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Filière bio française : une croissance à relativiser

Le nombre d'agriculteurs bio et les ventes de produits ont encore augmenté en 2010. Mais les objectifs du Grenelle ne seront pas atteints en 2012 a fortiori avec le récent coup de rabot fiscal sur le crédit d'impôt bio.

Agroécologie  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
   
 Filière bio française : une croissance à relativiser
   

La bio ''poursuit son développement'' en France malgré la crise, s'est félicitée ce jeudi 3 février Elisabeth Mercier, directrice de l'Agence Bio lors de son point annuel sur la filière. Fin 2010, le nombre d'agriculteurs convertis à la bio a de nouveau augmenté de plus de 22% par rapport à 2009. Plus de 4.100 nouvelles exploitations se sont ainsi engagées.

Alors qu'ils étaient 16.446 producteurs bio fin 2009, ils sont désormais 20.600 fin 2010. Leur nombre a ''augmenté de 50% par rapport à 2008'', a souligné l'Agence bio. Les opérateurs de la filière biologique (transformateurs, distributeurs, importateurs) sont plus nombreux également : ils étaient plus de 30.000 en 2010, soit 22 % de plus qu'en 2009.

Les surfaces bio se sont aussi accrûes de 23,5% en 2010 par rapport à 2009, soit 836.000 hectares au total (576.000 certifiés et 158.000 en conversion). Les 2/3 des exploitations bio sont concentrés dans 7 régions : le Rhône-Alpes reste en tête (environ 2.300 exploitations), suivi du Languedoc-Roussillon (2.200), du Midi-Pyrénées (2.100) et de l'Aquitaine. Les ventes de produits bio ont quant à elles progressé de 10% l'année dernière, à environ 3,3 milliards d'euros, tirées notamment par les boissons (+26%) l'épicerie (soupes, compotes, pain de mie..., +18%) et les produits frais (+16%).

Les objectifs de SAU du Grenelle hors de portée en 2012

Mais ce développement reste à relativiser… Seulement 2,9% de la surface agricole utile (SAU) ont été dédiés à la bio fin 2010 (contre 2,46% en 2009), selon les premières estimations de l'Agence. L'objectif de 6% de SAU bio prévus dès l'an prochain (soit le double attendu !) par le Grenelle (et 20% en 2020) restent incontestablement hors de portée. D'autant que depuis l'annonce du coup de rabot de 50% du crédit d'impôt bio qui est passé à 2.000 euros depuis janvier 2011, les producteurs bio de la Fnab (fédération nationale d'agriculture biologique) craignent un impact sur la dynamique de conversions et ''un coup de frein'' à la filière. Or, tout en dénonçant un ''signal" négatif de l'Etat, le nouveau président de l'Agence bio François Thiery se veut toutefois rassurant. ''Dire que cela va bloquer les conversions n'est pas tout à fait vrai'', estime M. Thiery tout en reconnaissant que ''le niveau de soutien a légèrement baissé pour les petites structures''. Ce dernier a également rappelé devant la presse les ''aides de l'UE qui pourront être cumulées'', outre le fonds Avenir Bio, mis en place par le ministre de l'Agriculture en 2008 et géré par l'Agence. Elisabeth Mercier a d'ailleurs annoncé avoir subventionné 92 projets en 3 ans via ce fonds, à hauteur de 8,2 millions d'euros.

Pour le président de l'Agence bio, ''le vrai problème est un défaut d'affichage et de lisibilité de l'engagement de l'Etat, nécessaire à la conversion au bio et l'atteinte des objectifs du Grenelle''. Or, lors de ses vœux le 26 janvier, le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire a assuré qu'il continuerait ''à soutenir l'agriculture biologique'' et ''maintiendrait les mêmes aides''. Il a également indiqué qu'il annoncerait ''prochainement'', en concertation avec la ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, des ''décisions" visant ''à appuyer les petites exploitations de maraîchage bio'', qui pourraient être impactées par la baisse du crédit d'impôt. Affaire à suivre…

4 Français sur 10 consomment bio

Côté consommateurs, leur nombre reste ''stable'', indique l'Agence. 43% des Français ont ainsi consommé des produits bio ''au moins une fois par mois'' en 2010 contre 46% en 2009 (soit 3% de moins), d'après le baromètre CSA/Agence Bio. 7% des Français ont consommé bio ''tous les jours''.

Les principales raisons invoquées par les consommateurs acheteurs sont la préservation de la santé (91%), la qualité et le goût des produits (89%) ou encore la sécurité (87%) et l'environnement (86%). A l'inverse, 79% ne consomment pas de produits bio à cause de la "cherté" des produits, qui reste le principal frein à l'achat.

Toutefois, 49% des consommateurs estiment normal de payer plus cher pour manger bio. Un taux néanmoins en baisse de 7 % par rapport à 2009. Or, ''depuis 3 ans, nous avons des prix plus stables que dans l'agriculture conventionnelle, car nous n'avons pas de spéculateurs et nous sommes plus en phase avec les prix de production", estime Pascal Gury, vice-président de l'Agence.

Les produits bio les plus consommés sont les fruits et légumes. Arrivent ensuite les produits laitiers (lait, fromages, autres) et les oeufs. Le premier lieu d'achat des produits biologiques reste les Grandes et Moyennes Surfaces (pour 70% des acheteurs vs 72% en 2009), suivis des marchés (41% vs 42% en 2009), la ferme (24% comme en 2009), les magasins spécialisés (23% vs 31% en 2009) et les artisans (21% comme en 2009).

Déséquilibre offre/demande

La production biologique française reste insuffisante et peine toujours à répondre à la demande, ce qui explique notamment les écarts de prix avec le conventionnel. D'autant que près de 40% des produits ont été importés en 2009 depuis les pays voisins (Espagne, Italie, Allemagne, Autriche…). Mais ''ce mouvement va diminuer en 2010'', prédit Mme Mercier qui présentera les derniers chiffres dans les prochains mois.

Réactions1 réaction à cet article

 

Comparons ce qui est comparable. D'un côté, on lit que:

'' [...] nous sommes plus en phase avec les prix de production", estime Pascal Gury, vice-président de l'Agence.

D'un autre côté, on apprend que:

La production biologique française reste insuffisante et peine toujours à répondre à la demande, ce qui explique notamment les écarts de prix avec le conventionnel.

Conclusion: Etre en phase avec les prix de production, c' est donc faire payer un maximum du fait de l'insuffisance de la production, et non pas du fait de son coût réel. Merci, Monsieur Pascal Gury, pour cette information qui montre un aspect intéressant du bio, celui de la spéculation reconnue officiellement par un dignitaire de la filière, lequel sort sans complexe que "nous avons des prix plus stables que dans l'agriculture conventionnelle, car nous n'avons pas de spéculateurs". Quelle merveilleuse cohérence de pensée!

Onésime | 10 février 2011 à 10h38
 
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