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Sortie du glyphosate : les retours d'expérience des fermes Dephy

Le glyphosate sera interdit sous trois ans pour la plupart des usages. Les fermes Dephy expérimentent depuis 8 ans les pistes pour réduire leur consommation de phytosanitaires. Elles ont aussi exploré les voies pour se passer de cet herbicide total.

Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Comment se passer en trois ans d'un produit miracle, utilisé par de nombreux agriculteurs depuis plus de quarante ans en France ? Telle est la question posée aux chercheurs, mais aussi aux producteurs, depuis que le gouvernement a annoncé une sortie sous trois ans du glyphosate pour la majorité des usages.

Cet herbicide total est très consommé en France. En 2017, 8.800 tonnes de ce produit ont été vendues. Il est présent dans 180 formulations, autorisé pour 35 usages. Des céréaliers aux viticulteurs, en passant par les arboriculteurs et les maraîchers… beaucoup l'utilisent pour lutter contre les mauvaises herbes, gérer ou détruire des couverts végétaux ou nettoyer les parcelles avant de semer.

Le réseau des fermes Dephy, lancé après le Grenelle pour expérimenter les pratiques et systèmes agricoles réduisant drastiquement le recours aux produits phytosanitaires, s'est penché sur la question. L'objectif était d'analyser les usages des fermes Dephy, filière par filière, et d'identifier les leviers et freins à la sortie du glyphosate.

Le surplus de travail doit être valorisé dans les prix

Dans les grandes cultures et en polyculture élevage, le glyphosate est utilisé entre deux cultures, pour détruire les mauvaises herbes, les repousses, les couverts végétaux et les prairies temporaires. Dans le réseau Dephy, 57 % des agriculteurs de cette filière l'utilisent, avec une application moyenne de 300g/ha/an. "Souvent, il s'agit plutôt d'une application de 600 g/ha tous les deux ans", souligne Nicolas Chartier, chef de projet Dephy à l'institut de l'élevage. Selon lui, "moins on travaille le sol, plus on utilise du glyphosate". Ainsi, les agriculteurs qui pratiquent le labour se situent à 115g/ha/an, quand ceux qui sont en semis direct, sans travail du sol, sont à 580 g/h/an. L'alternative au glyphosate ? La destruction mécanique des indésirables. Mais cela demande du temps, des outils et une remise en cause des pratiques pour les défenseurs du semis direct et de l'agriculture de conservation, qui ne travaillent pas les sols.

Robert Melix, céréalier dans l'Aude, a converti son exploitation en bio avant de la transmettre à ses enfants. Il utilisait auparavant 360g/ha/an de glyphosate avant les semis. Désormais, il a recours à la mécanique. "On a besoin de plus d'outils qu'avant : scalpeur, bineuse, écimeuse… Et on consomme plus de gasoil : on est passé de 60 l/ha à 110-120 l/ha, raconte-t-il. Cette année, qui a été très pluvieuse, on a dû passer cinq fois, on se pose alors des questions ! Mais notre travail est récompensé car le produit est mieux valorisé sur le marché", souligne l'agriculteur. Cette question de valorisation est essentielle, quelle que soit la filière : le consommateur doit être prêt à soutenir les changements de pratiques des agriculteurs en payant le juste prix.

Des freins dans les contextes difficiles et les productions peu valorisées

En arboriculture, le glyphosate est utilisé pour désherber entre les ranges des arbres fruitiers. Près de 90 % des systèmes y ont recours au moins une fois par an. Si la dose moyenne appliquée est de 810g/ha/an, elle varie fortement selon les productions mais aussi selon les agriculteurs. L'écartement des arbres, l'âge du verger, l'espèce cultivée et le mode de récolte sont déterminants. Le contexte est également très important : si le sol est en pente, caillouteux, argileux, les passages mécaniques seront complexifiés. Cela est vrai aussi dans les autres filières, ce qui posera à terme la question du maintien de ces cultures dans ces conditions…

Dans le réseau Dephy Basse Durance, de nombreux arboriculteurs testent le travail du sol et la pose de bâches tissées, pour limiter l'enherbement. Seule contrainte : la bâche doit être installée lors de la création du verger. "Cela fonctionne bien pour les fruits à noyaux, qui ne sont pas soumis à la pression du campagnol provençal. Les résultats sont encore là six ou sept ans après la pose de la bâche. Cela permet une suppression totale du glyphosate et des autres désherbants foliaires", note Christophe Mouiren, ingénieur de ce réseau. Si cette technique a un coût (entre 1.700 € et 2.500 €/ha) et nécessite du temps (50 à 60h de pose), elle apporte également des avantages : "Les sols se réchauffent plus vite au printemps et il y a une moindre évaporation des eaux d'irrigation", explique Christophe Mouiren.

En viticulture, le glyphosate est utilisé par un système sur trois, pour désherber sous le rang. Frédéric Maillet, viticulteur du château des Fines Roches (vallée du Rhône), s'est fixé comme objectif de réduire de 50 % le recours à cet herbicide, et totalement d'ici 2025 : "On y arrive mais il faut des investissement conséquents, matériels mais aussi humains, raconte-t-il. Cela demande une modification complète de la gestion du domaine. Et cela peut s'avérer compliqué lorsque les vignes ont peu de valeurs".

Difficile mais pas impossible, la sortie du glyphosate demande donc une mobilisation forte des agriculteurs, des organisations agricoles, mais aussi de la recherche et du consommateur.

Réactions2 réactions à cet article

 

J'ignorais l'existence de ces fermes.

Est-ce un cache-sexe ?

"Le concept "raisonné" ou "raisonnable" a des raisons ... que le Crédit agricole ne connait pas" comme ne pouvait pas dire Blaise Pascal.

Soit le glyphosate tue, soit il ne tue pas

Pour ce qui est des pesticides de synthèse, la majorité des agricultueurs et maraîchers a été trompée par le discours et les commerciaux des fabricants avec la complicité de leur syndicat ; alors que les gouvernements de gauche ou de droite se gardaient bien de contrarier ce précieux électorat.

Pour aider à faire le pas, il serait donc bon que les collectivités en charge directe ou indirecte de restauration collective contribuent à privilégier dans les appels d’offre les agriculteurs et maraîchers en reconversion, et à fortiori les agriculteurs et maraîchers récemment passés à l’agribioculture, sinon à l’agripermaculture.

Il serait donc peut-être constructif et fécond que lors des futures manifestations mensuels liées à l'Appel des coquelicots* - chacun "ici" a dû signer, je présume - soit remis au maire ou laissé dans la boîte aux lettres de la mairie une demande de privilégier ou faire privilégier dans les contrats avec des sociétés de restauration les producteurs respectueux depuis longtemps ou récemment de la santé de nos enfants. Et aussi celle de leurs parents et grand-parents pour ce qui est des restaurants d’entreprises et autres maisons de retraites.

*350 000 signatures en deux moi et deux jours :-)))))

Sagecol | 16 novembre 2018 à 10h08
 
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C'est bien triste pour Charlie, journal anticlérical dont j'ai tous les numéros depuis 1992, de se convertir à la religion écolo...
Le pauvre Nicolino ne sait plus s'exprimer sans invective ni insulte (article ridicule sommant de virer Genet)...
Jules César a signé pour la pétition des coquelicots qui relève du n'importe quoi.

Albatros | 19 novembre 2018 à 19h30
 
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