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Actu-Environnement

Abandon de la taxe carbone : sale temps pour l'écologie

Sacrifiée sur l'autel de la défaite de l'UMP aux régionales, la taxe carbone a été renvoyée aux calendes grecques mardi 23 mars par le Premier ministre. La mesure provoque un tollé, et s'inscrit dans un contexte propice aux déclarations anti-écolos.

Gouvernance  |    |  Victor Roux-Goeken  |  Actu-Environnement.com
   
Abandon de la taxe carbone : sale temps pour l'écologie
   
Carbonisée, la taxe carbone ! Elle sera européenne ou ne sera pas, a indiqué le Premier ministre François Fillon au cours d'une réunion mardi 23 mars avec les députés UMP. Les propos du chef du gouvernement ont été rapportés par le président du groupe UMP Jean-François Copé à l'issue de cette réunion.

En gestation depuis des mois, destinée à réduire les émissions de gaz à effet de serre françaises tout en verdissant la fiscalité, la taxe carbone est donc pulvérisée pour la deuxième fois en quelques mois. Elle avait été votée avec son cortège d'exemptions en décembre dernier par le Parlement, avant d'être censurée quelques semaines plus tard par le Conseil d'Etat. La deuxième version de la taxe carbone aurait dû entrer en vigueur le 1er juillet. Une consultation avait d'ores et déjà été lancée par le gouvernement début février.

L'UMP revient aux fondamentaux

La taxe carbone est sacrifiée sur l'autel de la défaite de l'UMP aux régionales. Son abandon était réclamé par une majorité d'élus du parti. Le ton avait été donné par le président de la République en personne dans une interview au Figaro Magazine à la veille du premier tour des élections régionales. Il réclamait l'adoption de la taxe après une concertation au niveau national et européen. La mise en place d'un tel dispositif avait pourtant été comparé quelques mois plutôt à l'abolition de l'esclavage ou de la peine de mort par le chef de l'Etat.

L'abandon de la taxe ne fait pourtant pas que des heureux dans les rangs du parti majoritaire. ''Je suis désespérée que ce soit l'écolo-scepticisme qui l'emporte, a déclaré la secrétaire d'Etat à l'écologie Chantal Jouanno à l'AFP. Je ne suis pas en phase avec cette décision. C'était possible de le faire en France avant de le faire en Europe''. Au ministère de l'environnement, un tel écart de la ligne officielle n'avait pas été répertorié depuis la loi sur les OGM en avril 2008, lorsque les députés UMP étaient qualifiés ''d'armée de lâches'' par… l'ancienne secrétaire d'Etat à l'écologie Nathalise Kosciusko-Morizet.

Fabienne Keller est elle aussi ''désespérée et déçue''. Avec la défaite des régionales, ''le gouvernement a reçu un signal dans l'arrêt des réformes. La taxe carbone était la mesure la plus impopulaire'', indique la sénatrice (UMP, Bas-Rhin) et présidente du groupe de travail sur la fiscalité environnementale au Sénat.

Le spécialiste de l'écologie politique Erwan Lecoeur est à l'opposé de cette analyse. ''Si son engagement écologiste avait été de fond, le gouvernement aurait compris que l'opinion publique en veut plus sur l'environnement, comme le montrent tous les sondages et tendances d'opinion. C'est exactement comme lorsque les députés sont en faveur des OGM, alors que l'opinion publique est contre''.

Contexte anti-écolo

Le recul du gouvernement sur la taxe carbone a pour inconvénient de se produire dans un contexte particulièrement peu grenello-compatible : la petite phrase du chef de l'Etat au Salon de l'agriculture - ''l'environnement, ça commence à bien faire'' -, l'autorisation lundi 22 mars d'un terminal charbonnier à Cherbourg (Manche), ainsi qu'un projet de loi Grenelle 2 qui s'annonce très influencé par le lobby anti-éolien. Il pourrait n'être examiné qu'à la fin de l'année, soit trois ans après les conclusions des Etats généraux de l'environnement.

Levée de boucliers des acteurs de l'environnement

Très décriée au moment de son vote par les associations environnementales, car vidée de son contenu par les parlementaires lors de leur examen du Budget 2010, la taxe carbone n'en est pas moins regrettée par le monde de l'environnement. ''Les associations sont scandalisées par le mépris qui caractérise cette décision, écrit le Réseau action climat France dans une lettre ouverte au chef de l'Etat, allant jusqu'à annoncer ''la mort du Grenelle''.

Pour France nature environnement, le gouvernement français envoie ''un très mauvais signal à la communauté internationale et aux Français''. ''Si l'abandon devrait être confirmé au moins de juillet, c'est la compétitivité à long terme des entreprises françaises qui en sera la première victime, renchérit le WWF. En effet, la contribution Climat Energie a pour vocation de permettre l'adaptation des entreprises françaises à la nouvelle donne énergétique et en particulier la remontée inexorable du prix des hydrocarbures''. De son côté, le Medef s'est félicité de ''la décision du gouvernement de renoncer à la taxe carbone'' et s'est dit soulagé ''notamment pour toute l'industrie qui n'aurait pas supporté ce nouveau handicap de compétitivité''.

''Pour masquer son manque de courage politique, Sarkozy jongle avec l'Europe, attendant d'elle parfois une taxe carbone communautaire, d'autres fois une taxe carbone aux frontières, deux mesures qu'il sait vouées à l'échec dans les années qui viennent'', concluent les trois eurodéputés Verts Yannick Jadot, Pascal Canfin et Jean-Paul Besset dans un communiqué. Il sera en effet très difficile pour l'Union européenne de se mettre d'accord sur ce sujet, la fiscalité étant l'un des thèmes devant faire l'unanimité entre les 27 Etats membres.

Réactions11 réactions à cet article

 
Tous les partis perdants

Quelle tristesse !


Je ne sais pas si ce site est orienté politiquement à gauche mais je dois souligner que je suis lecteur assidu et de droite..

Il me semble que pour être vraiment objectif et contrairement à ce que laisse entendre l'article l'opposition n'est pas non plus mécontente de ce recul..

Réaction du porte-parole des Verts, Djamila Sonzogni, "le projet, enterré ce jour par Nicolas Sarkozy, ne sera pas regretté par les écologistes".

Et celle de la secrétaire nationale à l'environnement du PS, Laurence Rossignol, estime que "l'abandon de la taxe carbone, qui était injuste et inefficace, est une bonne nouvelle pour les ménages".
Et de rappeler que c'est l'opposition qui en a portant le sujet devant le conseil constitutionnel l'a de fait condamné..

Je trouve regrettable cette reculade du gouvernement et l'attitude suicidaire des opposants. Mieux vaut voter un loi certes pas parfaite tout de suite et l'améliorer ensuite plutôt que de ne rien faire ! (cf loi sur l'IVG)

Cette loi est inéluctable pourvu que l'Europe (qui servira encore de bouc émissaire) sera plus clair-voyante que nos politiques.

Sylvain | 23 mars 2010 à 20h59
 
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TAXE CARBONE

de toutes façons la taxe carbone devait etre remboursée:elle n'aurait servi qu'à créer des postes parfaitement inutiles

PB | 23 mars 2010 à 23h40
 
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Re:Tous les partis perdants

Bonjour,

Je tiens à vous rassurer : notre média n'a pas d'étiquette, mais force est des constater l'abandon de la mesure par le gouvernement en place. Quant aux diverses reculades de l'opposition que vous mentionnez, il est vrai qu’un double langage a globalement prévalu autour de la taxe carbone, mal-aimée des Français et exploitée politiquement. Pour ce qui concerne plus précisément les Verts, ils n’ont jamais caché leur regret de voir la contribution climat énergie substituée par la taxe carbone.

Cordialement

David Ascher, Directeur de la publication

Ascher David | 24 mars 2010 à 09h27
 
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Re:Re:Tous les partis perdants

Tout à fait d'accord avec vous merci pour votre réponse et votre transparence.

Sylvain | 24 mars 2010 à 11h05
 
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Re:TAXE CARBONE

non pas remboursée mais redistribuée, c'est là toute la différence.
Je vous conseil de lire le livre de Grandjean / Jancovici "Le plein s'il vous plait" qui explique très bien le principe de la contribution climat.

chocard | 24 mars 2010 à 11h54
 
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le bon sens l'emporte

Désolé je suis pour la suppression d'une taxe qui risquait d'être la goutte d'eau... C'est bien joli de dire que la FRANCE doit montrer l'exemple, mais le principe de réalité l'emporte toujours, la barque FRANCE est déjà bien chargée (couverture sociale, retraites, etc...)et la dette explose, alors une taxe inefficace et "redistribuée" n'importe comment, c'est trop (on allait rendre de l'argent aux gens des villes chauffés à l'électricité et roulant à vélo )) Alors STOP et si l'EUROPE (elle n'a pas tous les défauts) peut se mettre d'accord, et si un "Copenhague" II ou III réussit, alors OUI à une taxe "énergie" visant à réduire TOUTES les consommations; Non mais, sans blague

Vlaort | 24 mars 2010 à 17h30
 
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Re:Tous les partis perdants

pas faux ce que vous dites mais je crois que le but de l'article est de montrer que le vernis vert de l'UMP a sauté avec cette élection. Sarkozy s'est mis à l'écologie par opportunisme et s'apperçoit maintenant que ça ne lui apporte pas de voix .. alors il se retire. ET pour cause, il n'a jamais rien compris à l'écologie politique, d'où les incohérences et les manques dans sa politique ...
ça fait longtemps déjà qu'il a sorti un petite phrase du genre "l'écologie c'est bien gentil mais on ne va pas retourner dans les cavernes"... bref on les masques sont tombés et tant mieux.

Julien | 25 mars 2010 à 09h46
 
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Re:le bon sens l'emporte

et après l'Europe dira, si il y a rien au niveau mondial je fais rien ... c'est toujours plus facile de se décharger
Les villes ont fait les pays, les grandes idées partiront d'en bas ou ne partiront pas !
compte tenu du peu d'importance apporté à la problématique de l'énergie en France et dans les pays industrialisés je suis assez confiant pour une bonne guerre dans les années a venir. Mais il sera trop tard pour regretter le petit effort non consenti.

chocard | 25 mars 2010 à 09h50
 
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Taxe

Ok pour la taxe carbone, mais qu'en France, soit tous les pays du Monde st taxent, soit rien du tout.
ET SURTOUT IL FAUT EMPECHER QUE LES PAYS SUR PRODUCTEURS DE CO² NE PUISSENT PAS ACHETER DES BONUS AUX PAYS PAUVRES OU PEU PRODUCTEURS DE CO².
C'est mon point de vue.
Ptitfilou

Ptitfilou | 25 mars 2010 à 10h27
 
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Re:le bon sens l'emporte

Je pense que comme bon nombre de nos concitoyens, votre compréhension du problème souffre de quelques lacunes. La hausse du prix de l'énergie est une chose parfaitement inéluctable, car nos besoins sont croissants et les stocks limités. Par ailleurs, cette hausse sera très certainement brutale et conduira à des conflits et des pénuries graves.

Plus d'énergie abondante, c'est plus d'agriculture intensive pour nous nourrir (soit des famines), plus de transports, plus d'industrie (soit une explosion du chômage), plus de chauffage l'hiver, plus de soins (soit une catastrophe sanitaire). La liste est encore longue. Et ça nous tombera dessus d'un coup.


Ce qui nous pend au nez, ce n'est pas une hausse de 3% du chômage, avec quelques classes sociales devant travailler plus pour conserver leur pouvoir d'achat et payer leur retraite. C'est l'écroulement total de notre économie avec des centaines de milliers de morts ! Et on va droit dedans !

A mon sens, face à ce danger, les désirs de nos concitoyens de conserver leurs congés payés et leur pouvoir d'achat sont totalement hors de propos. Ridicules. Ecoeurants de par la bêtise et l'absence de réflexion dont ils font preuve.

Alors oui ! il nous faut une taxe augmentant artificiellement et lentement les prix des énergies limitées et polluantes. Oui, il nous faut un indicateur efficace pour réguler le marché. Face à des prix qui augmentent, les consommateurs orienteront leurs besoins vers les produits les moins polluants, les moins énergivores, qui gagneront en compétitivité et en rentabilité.

Et l'argent récolté, en étant redistribué, permettra aux classes les plus modestes de supporter la pilule, et à tout le monde d'entamer une transition énergétique qui n'a mis que trop de temps à s'établir.

Un autre argument en faveur de la taxe est qu'elle permet à l'argent de rester en France, et non de fuir chez nos fournisseurs de fossiles. En favorisant la transition énergétique qui nous est indispensable à long terme, elle permettra en outre, par les travaux qu'elle implique, de créer des emplois parfaitement non délocalisables, eux. Vous imaginez des plombiers, des thermiciens, des ingénieurs expatriés en Chine ? Moi, non. Ca sera bien en France qu'on en a besoin, alors que l'agriculture intensive (permise par l'énergie fossile abondante), les produits manufacturés à profusion, les voitures peuvent tout à fait prendre la poudre d'escampette.

Bien sûr, il faut que l'augmentation de la taxe soit progressive, pour ne pas déclencher ce qu'on veut éviter (une crise économique). Mais il n'en reste pas moins indispensable mettre les secteurs industriels les plus énergivores et polluants (et donc intrinsèquement condamnés à mourir à long terme) artificiellement en difficulté pour la forcer à s'adapter, et utiliser l'argent récolté pour créer des emplois verts.

La puissance publique ne fait absolument pas son devoir en soutenant des politiques de court terme, surtout quand celui-ci nous précipite dans un mur hérissé de pieux. Elle doit soutenir la durabilité, les activités non délocalisables et ne nous mettant pas dans une situation de dépendance accrue à des ressources limitées et ponctionnant notre économie. Or, avec la mort de cette taxe carbone, si imparfaite eut-elle été conçue, c'est un grand bond en arrière qui a été fait par le gouvernement.

Le bon sens a pris sa plus grande claque, et loin de vouloir regarder la vérité en face (à savoir ce qui se trame devant nous) le gouvernement, ainsi qu'une grande majorité de la population (vous inclus) préfèrent se focaliser sur des broutilles. Il faudrait peut-être que vous vous réveillez, car le rêve que vous faites tous va très vite tourner au cauchemar.

Umwelt | 25 mars 2010 à 16h51
 
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La Taxe est morte, vive la vraie Ecologie!

"Abandon de la taxe carbone : sale temps pour l'écologie" ? Tout dépend ce que vous mettez sous le terme écologie.
Quand on pense aux millions de crêve-la-fin et au fait que de très grands pontes scientifiques de tout pays remettent en cause les théories intouchables du GIEC sur le réchauffement climatiques anthropiques, il faut avouer que l'abandon de cette taxe (abjecte) est une véritable bénédiction......................
Un vrai bonheur, oui, en espérant qu'on se mette rapidement au travail pour gérer les vrais problèmes de Notre Temps. Et il y a de quoi faire !!!!

Nevado | 29 mars 2010 à 12h16
 
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