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Affichage environnemental des produits alimentaires : lever les difficultés méthodologiques

Alors que l'expérimentation de l'affichage environnemental multicritère prendra fin en juillet, le dispositif fait toujours face à des difficultés méthodologiques d'ACV des produits. Les travaux de recherche de l'Inra se poursuivent notamment.

Agroécologie  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com

Depuis juillet dernier, 168 entreprises dont une majorité issue du secteur agroalimentaire ont été retenues par le ministère de l'Ecologie pour expérimenter pendant un an l'affichage environnemental des produits. Parmi ces entreprises volontaires, 50 sont dans le secteur de l'alimentaire, 20 dans les boissons. Plus qu'une labellisation, cet affichage (ou étiquetage), inscrit dans le cadre du Grenelle, doit porter sur le couple produit/emballage et se baser sur une approche multicritère des impacts environnementaux. Outre les émissions de gaz à effet de serre (GES), deux autres indicateurs "pertinents" - les impacts sur l'eau et la biodiversité - doivent être pris en compte pour ces produits affichés. L'information doit porter sur l'ensemble du cycle de vie (ACV) du produit, de sa fabrication (extraction de matières premières, production) à sa destruction, en passant par sa distribution (transport…) et sa consommation (utilisation…).

Mais le dispositif tel que prévu aujourd'hui présente encore des lacunes méthodologiques des ACV appliquées aux produits et systèmes agricoles, alors que des recherches sont en cours, menées sous l'égide de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et l'Association française de normalisation (Afnor), en partenariat notamment avec l'Institut national de la recherche agronomique (Inra). L'évaluation environnementale des produits agricoles s'avérant ''complexe" du fait des ''fortes spécificités même du secteur à l'origine d'impacts environnementaux à la fois négatifs et positifs'', rappelle un rapport du Commissariat Général au Développement Durable (CGDD) sur le sujet publié en janvier dernier. Les systèmes de production sont également variables, même au sein d'une même famille de produit.

Un référentiel sur les produits agro-alimentaires en cours de finalisation

Pour l'heure, ''les méthodes pour documenter les indicateurs n'existent pas toujours. Il y a encore un gros travail de recherches à faire autour de cela", reconnaît Christine Cherbut, directrice scientifique Alimentation de l'Inra, à l'issue d'une rencontre dédiée à l'affichage, organisée le 2 mars par l'Institut. Si les premières démarches menées se sont concentrées sur l'indicateur C02, c'est parce que c'est la donnée la plus simple à quantifier et collecter. D'autres indicateurs, comme la consommation d'eau et d'énergie figurent aussi parmi ceux "les plus fréquemment retenus" par les entreprises participant à l'expérimentation, selon le ministère.

En revanche, l'écotoxicité ou l'impact sur la biodiversité, restent difficiles à renseigner, du fait d'un manque de données scientifiques nécessaires pour quantifier dès à présent ces impacts. "L'absence de méthodologies de calcul finalisées et fiabilisées, le manque de données disponibles, ont constitué une difficulté importante pour la plupart des participants. De ce fait, les indicateurs de l'impact sur l'eau ou la biodiversité, lorsqu'ils sont traités, s'expriment de façon diverse et partielle, selon les possibilités des entreprises ou des secteurs", a expliqué Nathalie Bériot, présidente du groupe de travail dédié à l'association nationale des industries alimentaires (Ania). Ce qui rend actuellement compliqué toute comparaison, selon elle, en pointant ces limites ou freins à l'affichage multicritère. L'association entend "mettre en place une signalétique et un langage communs'', compréhensibles par les consommateurs.

De son côté, le groupe de travail au sein de la plateforme Ademe/Afnor, créée en 2008, "poursuit ses travaux d'harmonisation" de la démarche et entend définir un cadre méthodologique du secteur afin de pallier cette lacune. Le groupe "finalise" un référentiel visant "à fixer des règles de calcul claires et précises" sur les produits agro-alimentaires, a souligné Christine Cros, chef du département Eco-conception et consommation durable à l'Ademe. Ce référentiel attendu par les acteurs des filières pourrait, selon elle, être ''validé en avril par la plateforme". Il pourrait être complété par des référentiels par catégories "plus ciblées" pour les corps gras, la viande et charcuterie, les fruits et légumes, le lait, les eaux minérales, les jus de fruits, le vin, les aliments pour animaux domestiques et le café. "Les impacts principaux identifiés portent sur le changement climatique, l'eau dans ses aspects quantitatifs et qualitatifs, et la biodiversité. Ils sont ramenés aux 100g ou 100 ml de produits ou à la portion lorsque cette information est définie par la profession", a précisé Mme Cros.

Agri-Balyse : une base de données ACV spécifique et une méthodologie améliorée

Autre programme de recherche en cours de finalisation : Agri-Balyse, lancé en 2010 par l'Ademe pour trois ans et mené notamment par l'Inra, qui "vise à récolter les données agricoles manquantes", selon Christine Cherbut. Son objectif : fournir une base de données de cycle de vie de produits agricoles "les plus consommés" à la sortie de la ferme et créer un référentiel méthodologique "harmonisé" pour les filières animales et végétales. Le programme doit alimenter la base de données (BDD) publiques de la plateforme Ademe/Afnor, initialement prévue fin 2010, et qui devrait être effective ce printemps 2012… Agri-Balyse couvre actuellement 30 à 40 produits végétaux et 30 à 40 produits animaux français dans la base. Parmi eux, le blé, le colza, le tournesol, le pois, le maïs, les œufs, le riz, la betterave, la pomme, la pêche, la tomate, la carotte ou encore le raisin, le sorgho, le poulet, la dinde, le canard, le lapin, le bœuf, le porc, le lait (de vache, de brebis, de chèvre…) mais aussi différents poissons (truite, bar, dorade). Il concerne aussi 6 produits tropicaux importés (petits agrumes frais, café du Brésil, riz Thaï…), a précisé Hayo Van der Werf, chercheur à l'Inra à Rennes qui pilote le programme. Les produits sont déclinés (à l'herbe, de plein air, bio).

L'objectif est également d'"améliorer la méthodologie ACV". Ces améliorations portent sur "la quantification et la réduction des incertitudes des estimations d'impact, la définition du système et l'allocation des impacts des substances polluantes entre les co-produits d'un système selon la masse, les protéines, l'énergie et la valeur économique", a précisé M. Van der Werf. Parmi les autres pistes d'amélioration recherchées par l'Inra figurent l'association d'ACV et la modélisation "dynamique" ainsi que la prise en compte d'impacts "nouveaux" tels que la dégradation de la qualité du sol (érosion et perte de matière organique) ou "les volets socio-économiques". Le choix d'indicateurs "les plus pertinents et réalistes qu'on puisse documenter" constitue "un enjeu", a souligné pour sa part Mme Barbut.

Les résultats du programme Agri-Balyse, qui doit initialement prendre fin 2012, pourraient intervenir seulement mi-2013. Or, à l'issue de l'expérimentation, un rapport d'évaluation sera remis fin 2012-début 2013 au Parlement qui décidera si une généralisation de l'affichage des caractéristiques environnementales des produits est possible.

Réactions1 réaction à cet article

 

Cette entreprise de green washing institutionnelle est lamentable car:
1. Elle n'est réalisable que par les très grosses entreprises (je ne les nomme pas car tout le monde les connaît) dotées de directions "développement durable" et de solides équipes de marketing
2. Elle engraisse des cabinets verdâtres de consultants bidons qui se refilent des données plus ou moins moyennées avec des approximations scandaleuses
3. Elle autorise les grosses boîtes susmentionnées, ainsi que la grande distribution, à accroître la pression sur leurs fournisseurs, sous le prétexte de leur "vertu" environnementale.

Il faut faire cesser ce scandale en boycottant tout produit avec une affiche "verte": au mieux c'est simplement faux de bonne foi, au pire c'est une escroquerie à l'environnement: qui, à part quelques drogués de la publicité, peut croire que consommer 4g de produit dans 15g ou davantage d'aluminium ou de plastique (même si ce plastique est "d'origine végétale") est "bon pour la planète"?

Albatros | 09 mars 2012 à 18h20
 
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