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Terres agricoles : la nouvelle frontière du photovoltaïque au sol

Les porteurs de projets photovoltaïques aimeraient pouvoir développer de grands parcs sur des terres agricoles. Mais cet appétit de foncier n'est pas du goût des agriculteurs. Les pouvoirs publics jugent que rien ne presse.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

A l'occasion du colloque organisé début novembre par l'Office franco-allemand pour la transition énergétique (Ofate), les professionnels du secteur des grandes centrales photovoltaïques au sol ont défendu le développement de parcs sur des terres agricoles. Un pacte gagnant-gagnant pourrait lier le solaire à une activité agricole.

L'accès au foncier jugé complexe

Le cahier des charges des appels d'offres pour les grandes centrales photovoltaïques accorde un bonus aux projets implantés sur des terrains dégradés (9 % de la note finale). "Ca fait souvent la différence", insiste Cédric Bozonnat, du bureau des énergies renouvelables au ministère de la Transition écologique, puisque "les conditions économiques des projets sont souvent proches". Près de la moitié des projets retenus sont situés sur des terrains dégradés. Les autres terrains éligibles sont ceux à urbaniser et ceux situés dans certaines zones naturelles qui ne nécessitent pas défrichement. L'Etat veut ainsi épargner les zones agricoles, pastorales et forestières.

 
Et le solaire Flottant ? Le solaire flottant est vanté par Neige Bréant, de la société Ciel & Terre. Si son coût reste de 5 à 20% plus élevé que le solaire classique, la technologie progresse vite et des gains peuvent être réalisés sur d'autre poste (clôture et protection des parcs, absence de baux, etc.). Surtout, le potentiel est très important dans les régions montagneuses dotées de nombreux plans d'eau.

Pour l'instant, la principale difficulté reste administrative. Faute de cadre règlementaire dédié, les projets "ne rentrent pas dans les cases des dossiers". Lorsque l'administration reçoit une demande, le porteur du projet "a droit à de gros yeux ronds", déplore Neige Bréant.
 

Mais les porteurs de projets craignent que la concurrence, pour accéder au foncier, limite la qualité des terrains proposés et renchérisse les coûts. "L'accès au foncier est complexe. On n'arrivera pas à mobiliser des terrains uniquement avec les sols dégradés et les parkings", estime Antoine Dubos, directeur du développement de Photosol. Il juge que la politique actuelle limite l'offre à des parcelles de petite taille, impose des coûts de dépollution, rallonge les délais du fait de la mise à jour des documents d'urbanisme et pose des problèmes de biodiversité lorsque "la nature a repris ses droits".

L'Allemagne pour exemple

Les porteurs de projets aimeraient développer des parcs sur des terrains agricoles "délaissées" ou "défavorisées". L'Allemagne l'autorise, à condition que les terrains soient classés comme tel par l'Union européenne et que le Lander concerné donne son feu vert. Un tiers de la surface agricole allemande est concernée. Outre-Rhin le photovoltaïque au sol (12,3 gigawatts (GW) installés) couvre un peu plus de 27.000 ha, essentiellement d'anciennes zones industrielles ou des terrains militaires (16.800 ha). Les terres agricoles arrivent en deuxième position avec 7.100 ha, soit 0,1% de la surface agricole. Pour l'instant, les pouvoirs publics enregistrent peu de conflits. Mais la situation pourrait évoluer puisque le recours aux terrains agricoles était quasi inexistant il y a deux ans.

Cette politique suscite l'intérêt des acteurs français. "Lorsque la location d'un terrain rapporte plus que l'activité agricole, ça doit nous interroger", estime Xavier Daval, directeur de kiloWattsol. Selon lui, "utiliser les jachères feraient sens". En l'occurrence, il ne souhaite pas substituer le photovoltaïque à une activité agricole, mais promouvoir "la symbiose entre la production solaire et l'activité agricole". Cet "agrivoltaïsme" est aussi défendu par Photosol. Mais ce "contrat gagnant-gagnant" ne fonctionne que "si on a une vraie exploitation agricole, c'est-à-dire avec une prairie et une herbe de qualité", insiste Antoine Dubos.

Opposition stricte de la FNSEA

Reste à convaincre les agriculteurs. La tâche s'annonce délicate : Patrick Benezit, secrétaire général adjoint de la FNSEA, est "strictement opposé aux centrales photovoltaïques sur les terres agricoles". Ce type de projet "est un contresens environnemental", explique-t-il. Pour les agriculteurs, la priorité reste l'équipement des toitures, notamment agricoles. "Il faut saturer les toits, pour familiariser les agriculteurs aux solaire, avant d'explorer la piste de l'agrivoltaïsme"

Pour l'instant, les pouvoirs publics semblent du même avis. L'agrivoltaïsme peut être expérimenté dans le cadre de l'appel d'offres "innovation", mais l'Etat n'est pas prêt à aller plus loin. Le sujet "n'est pas du tout mûr pour être inclus dans les appels d'offres classiques", explique Cédric Bozonnat. Le représentant du ministère de la Transition écologique explique surtout qu'il y a suffisamment de candidats. En outre, le ministère privilégie plutôt l'élargissement de la liste des sites éligibles aux délaissés autoroutiers (les bandes de 100 m de large qui bordent les autoroutes) et aux terrains militaires.

Reste toutefois que l'accès aux terres agricoles n'est pas impossible. Lorsqu'il y a un contentieux, il porte essentiellement sur l'analyse de la valeur agricole des terres, explique Paul Elfassi qui a passé en revue la jurisprudence. L'avocat associé au cabinet BCTG ajoute qu'"un dossier solide peut justifier d'aller contre un avis négatif de la chambre d'agriculture". Enfin, en matière d'agrivoltaïsme, le juge n'exige pas d'activité agricole identique à celle existante, mais il veut un projet solide et conforme aux pratiques agricoles de la région.

Réactions7 réactions à cet article

 

Je ne vois pas où se situe le problème agricole lorsqu'on fait pâturer des ovins dans un champ de panneaux photovoltaïques ainsi que l'illustre la photo de l'article, sous réserve bien sûr que les parcelles concernées n'aient pas un potentiel agronomique trop élevé.
Quant à équiper les toitures des bâtiments agricoles, on voit surtout sortir de terre un peu partout des hangars flambant neufs plutôt que de la pose sur existant. Normal puisque la structure porteuse doit pouvoir supporter le poids des panneaux + celui de la neige.
Mais il serait bon que l'Etat réfléchisse à deux fois à préférer des zones naturelles : les fondations en béton, les tranchées de raccordement et le chantier en lui-même ont forcément un impact sur la biodiversité sauvage. L'étude d'impact doit donc bien prendre en compte ce volet.

Pégase | 23 novembre 2018 à 09h27
 
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Bien sûr Pégase vous avez raison, il y a dans le monde agricole majoritaire une gabegie de consommation d'espace. De plus avant d'attaquer les bonnes terres (mais il peut y avoir un problème d'amendement) il faut se diriger vers les friches industrielles ou militaires souvent inaptes au retour à la vie pastorale, et pourquoi pas les golfs ?

BJ50320 | 23 novembre 2018 à 11h59
 
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Paradoxalement (mais en apparence seulement), les anciens sites militaires sont souvent devenus de plutôt bons conservatoires de la biodiversité sauvage, même s'il lui faut faire avec les pollutions laissées par les militaires (plomb, munitions non explosées, résidus chimiques ou faiblement radioactifs, fuites d'hydrocarbures et fluides divers, déchets volontairement enfouis, etc.). Les camps militaires représentent fréquemment des îlots de nature relictuelle dans le désert agricole intensif environnant.
Une étude d'impact sérieuse s'impose donc également pour tout projet.

Pégase | 23 novembre 2018 à 16h05
 
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Pégase a raison et j'ai eu l'occasion de voir le No Man's land entre l'Autriche et la Tchéquie qui a été une parfaite zone de continuité écologique.
Mais faut-il vraiment aller jusque là ?

Albatros | 23 novembre 2018 à 16h16
 
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Dans la dégradation continue de notre espace on voit les promoteurs du P-V s'emparer de l'horizontal alors que les affairistes de l'éolien dénaturent nos ciels avec leurs machines .

sirius | 23 novembre 2018 à 16h39
 
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Il y a, je crois, comme une nuance entre un terrain militaire plus ou moins abandonné dans un pays en paix comme la France et une zone frontalière de conflit chaud ou froid entre deux blocs politiques et militaires.
Quand aux affairistes du nucléaire, ils s'emparent rien qu'en France de bon nombre de magnifiques cours d'eau (Loire, Rhône, Seine, Gironde, Garonne, Vienne, etc.), du littoral (Manche), de zones humides continentales (Monts d'Arrée) et de pas mal de sites terrestres (anciennes mines COGEMA/AREVA, sites de dépôts de déchets radioactifs), etc. ; et ce pour quelques centaines de milliers d'années voire millions d'années. Question dégradation continue (mais aussi quasi éternelle) de notre espace, c'est absolument imbattable !

Pégase | 24 novembre 2018 à 10h58
 
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N'empêche que ce no man's land fut une expérience intéressante question biodiversité. Question liberté, c'est autre chose, évidemment.
YAKA les faire sauter ces centrales, c'est ça, LA solution ?
L'alternative, c'est d'en sortir en garantissant la sécurité sans opposition a priori à de la recherche sur le sujet qui pourrait peut-être éviter que les dégradations ne soient quasi-éternelles.
Un abandon pur et simple est une folie.
NB: je ne suis pas nucléocrate

Albatros | 26 novembre 2018 à 11h11
 
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