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Actu-Environnement

“Rémunérer aussi les agriculteurs en tant que producteurs d'eau de qualité”

Le Premier ministre a annoncé un renforcement des dispositifs de protection des captages d'eau potable d'ici 2015 grâce à l'agriculture biologique. Justement, l'Inra vient de présenter les résultats de recherches sur le développement de la bio dans ces zones.

Interview  |  Agroécologie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
“Rémunérer aussi les agriculteurs en tant que producteurs d'eau de qualité”
Caroline Petit
Post-doctorante à l'Inra (UMR SAD-APT*)
   

Actu-environnement : Quel a été le point de départ de vos travaux sur l'agriculture biologique dans les aires d'alimentation de captage d'eau potable?

Caroline Petit : A la suite des réglementations sur la qualité de l'eau (directive cadre sur l'eau et sa traduction française, la loi sur l'eau et les milieux aquatiques), il était nécessaire de comprendre comment faire évoluer l'agriculture dans les aires d'alimentation de captages (AAC) d'eau potable vers un mode d'agriculture plus durable, notamment l'agriculture biologique. La France est assez en retard sur ce type d'agriculture. Les AAC pourraient constituer une opportunité de développement, en regroupant l'offre bio sur un même territoire. Nos travaux sont partis de l'hypothèse que le développement de l'agriculture bio n'est pas qu'une question agricole mais concerne d'autres jeux d'acteurs : les chambres d'agriculture, les élus, les communautés d'agglomération…

AE : Vous avez comparé plusieurs expériences en France et en Allemagne. Qu'en est-il ressorti ?

CP : Nous avons en effet étudié deux cas allemands (Munich et Augsburg) et plusieurs AAC en Ile-de-France, en Rhône-Alpes et en Franche-Comté. Les situations allemandes et françaises sont très différentes. Dans les deux cas étudiés en Allemagne, la ville gère l'eau à travers une régie privée, dont le seul client est la ville. Ce modèle change tout : en tant que société privée, la régie peut passer des contrats avec les agriculteurs et rémunérer les bonnes pratiques de manière indépendante des aides européennes. A Munich, cela s'est traduit par une orientation de l'agriculture vers la bio. A Augsburg, les agriculteurs ont fortement réduit les intrants. Alors que ces deux zones partaient, au début des années 90, avec des moyennes de nitrates dans l'eau de 20 mg/l, aujourd'hui, elles se sont stabilisées à des niveaux inférieurs à 5 ou 10 mg/l. La potabilité de l'eau y est très bonne, compatible avec l'alimentation des nourrissons.

AE : Quelles leçons tirer de ces deux expériences ?

CP : Un développement territorialisé de l'agriculture biologique nécessite de conjuguer plusieurs facteurs. D'abord, la préexistence de systèmes agricoles extensifs, qui ont une proximité technique avec les pratiques bio (désherbage mécanique, polyculture élevage…), facilite les conversions.

Il faut également une sensibilité des acteurs du territoire à l'agriculture bio, et en premier lieu, des agriculteurs. Dans un de nos terrains d'étude en Rhône-Alpes, nous avons établi une typologie des agriculteurs français face à l'enjeu eau. Près d'un tiers d'entre eux ont encore une vision réglementaire de l'eau et estiment que cette problématique n'est pas de leur ressort. Il y a également une distance sociale des agriculteurs face à la bio.

Ensuite, l'existence d'un véritable marché du bio à l'échelle régionale, avec des filières structurées, est indispensable. Une structuration des filières a posteriori n'est pas suffisamment incitative. A Munich, le marché a été moteur, notamment pour le lait bio. En revanche, à Augsburg, le manque de filières de soutien n'a pas incité les conversions. Seulement deux agriculteurs sont passés du conventionnel à la bio.

AE : Le marché est-il suffisant pour soutenir le développement de la bio ?

CP : Non, le marché ne suffit pas : il faut des incitations financières à la conversion. Si l'on veut imprimer de fortes évolutions de pratiques sans que cela soit pris en charge par le marché, il faudrait envisager de rémunérer aussi les agriculteurs en tant que producteurs d'eau de qualité. A Munich et Augsburg, les agriculteurs bio cumulent les rémunérations des régies eau et les aides européennes. Résultat : ils touchent près du double de la rémunération pour service eau que peut percevoir un agriculteur français via les mesures agro-environnementales (MAE).

Dans ces deux exemples, les villes sont gagnantes : cela revient moins cher de rémunérer les bonnes pratiques agricoles dans une approche préventive que de financer le traitement a posteriori de l'eau. Mais les conditions de rémunération sont drastiques. A Munich, des objectifs de qualité d'eau inférieurs aux normes européennes ont été fixés : taux de nitrates à moins de 10 mg/l et pesticides indétectables. A Augsbourg, une "prime nitrate" a été instaurée. Les niveaux d'azote sont mesurés chaque année sur toutes les parcelles contractualisées et la rémunération est fixée en fonction des résultats.

Autre différence : en France, les MAE sont distribuées pour cinq ans, ce qui permet d'entamer un changement mais pas de stabiliser les pratiques, alors qu'en Allemagne, les rémunérations durent depuis deux décennies et semblent reparties pour une troisième. C'est une politique à très long terme.

La ville d'Augsbourg a également acquis de nombreuses propriétés foncières dans la zone sensible de l'AAC, pour les reboiser ou installer des baux environnementaux. C'est un investissement important, à hauteur de 35 M€ pour 1.400 ha.

AE : Où en est-on en France ?

CP : En France, on est dans la démarche des captages Grenelle : tout un dispositif institutionnel a été lancé, avec des dynamiques de projet à l'œuvre. Mais ces plans d'action agricoles considèrent la solution de l'agriculture bio comme minoritaire. De plus, la délimitation des aires de captage partitionne les exploitations et pourrait les amener à développer des systèmes mixtes : bio dans la zone sensible de captage, conventionnel en dehors. Cette complexité se traduit également par une difficile structuration des filières. Certaines AAC sont de très petites tailles : on peut se demander si les volumes produits en bio dans ces territoires pourraient être suffisants pour inciter les opérateurs des filières à les collecter. Pour encourager la bio, il faudrait plutôt mener une réflexion transversale, à l'échelle d'une région ou d'un grand bassin. Il y a également énormément de parties prenantes dans les démarches AAC, avec des jeux d'acteurs complexes, qui peuvent conduire à des points de blocage.

Il y a néanmoins des initiatives, comme à Lons-le-Saunier (Franche-Comté) où la bio a été développée en restauration collective pour soutenir les conversions et où 70 ha ont été acquis par la municipalité et mis à bail en agriculture bio. Mais il reste malgré tout difficile de faire coïncider aire d'alimentation de captage et agriculture biologique car de fait, les produits bio servis en restauration collective proviennent pour l'essentiel d'exploitations situées hors de la zone à enjeu eau.

Les agences de l'eau commencent également à adopter une approche globale. L'Agence de l'eau Seine-Normandie par exemple travaille dans cette optique et finance des projets de structuration de filières agricoles biologiques.

* Unité mixte de recherche Sciences pour l'action et le développement : activités, produits, territoires (Inra/AgroParisTech), Inra Versailles-Grignon

Réactions14 réactions à cet article

 

"Rémunérer aussi les agriculteurs en tant que producteurs d'eau de qualité"...
Cette formulation prêterait à confusion: ce sont bien les intrants agricoles qui polluent le bien commun de la nation.
Aujourd'hui, il faut rétribuer ceux-ci pour changer de pratique et respecter l'intérêt général!
Aujourd'hui, l'agriculteur conventionnel produit sa biomasse, pas de l'eau potable, et est bien loin de se soucier de la salubrité publique.
J'aurai donc préféré personnellement: "Aider les agriculteurs à respecter la qualité de l''eau"...

Gui82 | 24 septembre 2013 à 10h02
 
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Tout à fait d'accord avec Gui82 pour le vocabulaire adéquat.
Par ailleurs je cite :"Nos travaux sont partis de l'hypothèse que le développement de l'agriculture bio n'est pas qu'une question agricole mais concerne d'autres jeux d'acteurs : les chambres d'agriculture, les élus, les communautés d'agglomération…" Il faut ajouter une vraie volonté gouvernementale, qui ne se limlterait pas à une chimère appelée agroécologie intensive couplée à la méthanisation, et l'implication des syndicats agricoles, or pour le moment seule la Confédération paysanne a une position clairement favorable à l'agrobiologie, la FNSEA et la Coordination rurale restant très négatives.

degolarson | 24 septembre 2013 à 13h36
 
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Me 51, yanquirigole et JFK (parmi d'autres), ont-ils une opinion sur cette information ?

Jean-Claude HERRENSCHMIDT | 24 septembre 2013 à 15h47
 
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un prélèvement sur les aides européennes de la PAC proportionnelle aux intrants agricoles utilisées par les agriculteurs qui pollue a tout va aiderai à limiter la pollution des nappes phréatiques et permettrai d'aider l'agriculture biologique..................

jeannot | 24 septembre 2013 à 18h19
 
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Nous avons également comme retour d'expérience en France des marques d'eau comme Evian et Vittel ! La poule aux œufs d'or des multinationales lobbyistes est très chouchoutée contre les pollutions !!!

- Vittel programme AGRIVAIR

- Evian programme contrat Evian-INRA

Eau Pure | 24 septembre 2013 à 23h15
 
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Pour Jean-Claude HERRENSCHMIDT

Le bio me pose trois problèmes majeurs
-réserver aux riche.le kg sera toujours plus chère en bio quand conventionnel (baisse de rdt alors que besoin de plus de travail )(baisse de production qui augmente donc le besoin de surface)

-98% des acte d’achat bio se font pour la santé alors que pour exemple : Mr PAPIN directeur décisionnel des systèmeU dit « nous on ne communiquera jamais sur la santé pour vendre du bio c’est une bombe à retardement !! Il rajoute leclerc et carrefour font ce qu’ils veulent mais nous ne les suivront pas…. Nous nous ne communiquons que sur le « bien fait environnemental » de l’agri bio.

- Un nombre incroyable de contres vérités circulent entretenues par des malhonnêtes (qui font de l’argent) pour qui la fin justifie les moyens.Pour eux l’important c’est de convaincre le grand public à n’importe quel prix (certain s’en vente même)

Pour les captages grenelle certains bassins versant peuvent neansmoins se prêter à l’agri bio (si des personnes en veulent il faut mieux quand même le produire nous même que de l’importer). (une entreprise bien placé dans les 5 premiers opérateurs bio en France importe de russie la moitié de se qu’elle exécute en blé…..)

suite

yannquirigole | 25 septembre 2013 à 12h11
 
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suite pour Jean-Claude HERRENSCHMIDT

Par contre impossible sans énorme problème si on généralise le bio sur 500 captages grenelle.Chaque bassin versant est unique et poséde ses propres avantages et inconvénients qu’il faut gérer à chaque fois au coup par coup.
D’autre solutions de sécurisation des zones de captages montrent déjà leurs intérêts :
-Voir résultat par exemple :
-Bassin versant du Péron (dans l’Aisne).
-Test mis en place sur Bassin de la vilaine(49)


Le risque phyto est comme tous les risques, il se maîtrise quand sait et fait ce qu’il faut pour cela.
Les connaissances évolues et les pratiques aussi. (Évitera les bêtises du passé)
Plus de 500 matières actives il y a 30 moins de 180 aujourd’hui disponibles pour nos champs (celles qui posaient des risques tox ou écotox trop important ne sont plus là).
Déjà contrairement à ce que tiennent a faire croire certain malhonnête (j’arrête avec escrologiste mais c’est de eux dont je parle)la qualité de l'eau dans nos rivieres s’améliore sérieusement et ce n’est pas quelque accidents mis en avant par FNE ou les média qui changeront cette vérité.

yannquirigole | 25 septembre 2013 à 12h14
 
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Le think tank de l'agriculture SAF (société des agriculteurs de France) a produit une note en février 2013 intitulée "Les agriculteurs, producteurs d eau potable". Cette note issue d'un travail croisé avec l'ensemble des acteurs de l'eau montre qu'il ne suffit pas de tabler sur un mode de production pour préserver la qualité de l'eau. Il s'agit bien de construire une démarche collective qui tienne compte de la réalité hydraulique, pédologique, climatique de chaque parcelle. Ce travail permet de déterminer les parcelles les plus contributives en terme de pollution et de définir sur ces parcelles les productions, les modes de cultures, les aménagements parcellaires et les traitements adaptés.

SAF-agriculteurs de France | 25 septembre 2013 à 12h44
 
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La qualité de l'eau s'améliore encore faudrait il savoir ce qu'on recherche et la qualité de l'eau ne suffit pas c'est la qualité du milieu qui importe,quand a parler d'escrologie, je pense effectivement que dans ce domaine les anti écolos on une avance considérable
Lioquirigolepas

lio | 25 septembre 2013 à 12h53
 
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LE MONDE A L'ENVERS
C'est une peu dingue de penser qu'on est arrivé à rémunérer des agriculteurs qui ne polluent pas!
Et moi et moi et moi qui suis honnète, qui n'ai jamais volé, ni jeté de détritus, quand est-ce qu'on va me payer !!!!
Très bien pour la agriculteurs bio, mais il aurait été plus concevable de faire payer les pollueurs

Bioclim | 25 septembre 2013 à 13h30
 
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En phase avec le post d'Agriculteurs de France. Le bio n'est pas LA solution pour la protection des captages. Par contre, il est parfaitement instrumentalisé par les accapareurs des eaux de source -Evian, Vittel- cités dans un autre post pour assurer le green-washing de leurs activités d'embouteillage d'eau minérale dans des contenants en plastique. Ils profitent aussi de la peur distillée par les écolos qui font croire que la qualité de l'eau ne s'améliorerait pas.
Pour faire une paraphrase: Ecologie, que de c... peut-on entendre en ton nom! Nestlé waters serait une boîte écolo!

Albatros | 25 septembre 2013 à 14h41
 
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Neslé serait une boite privée qui voit où est son intérêt et qui ne s'embarrasse pas de tergiversations : elle fait ce qu'il faut pour garantir son fond de commerce, une eau pure à vendre cher.
Son pragmatisme est un bon indice de ce qu'il y a a faire pour ces aires de captage.
Voulez vous par un immobilisme à la française conserver à ceux qui ont les moyens de se payer de l'évian, une eau pure ?

Je ressens une forme de levée de boucliers dans les réactions disant qu'il ne faut rien généraliser et que chaque zone a ses spécificités. Car enfin, du roundup, que je l'épande en Bretagne ou en Champagne, ça pollue !Pas les mêmes dynamiques de ruissellement, de bio dégradation etc... mais les principes actifs se retrouvent au final dans le milieu, d'une manière ou d'une autre.
J'en ai un peu marre de voire bio=bobo. Concrètement à Munich, ça coute moins cher à la collectivité. Alors ?

Ensuite, que des améliorations existent (amélioration de la qualité des cours d'eau...) n'est pas le sujet. C'est probablement vrai et tant mieux, pour autant ce n'est pas une raison pour se reposer sur ses lauriers.

Je rejoins par ailleurs la remarque de gui82, pour une aide à ne pas polluer. Sinon, les rouleurs en vélo vont se mettre à demander une aide similaire en ville ! Pour le coup, c'est établi que ne pas rouler au diesel (et essence) en ville sauve des vies.

krakatoe | 29 septembre 2013 à 18h14
 
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Et les pollueurs ? pourront continuer à faire ce qu'ils veulent sans problème ???? Un peu bizarre cette distribution de récompense aux bons et même pas une prune aux empoisonneurs !!!!!
Quel courage !!!

Tym | 29 septembre 2013 à 20h47
 
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Merci à yannquirigole pour ses avis et informations qui apportent des faits à sérieusement prendre en compte.

Jean-Claude HERRENSCHMIDT | 30 septembre 2013 à 12h45
 
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