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Lancement d'un Éco-score, pour mesurer l'impact environnemental des produits alimentaires

Dix acteurs lancent un Éco-score, sur le modèle du Nutri-score, pour informer les consommateurs de l'impact environnemental des produits alimentaires qu'ils consomment. Une note de A à E est délivrée selon différents critères.

Gouvernance  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com
Lancement d'un Éco-score, pour mesurer l'impact environnemental des produits alimentaires

Les travaux sur l'affichage environnemental des produits de consommation patinent depuis une dizaine d'années. Malgré la publication de nombreux rapports et le lancement de plusieurs expérimentations, dont la dernière en mars 2020, une crainte subsiste : que la méthodologie ne soit pas suffisamment robuste pour fournir une information claire, fiable et complète aux consommateurs. L'analyse de cycle de vie (ACV), sur laquelle se basent de nombreux travaux, peine en effet à renseigner l'ensemble des impacts environnementaux.

Conscients de ces limites, dix acteurs du secteur alimentaire (ScanUp, Etiquettable, Yuka, Open Food Facts, Marmiton, FrigoMagic, Foodchéri, La Fourche) ont néanmoins décidé de lancer leur Éco-score, sur le même principe que le Nutri-score qui renseigne depuis quelques années les consommateurs sur les impacts nutritionnels des produits qu'ils achètent. Les produits sont classés en cinq notes de A à E, A représentant la tranche des produits ayant un impact le plus faible et E l'impact les plus fort. Le tout accompagné d'un dégradé de couleurs, de vert à rouge en passant par l'orange, pour que le consommateur ait l'information en un coup d'œil.

L'ACV pondérée par des critères supplémentaires

Basée sur la base de données d'ACV de produits agricoles développée par l'Ademe et l'Inrae, Agribalyse, la méthodologie de l'Éco-score prend également en compte d'autres critères, visant à combler les lacunes de l'analyse de cycle de vie.

L'ACV ne permet en effet pas de faire la distinction entre modes de production conventionnels et bio, produits locaux ou lointains, et ne renseigne que très peu sur les impacts sur la biodiversité, l'eau ou encore la recyclabilité des emballages. L'Éco-score prend donc en compte, au-delà de l'analyse de vie multicritères, cinq autres critères qui modulent la note finale sur 100, en apportant des bonus ou des malus.

 
Exemples d'Éco-scores Un riz blanc du fameux oncle d'Amérique obtient la note de 74/100 avec l'ACV. Cette note est modérée par les autres critères : + 8 points car il provient d'Italie ou d'Espagne, + 2 points pour la politique environnementale de ces deux pays, et - 1 point car l'emballage est en carton recyclable. Note finale : 83/100, ce qui lui permet de rentrer dans la catégorie A des produits au plus faible impact.

La célèbre pâte à tartiner aux noisettes obtient quant à elle 41/100 et la note C. L'ACV lui attribue 50 points. Pour l'origine des ingrédients (Amérique latine ou Turquie pour les noisettes, Brésil, Inde, Mexique pour le sucre…), pas de bonus ni de malus. En revanche, moins 2 points pour la politique environnementale de ces pays et moins 4 points pour la recyclabilité. Si le pot en verre se recycle, l'opercule et le couvercle en plastique non. Voilà deux pistes d'amélioration pour le fabricant de la pâte à tartiner...
 

Les labels (bio, de qualité…) apportent des bonus de 10 à 20 points selon leur contribution reconnue pour l'environnement. L'origine des produits est notée de 0 à 15 points, avec une meilleure notation pour les produits locaux. La politique environnementale des pays de production peut retirer jusqu'à 5 points ou, au contraire, en ajouter 5. L'impact sur les espèces menacées (poissons, huile de palme non durable...) entraîne un malus jusqu'à 10 points. La recyclabilité de l'emballage va de 0 (pour les produits vendus en vrac) jusqu'à un malus de moins 15 points. Enfin, la saisonnalité des produits est notée de -10 à 5 points.

Permettre une comparaison des produits entre eux

L'ajout d'autres critères est préconisé dans un document de travail établi par l'Ademe et l'Inrae en mars 2020. Il permet de valoriser les modes de production les plus vertueux et l'origine des ingrédients, soulignent ces deux acteurs. Seule difficulté selon eux : « On ne dispose pas aujourd'hui d'éléments permettant d' [agréger un score global] de façon rigoureuse en attribuant à chaque variable un poids en conformité avec son impact environnemental objectif ».

   
Exemples de classification de différents produits commercialisés par La Fourche
 
   

En revanche, l'avantage est de pouvoir mieux distinguer deux produits de la même catégorie, ce que ne permet pas forcément de faire l'ACV. Ainsi, en prenant en compte l'origine du lait et la recyclabilité de l'emballage, l'Éco-score permet de distinguer deux pots de yaourt à la vanille par exemple. Idem pour les œufs : ceux de poules élevées en cage obtiennent la note C, les œufs bio hors UE ou label rouge France ont la note B et les œufs bio produits en France la note A. Les fraises cultivées sous serres chauffées obtiennent la note C, celles produites en Espagne la note B, enfin les fraises produites en France, les bio espagnoles ou françaises obtiennent un A. Il faut regarder de plus près la note sur 100 pour pouvoir distinguer ces trois derniers produits, les bio françaises obtenant la meilleure note.

Un consensus difficile à trouver

« Notre méthodologie est transparente, ouverte », explique Shafik Asal, co-fondateur du cabinet de conseil Eco2initiative. L'Éco-score se veut indépendant et ne s'inscrit pas dans le cadre de l'expérimentation lancée en 2020 par le ministère de la Transition écologique et l'Ademe. Cette expérimentation doit permettre de définir le cadre de la future étiquette environnementale pour les produits agricoles et alimentaires, prévue pour fin 2021 par la loi relative à la lutte contre le gaspillage. « Nous participons à des groupes de travail et espérons apporter notre pierre à l'édifice. Les initiatives coexisteront tant qu'il n'y aura pas une méthode validée, qui fait consensus », estime Shafik Asal.

Et le consensus n'est pas là pour l'instant. Dans un communiqué commun, publié en décembre, plusieurs associations de défense des consommateurs, de l'environnement ou représentantes des agriculteurs alertaient sur la future étiquette environnementale prévue par le Gouvernement. « La loi prévoit qu'[elle] s'appuie "principalement" sur l'ACV. Or, cet outil calcule les impacts environnementaux en fonction des rendements, à savoir au kilo ou au litre de produit fini [et] donne un avantage significatif aux modes de production les plus intensifs. Elle ne tient aucun compte de l'usage de pesticides ou d'antibiotiques ni de leurs impacts sur la santé, la qualité des sols, de l'air ou de l'eau », regrettent-elles. Leur principale crainte : que les élevages industriels, de type la ferme des 1 000 vaches, soient mieux notés que les élevages plus extensifs en bio.

« Pour corriger les biais de l'ACV, [la future étiquette] devra donc intégrer dans les bonnes proportions des indicateurs complémentaires permettant de rendre véritablement compte de la durabilité des pratiques agricoles. Nous serons très vigilants sur la définition de ces indicateurs et souhaitons que la société civile soit beaucoup plus étroitement associée à ces travaux ». Nul doute que ces acteurs regarderont de près les choix faits pour établir ce nouvel Éco-score.

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