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Actu-Environnement

L'Ademe juge peu bénéfique à long terme l'exportation d'électricité nucléaire

Si la France maintient un important parc nucléaire et exporte l'excédent de production, elle n'en tirerait que peu d'avantages, estime l'Ademe. Cette stratégie se ferait surtout au profit de nos voisins.

Energie  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Le maintien de capacités de production nucléaire dédiées à l'export apporte un "bénéfice limité" au système électrique français. A court terme, un mix composé d'électricité nucléaire et renouvelable est compétitif et permet d'envisager des exportations. Mais, à plus long terme, la France en tirerait un bénéfice limité, l'essentiel des avantages allant à nos voisins. Telle est l'une des principales conclusions de la mise à jour de l'étude "Trajectoires d'évolution du mix électrique 2020-2060" publiée parl'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), ce mardi 9 avril.

En décembre 2018, l'Ademe avait publié une étude de l'évolution possible du mix électrique entre 2020 et 2060. L'Agence estimait que, "dans le scénario le plus efficace en termes de coût pour la collectivité, les énergies renouvelables (EnR) représentent plus de 95 % de la production d'électricité française en 2060". La mise à jour apporte des analyses techniques détaillées sur les prix, les exportations et les flexibilités. L'Ademe a étudié cinq scénarios : les trajectoires "référence", "efficacité énergétique élevée" et "prolongement nucléaire facile", décrites dans l'étude initiale, ainsi que les trajectoires "développement interconnexions aisé" et "transition plus lente en Europe", ajoutée pour la mise à jour de l'étude.

Un succès lié aux stratégies de nos voisins

Premier constat : "le potentiel français d'export d'électricité dépend avant tout de l'évolution des parcs électriques des pays voisins". L'Ademe juge en effet que le coût complet de prolongement des centrales nucléaires françaises et celui des capacités renouvelables installées après 2030 "sont inférieurs au coût variable des centrales thermiques (gaz ou charbon) existantes à l'étranger". L'Ademe en conclut donc qu'il est "pertinent économiquement" de développer d'importantes capacités de production bas carbone en France si nos voisins conservent d'importantes capacités thermiques. A contrario, cette stratégie n'est plus pertinente si nos voisins investissent rapidement dans les renouvelables. La France devrait pouvoir exporter de 100 à 150 térawattheures (TWh) par an entre 2020 et 2040, si les pays européens atteignent leurs objectifs en termes de renouvelables. S'ils échouent, les exportations peuvent atteindre jusqu'à 200 TWh par an.

Au-delà de 2050, si nos voisins optent pour un scénario avec de fortes contributions des énergies éoliennes et solaires (43% du mix dès 2030), alors le solde exportateur français disparaît. Même si la trajectoire de transition est plus lente (avec un recours accru au gaz, plutôt qu'aux renouvelables), le solde exportateur français est réduit à 70 TWh en 2060. L'Ademe en conclut que "les incertitudes sur l'évolution des parcs de production à l'étranger, ainsi que sur la bonne réalisation d'un rythme élevé de réalisation d'interconnexions, pèsent fortement sur l'intérêt économique de maintenir des capacités de production importantes dédiées à l'export".

Nos voisins économisent un milliard d'euros par an

L'étude pointe aussi les bénéfices tirés par les importateurs. Sur la période 2030-2044, le nucléaire français leur permettrait de réduire collectivement de 14 millions de tonnes par an leurs émissions de CO2, tout en économisant un milliard d'euros par an. "Ces résultats sont cependant fortement dépendants de l'acceptation des pays voisins à dépendre en partie des exports français et devenir importateur net d'électricité", pondère l'étude. Ce dernier point est d'autant plus critique que nos voisins veulent tous être exportateurs grâce au développement des énergies renouvelables.

Et côté français ? "Les coûts induits par ces prolongements supplémentaires [de réacteurs nucléaires] sont équivalents aux gains associés (investissements évités dans d'autres technologies et exports supplémentaires d'électricité) sur la période 2030-2044", estime l'Ademe. L'étude pointe surtout que la France aura du mal à bien valoriser ses exportations pour deux raisons. Tout d'abord, le maintien d'importantes capacités nucléaire entraîne une baisse du taux de charge des réacteurs. Ensuite, les fortes capacités nucléaires françaises "tirent les prix du marché européen vers le bas, ce qui réduit la valeur au mégawattheure des exportations françaises".

Réactions7 réactions à cet article

 

Il est bien connu que l'ADEME est un nid d'écolos antinucléaires qui n'ont jamais vu une centrale en fonctionnement.
Et leurs précédentes études, destinées à discréditer le nucléaire, étaient TOUTES truffées de biais grossiers de manière à "démontrer" leurs affirmations.
Revenons au pb de l'exportation d'électricité nucléaire ; cette électricité, contrairement à celle issue d'éoliennes ou de panneaux solaires, est "pilotable", c'est à dire qu'on la produit à la demande, suivant le besoin. Quand nos amis allemands par ex. auront arrêté leurs parcs nucléaires et (espérons le pour le climat et la pollution) leur parc charbon, ils devront importer quand le vent ou le soleil seront insuffisants. Et ils auront le choix entre des centrales au gaz (émettrices de CO2) ou l'importation de nucléaire français. L'UE devrait faire croître la taxe carbone, ce qui devrait rendre encore plus onéreuse la production avec des centrales au gaz. EDF pourra donc vendre son électricité à prix d'or, tant pis pour ceux qui l'ont dénigrée au nom de l'écologie (!) mais qui n'hésitent pas à polluer l'Europe entière.

stud38 | 10 avril 2019 à 12h35
 
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La production nucléaire est pilotable selon la demande maintenant ? On se demande qui truffe ses affirmations de biais pour prétendument démontrer ce en quoi il a foi.

mpj | 10 avril 2019 à 17h36
 
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Pour mpj : on sait faire varier la puissance d'un réacteur de 80% en 30 mn : c'est donc bien une production pilotable.
Quant à l'ADEME, je ne rajouterai rien à stud38 : oui, un repaire d'antinucléaires qui sort des scénarios totalement irréalistes qui, si on essayait de les mettre en oeuvre, conduirait le pays à l'effondrement et au chaos. Et nos voisins sont bien contents de pouvoir compter sur nos centrales les semaines sans vent, et je suis fier de contribuer à réduire le bilan carbone de l'Europe, d'une manière bien plus efficace que les 100 GW d'éoliennes allemandes.
Bref, si on pouvait arrêter de diffuser les travaux de l'ADEME dans ce domaine...

dmg | 11 avril 2019 à 08h44
 
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@mpj
Mais oui cher Monsieur, toutes les centrales nucléaires sont pilotables, c'est à dire qu'elles ajustent la puissance électrique délivrée à la demande.
Lorsque celle-ci augmente, cela se traduit par une très légère baisse de la fréquence du réseau (qui est de 50 Hz quand production et consommation sont équilibrées). Les centrales mesurent cet écart et le suppriment par une augmentation de la puissance délivrée par le groupe turboalternateur.
Pour éviter que certaines centrales soient au maximum de leur capacité, les opérateurs EDF du dispatching central ajustent le nombre de celles qui sont en fonctionnement et la puissance qu'elles délivrent afin d'en avoir toujours "un peu sous le pied".
Heureux d'avoir contribué à une meilleure connaissance des performances des centrales nucléaires.
NB : les centrales au charbon ou hydrauliques de lac ont les mêmes propriétés. Pas l'éolien, car on ne peut demander au vent de souffler un peu plus fort quand les éoliennes manquent de puissance.

stud38 | 11 avril 2019 à 09h41
 
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@etalon38 et @mpj
J'ai toujours beaucoup de plaisir à lire les commentaires de personnes comme vous, extrêmement ouvertes intellectuellement ;-).
Vous connaissez probablement très bien le fonctionnement d'une centrale nucléaire (salariés chez EDF, peut-être?), mais il vous serait certainement profitable d'acquérir une culture plus vaste sur l'énergie en général (et pas seulement électrique) ainsi que sur les évolutions (possibles et/ou forcées) des sociétés humaines qui la consomment et de leur environnement. Mais il est vrai que pour des êtres supérieurs qui maitrisent la fission nucléaire, avoir plus d'une manette et devoir contrôler plus d'une variable d'ajustement du réseau entraine leur cerveau au delà de ses capacités de refroidissement et le niveau 7 de l'INES est rapidement atteint....

J-PP | 13 avril 2019 à 21h41
 
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Les possibilités de progression de l' hydraulique étant peu significatives, les EnR ne pourront donc jamais assurer à elles seules nos besoins d' électricité même en multipliant à l' infini le nombre de parcs
Ces EnR devront donc toujours être adossées à un dispositif de secours dont on peut controler la production, comme c' est le cas actuellement, ou être accompagnées d' un mode de stockage de 12 000à 15 000 Gwh, solution économiquement irréaliste
L' amélioration du rendement des panneaux PV ne modifiera pas cette problématique Une étude de l 'Association internationale de producteurs d’électricité VGB PowerTech (Association regroupant les responsables énergie de 18 pays) publiée en juin 2017 indique que la production intermittente et aléatoire des EnR exige une capacité quasiment équivalente de systèmes de secours (centrales pilotables ou stockage ) Simple bon sens

1noel2 | 14 avril 2019 à 17h28
 
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@mpj ou j-pp ?
navré de vous avoir vexé.

stud38 | 15 avril 2019 à 10h28
 
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