En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Que penser de l'accord de la Présidence Française sur le paquet climat-énergie ?

Si la France s'enorgueillit d'un accord de principe sur le paquet énergie-climat, les moyens mis en place pour y parvenir font bel et bien défaut. Un comble au moment où les USA et la Chine promettent d'investir massivement pour relever le défi de la lutte contre le réchauffement climatique !

Chronique  |  Gouvernance  |    |  Actu-Environnement.com
   
Que penser de l'accord de la Présidence Française sur le paquet climat-énergie ?
Corinne Lepage
   
Au-delà des cocoricos de rigueur sur la Présidence Française, il est essentiel de s'interroger sur la réalité du paquet climat/énergie.
Tout d'abord, depuis que paquet 3 fois 20 a été décidé, lors de la présidence allemande, la situation climatique s'est dégradée dans des proportions comparables à la situation économique et financière.

Le récent rapport de l'Agence Internationale de l'Energie est tragique. Il démontre, chiffres à l'appui, que l'objectif de 450 ppm de concentration de carbone à l'horizon 2050 est quasi impossible à atteindre puisqu'il faudrait, pour ce faire, que quasiment tous les pays de l'OCDE cessent d'émettre une quelconque tonne de CO² et que les pays du Sud réduisent considérablement leurs émissions.

Si la crise économico-financière et la réduction massive de l'utilisation des hydrocarbures vont permettre pour 2008 et 2009 de ne pas être dans les niveaux de croissance des émissions que nous avons pu connaître, ceci ne résout évidemment pas la question, l'objectif est donc désormais de 550 parties par million, ce qui nécessiterait de parvenir à 33 gigatonnes en 2030. Or, le trend actuel est plutôt de l'ordre de 41.

Dès lors, c'est un effort massif d'investissements qu'il convient de faire pour éviter un embrasement généralisé de la question climatique avec des conséquences qui seront d'une nature infiniment plus grave que celle nous voyons poindre avec la crise pourtant massive dans laquelle nous sommes entrés.

C'est la raison pour laquelle il est absolument majeur que les plans de relance soient couplés avec l'investissement dans la société post-hydrocarbure (le mot étant utilisé pour lier à la fois le pétrole et le charbon), de manière à ce que le redémarrage de l'économie, lorsqu'il s'effectuera, puisse être un redémarrage sobre en carbone et de surcroît ayant enclenché un nouveau mode de développement.

Dans la perspective de la préparation de Copenhague, on aurait pu espérer que l'Europe, qui a été bien isolée pour porter le sujet du changement climatique depuis 10 ans, puisse être le leader industriel et économique incontesté de cette transformation grâce au paquet climat/énergie.

Malheureusement, nous en sommes très éloignés car, le compromis de la présidence est un compromis en trompe l'œil, qui ne permet pas d'atteindre les objectifs climatiques nécessaires et ne garantit en aucune manière l'Union Européenne d'être le leader mondial de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables.

Certes le 3 fois 20 est réaffirmé et même la possibilité d'aller jusqu'à 30 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre en cas de succès à la Conférence Internationale de Copenhague. Mais, la difficulté n'est pas dans l'affirmation du principe mais dans la réalité des moyens mis en place pour y parvenir.

Or, sans être grand clerc on peut être extrêmement dubitatif sur ces moyens. Tout d'abord, les États membres pourront faire l'essentiel de leurs efforts de réduction d'émissions de gaz à effet de serre grâce au financement d'opérations au-delà de l'Europe.

Un calcul montre qu'en réalité ce ne serait que 4 % d'efforts à faire au niveau communautaire stricto sensu pour parvenir au résultat. En second lieu, l'objectif prévu en ce qui concerne les énergies renouvelables intègre 10 % de biocarburants. Or, non seulement les biocarburants de première génération ont des impacts éminemment contestables pour l'environnement mais de surcroît le projet de directive sur les énergies renouvelables rend en réalité tout à fait aléatoire la production des biocarburants en Europe dans la mesure où la protection de la biodiversité, l'interdiction de la déforestation, la protection des milieux humides, l'interdiction de concurrence avec l'alimentaire, sont des principes qui s'imposent à la production des biocarburants.

Enfin, des mesures annexes concernant en particulier l'automobile sont extrêmement laxistes. Si là aussi l'objectif de 120 grammes/CO² par km est affirmé, la réalité est, du fait de toutes les exonérations prévues, la possibilité d'aller jusqu'à 160 grammes ce qui est, en réalité, la moyenne actuelle. On ajoutera que les ministres de l'environnement avaient voté en 1996 le principe d'atteindre l'objectif de 120 grammes/CO² par km en 2005 !
On voit l'inefficacité des politiques mises en œuvre sous l'effet d'un lobby automobile qui, en raison de son attitude, se retrouve aujourd'hui une des premières victimes économiques de la crise.

Dès lors, cet accord en trompe l'œil n'est évidemment pas de nature à permettre de s'attaquer sérieusement au réchauffement climatique. On ne peut, en effet, quand on connaît la réalité des applications faites par la France des directives en matière climatique à commencer par la directive 2000 qui prévoyait qu'en 2010 la part des énergies renouvelables serait de 20 % de l'électricité produite, alors que l'on plafonne toujours à 13 %, qu'être inquiet devant une espèce de contagion à la communauté de cette manière de faire.

Cette ambition revue à la baisse n'est pas de nature à engager l'Europe dans une véritable révolution énergétique alors même que certains pays européens le font à commencer par la Grande Bretagne qui sous l'impulsion de Gordon Brown vient de mettre en place le projet le plus ambitieux de toute l'Europe en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d'efficacité énergétique.
La loi sur le changement climatique, adoptée le 18 novembre, oblige en effet à une réduction de 80 % d'ici 2050, de 20 % d'ici 2020 avec en particulier des objectifs quinquennaux imposés aux acteurs publics et privés.

Ainsi, non seulement les objectifs au regard de l'urgence climatique sont insuffisants, mais de surcroît ils risquent de placer l'Europe dans une position d'affaiblissement au regard des engagements pris par d'autres pays et d'autres continents en terme de technologie destinés à assurer l'efficacité énergétique et la lutte contre le changement climatique.

Le caractère timoré du projet européen qui se traduit du reste dans le fait que la plan de relance communautaire ne donne, en aucune manière, une priorité absolue à ce sujet, est à comparer avec l'équipe que le Président Obama est en train de mettre en place et les fonds dont il a d'ores et déjà été indiqué qu'ils seraient mobilisés (150 milliards de dollars), pour améliorer l'efficacité énergétique et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

De la même manière, l'industrie chinoise, à commencer par le véhicule électrique, est en pointe sur ces nouvelles technologies.

Pour avoir cédé aux lobbys économiques du XXe Siècle qui ont d'autant fait pression sur les pouvoirs publics européens que leur situation était affaiblie du fait d'une crise qu'ils prennent de plein fouet, l'Europe est en train de se priver de la capacité de mobiliser les industries du XXIe Siècle.

Certes, la Suède, l'Allemagne, l'Espagne peuvent afficher quelques grands leaders dans le domaine des énergies renouvelables. Il n'en demeure pas moins que faute de faire de l'Europe le centre névralgique des réglementations les plus sévères et donc les plus susceptibles de générer de l'innovation, l'Europe risque de perdre tous les bénéfices des efforts effectués durant toutes les années passées.

Corinne LEPAGE
Avocate, ancien Ministre de l'Environnement, Présidente de Cap21.

Les Chroniques de Corinne Lepage et Yves Cochet sont publiées tous les mois et en alternance, sur Actu-Environnement.

Réactions3 réactions à cet article

 
Etrange silence

Bonjour Mme Lepage,

Bien d'accord avec vous sur ce que vous dites sur les moyens et résultats réels très décevants, le lobby automobile, les agrocarburants et le caractère par trop timoré de l'accord européen.

Une chose cependant me perturbe fortement :
- vous prenez bien soin de ne faire aucune allusion au problème de l'énergie nucléaire. Admettons.
- vous utilisez le terme "sobre en carbone", alors que le nouveau mot politiquement correct (et hautement communiquant) de notre gouvernement, notre président, et tous leurs experts et sbires (présidente de l'ADEME incluse) est "énergie décarbonée" pour désigner le nucléaire. Passe encore.
- vous pronez le véhicule électrique, qui en France a 80% de chances d'être nucléaire, sans aucunement suggérer que la nécessité est d'abord de changer notre rapport à la voiture (en tant qu'objet, comme en termes de taux d'usage). Là cela devient franchement limite.
- enfin, vous citez en exemple le plan de Gordon Brown, qui repose notamment sur une importante augmentation des capacités nucléaires. La coupe est pleine.

Seriez vous devenue "nucléo-tolérante"??

nini | 19 décembre 2008 à 14h49
 
Signaler un contenu inapproprié
 
G.E.S.

Aucun doute qu'il faut diminuer les émissions de gaz à effet de serre en commençant par ceux qui proviennent de la combustion des combustibles fossiles. Le problème du réchauffement climatique est encore plus large. C'est pourquoi j'aimerais vous proposer de consulter mes articles publiés à ce sujet sur ; Merci !

lafden | 21 décembre 2008 à 19h18
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Sortie de route

J'ai bien lu l'article de Madame Lepage. Bien piloté au début, il me semble happé par une sortie de route en fin de parcours.

Elle cible bien la nécessité de passer à une autre économie basée sur la réduction des émissions de carbone ou à tout le moins sur leur capture. Elle cible bien la nécessité d'investir dans ce genre de technologies innovantes. Puis ça dérape: l'UE aurait été timorée en votant son paquet changement climatique. Gardons la tête froide... et le contrôle de la voiture.

Certes, la crise économique a calmé certaines ardeurs. Mais il faut aller plus loin, Madame Lepage.

- L'UE aurait été trop gentille avec la Pologne et ses centrales à charbon... Mais tout le monde dit qu'elles polluent... Et après? Vous voulez remplacer toutes les centrales énergétiques de Pologne en 7 ans (2020) d'un coup de cuiller à pot? Bravo. Mais il faudra nous donner votre recette... Il fallait des mesures de transition... C'est imparable.

- L'UE aurait plus ou moins renoncé à ses ambitions de limitation des émissions de CO2 et donc à son rôle de donneur d'exemple au monde? Je ne crois pas que ce soit le cas: si l'UE a voulu signer ce paquet climat en décembre 2008, un an avant les négociations de Copenhague sur le nouveau système, c'est bien pour montrer l'exemple.

Après, ce n'est pas une raison pour s'imposer des contraintes CO2 que nous serions seuls au monde à respecter (htp://fr.youtube.com/watch?v=b1kf_axslfk), ruinant par là nos capacités de réagir à la concurrence des autres économies. Le changement climatique a besoin de toutes les énergies et de toutes les économies...

Phil | 29 décembre 2008 à 11h10
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…