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Stations de ski : le CGDD décline les pressions quantitatives sur la ressource en eau

Le Commissariat général au développement durable rappelle les pressions exercées sur la ressource en eau en montagne, notamment du fait de la demande des stations de sports d'hiver. Le réchauffement climatique requiert une transition.

Eau  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com

"Confrontées à une baisse tendancielle de l'enneigement naturel, sous l'effet du changement climatique, les stations ont de plus en plus recours à l'enneigement artificiel. Or l'hiver, les cours d'eau, en période d'étiage, sont au plus bas", pointe le Commissariat général au développement durable (CGDD) dans une publication sur l'eau dans les stations de ski. "Ces pressions sur l'eau peuvent entraîner une tension sur la ressource et des conflits d'usage" pointe la publication.

Habituellement, la masse de neige accumulée au sol augmente pendant l'automne, l'hiver et une partie du printemps. Celle-ci constitue une réserve d'eau, qui lors de la fonte, au printemps et en début d'été, alimente les rivières des montagnes et plusieurs grands fleuves.

Or ce stock n'est plus aussi important qu'avant. Par rapport à la période 1981-2010, l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique, montre qu'il manque près de 20 kg/m2 de neige par décennie sur l'ensemble des massifs, soit -12 % par décennie par rapport à la normale. Tous les massifs ne sont pas touchés de la même façon. La réduction du manteau neigeux est ainsi plus importante dans les Alpes du Nord (-34 kg/m2 par décennie) que dans les Alpes du Sud (-16 kg/m2 par décennie) ou dans les Pyrénées (-8 kg/m2 par décennie).

Les causes de cette baisse ? La réduction de la fraction des précipitations tombant sous la forme de neige au profit de la pluie et une fonte plus importante du manteau neigeux.

9.000 hectares susceptibles d'être enneigés artificiellement

Face à cette tendance, la majorité des stations ont choisi de s'équiper. Si en 1979-1980, la France comptabilisait 19 hectares susceptibles d'être enneigés artificiellement, désormais la couverture des domaines skiables grâce à la neige de culture atteint 35 %, soit près de 9.000 hectares.

Dans un audit, présenté en février dernier, la Cour des comptes déplorait une stratégie court-termisme de certaines stations. "Outre une contribution nécessaire aux préoccupations environnementales, le tourisme en montagne doit rechercher une diversification prudente de l'offre des activités et préparer la reconversion des sites les plus menacés", estimait-elle.

En moyenne, l'Observatoire de la Savoie considère qu'il faut 1m3 d'eau pour produire 2m3 de neige de culture. "L'absence de données partagées sur le nombre d'enneigeurs, leur consommation annuelle d'eau et leur mode d'alimentation rend difficile l'analyse locale des prélèvements d'eau liés aux enneigeurs", note toutefois le Commissariat général au développement durable.

25 millions de m3 nécessaires pour l'enneigement artificiel

Comme ordre de grandeur, la chambre syndicale Domaines skiables de France évalue à 25 millions de m3 le volume d'eau total prélevé nécessaire pour l'enneigement artificiel. Les prélèvements en eau pour alimenter les enneigeurs proviennent principalement de trois types de sources : le prélèvement direct sur la ressource en eau (superficielle ou souterraine), le prélèvement via le réseau d'alimentation en eau potable et le pompage dans les retenues d'eau.

Pour mémoire, selon le Commissariat général au développement durable, le volume d'eau douce total prélevé chaque année en France métropolitaine est estimé à plus de 30 milliards de m3. Environ 17 milliards sont destinés au refroidissement des centrales électriques et 5,6 milliards à l'alimentation des canaux pour leur navigabilité. Ces usages restituent la quasi-totalité de la ressource dans les milieux naturels. Pour le reste, 5,3 milliards sont destinés à la production d'eau potable, 2,7 milliards aux usages agricoles et 2,7 milliards aux industriels.

Une demande en eau accrue avec les pics de fréquentation

La pression sur la ressource en eau dans les stations peut également provenir de l'activité touristique. "Rapportés au nombre d'habitants permanents, les volumes prélevés pour l'alimentation en eau potable dans les communes supports de stations sont nettement plus élevés que ceux provenant des autres communes de montagne - 278 m3 contre 150 m3 par habitant en moyenne -, souligne le CGDD. Les écarts sont d'autant plus visibles que la station de ski est importante. Ainsi, le Commissariat rapporte que pour les communes qui ont aménagé des grandes stations, les volumes annuels prélevés par habitant atteignent, en moyenne, 381 m3 par habitant, soit 2,5 fois plus que les volumes moyens des communes de montagne n'ayant pas installé des stations de ski.

Autre difficulté pour les stations : les pics de fréquentation saisonniers compliquent la gestion de l'assainissement pour assurer une bonne qualité des traitements des eaux usées.

A partir de 2025, les stations ne pourront plus ignorer le réchauffement

Certains intègrent ces paramètres pour préparer l'avenir. Le conseil départemental de l'Isère a ainsi commandé un outil de projection à long terme de l'enneigement sur ses 23 stations. L'objectif ? Arbitrer le subventionnement des projets d'équipements sur la base d'un diagnostic établi à partir des connaissances et des outils scientifiques. Les projections de l'enneigement ont également été utilisées pour évaluer l'impact de la production de neige de culture sur la ressource en eau. "A l'échelle globale des 23 stations, nous avons montré que, jusqu'en 2025, c'est l'augmentation des surfaces équipées qui influence le plus la quantité de neige à produire et donc le besoin en eau, alors qu'à partir de 2025, c'est l'évolution du climat qui devient le facteur principal d'accroissement de la production de neige si le taux des équipements en neige de culture demeure inchangé", a précisé Hugues François, ingénieur au Laboratoire Ecosystèmes et sociétés en montagne d'Irstea. "Par ailleurs, nous avons évalué que cela reviendrait à multiplier par 2,5 à 3 la consommation globale en eau entre 2001 et 2025 ".

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