophie Fabrégat
24 juillet 2019 à 15h10
 
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Bonjour,

Toujours le même problème : on regarde la canopée (donc les symptômes) tout en oubliant ce qui se passe sous terre, au niveau de la rhizosphère, avec notamment la mycoflore symbiotique associée de façon vitale aux racines des arbres.(voir travaux de mes collègues de l'INRA Nancy F. Marin, Le Tacon et J. Garbaye)
C'est aussi une des conséquences de la sylviculture moderne et de ses impacts sur la diversité des symbiotes fongiques. En multipliant les peuplements forestiers monospécifiques et de type équien, on a oublié complètement la biodiversité fongique qui permet d'améliorer la résilience des arbres et des forêts aux stress climatiques.
Pourquoi ne fait-on pas plus confiance une fois de plus aux scientifiques ? On assiste à un effondrement de la Biodiversité des champignons mycorhiziens EcM en forêt, avec des Genres particulièrement touchés comme les Russules, etc.

JG05 | 28 juillet 2019 à 11h45
 
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@JG05 : Est-ce que l'on est capable de maintenir ou de générer cette biodiversité des champignons en replantant des essences variées, et à des stades différents?
Autrement dit, (je précise que je suis totalement béotien dans ce domaine) peut-on recréer des forêts anciennes en mimant ce que fait la nature, ou doit-on laisser les massifs anciens existants en paix?
Ce n'est pas une surprise mais à vous lire, ce sont encore une fois des considérations économiques qui ont prévalu sur les aspects scientifiques.

Cyril31 | 29 juillet 2019 à 10h50
 
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